Strasbourg met la main sur l’habitat participatif
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Strasbourg met la main sur l’habitat participatif

Après un premier appel à projets décevant en 2010, Strasbourg remet en jeu sept terrains, à attribuer d’ici le mois d’avril à des groupes d’habitants prêts à se lancer dans l’autopromotion immobilière. Objectif : faire de Strasbourg une ville modèle en matière d’habitat participatif. Et permettre aux écolos de la majorité municipale d’afficher un bilan en 2014.

Sur les dix terrains de la première consultation, trois projets seulement sont sur le point de sortir de terre. Cinq ont été abandonnés (dernier en date, celui de la rue de Bruxelles) et deux ont été reportés sur le second appel à projets. Un semi-flop donc. « Nous en avons tiré les leçons, jure Alain Jund, adjoint écologiste au maire de Strasbourg, chargé de l’urbanisme, et notamment le besoin d’un accompagnement technique des groupes, si l’on veut que les initiés (ndlr: professionnels du bâtiment) ne soient pas les seuls à voir leurs projets validés ».

Car sur les trois groupes opérationnels sélectionnés en 2010, tous comptent au moins un architecte en leur sein. « Les archi’ sont hyper-intéressés par l’autopromotion, remarque Rose*, membre d’un groupement d’habitants. Pour eux, c’est une occasion en or de s’engouffrer sur un marché encore en friche, d’engranger de l’expérience sur ce terrain et de bénéficier d’une implantation en ville pas trop chers. »

Plus le bâtiment est écolo, moins il est cher

Ces terrains ne coûtent que 150€ à 200€ du mètre carré environ au lieu de 350€ à 400€, un prix calculé à partir de l’estimation des Domaines et minoré en fonction des performances énergétiques prévues des bâtiments (soit environ 2000€ du mètre carré habitable, au lieu de 3 500€). « S’ils étaient calqués sur ceux du marché, il serait impossible d’espérer avoir un peu de mixité sociale dans ces logements », justifie Jund.

Immeuble en autopromotion à Strasbourg (Eco-logis). (Photo Pascal Bastien)

Certains promoteurs d’ailleurs « s’en sont agacés au départ », dénonçant un risque de concurrence déloyale. Et l’adjoint d’assurer que, « pour le moment, tant que l’autopromotion ne concerne que de très petits programmes », ces craintes sont levées. « En fait, ces terrains n’intéressent pas vraiment les professionnels, ajoute-t-il, parce qu’ils sont trop petits ou trop biscornus. Pas aussi rentables qu’un programme immobilier classique de 20 logements ou plus. »

Un médiateur-conseil pour coacher les groupes

Concernant la compétence technique qui a souvent fait défaut à divers groupes en 2010, plutôt que de laisser chacun plancher dans son coin et ramasser la (mauvaise) copie en fin de consultation, les services municipaux épaulent cette fois activement les groupes dans le montage juridique et financier des projets**. De même, la municipalité a signé une convention avec Eco-quartier Strasbourg, association pionnière du secteur, qui a embauché pour sept mois une chargée de mission financée par la ville, dont le job consiste à jouer les médiateurs-conseils auprès des groupes d’habitants (« une profession qui se développe outre-Rhin », note à ce propos Bruno Parasote, président d’Eco-Quartier et auteur d’un ouvrage sur l’habitat groupé), à mettre en contact les personnes isolées avec des groupes incomplets et à équilibrer le nombre de groupes intéressés par chaque terrain.

A l’issue de la consultation, une aide de 3000€ à 5000€ sera attribuée à chacun des groupes pour éponger 50% des frais d’assistance à la maîtrise d’ouvrage, obligatoire, sur présentation de factures. Enfin, pour éviter la spéculation immobilière et garantir la cohésion et le sérieux des groupes, une clause interdisant la revente de l’appartement dans un délai de 5 ans sera intégrée à l’acte de vente du terrain signé par les futurs autopromoteurs et la ville.

De l’argent public sera injecté

L’idée derrière toutes ces mesures d’encadrement: « Créer les conditions du succès d’un maximum de projets, martèle Alain Jund, tout en demandant des garanties, puisque de l’argent public y est injecté. » Avec la volonté sous-jacente de valoriser une initiative politique jugée parfois anecdotique, dont le succès sera mis au crédit des élus EELV en 2014, date prévue de sortie de terre des immeubles issus de cette seconde vague d’appels à projets… et des prochaines élections municipales.
* Le prénom a été changé.
** Contact: 03 88 43 61 42 ou projets_urbains@strasbourg.eu

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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