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Les étudiants de Strasbourg privés de restaurants universitaires les week-ends
Société 

Les étudiants de Strasbourg privés de restaurants universitaires les week-ends

par Alizée Chebboub-Courtin.
Publié le 10 mai 2022.
Imprimé le 24 mai 2022 à 17:36
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Depuis le 1er mai, plus aucun restaurant universitaire ne peut accueillir les étudiants strasbourgeois le week-end. Un résultat dû à la conjonction d’une baisse des services du Crous à la fin de l’année universitaire et de la fermeture du FEC les samedis et les dimanches.   

Julie, étudiante en reprise d’études, avait l’habitude de se rendre deux fois par jour au Centre régional des oeuvres universitaires et scolaires (Crous) et parfois de profiter de leur panier repas. Bénéficiant du tarif applicable aux boursiers de un euro par repas, elle compte beaucoup sur cette aide pour pouvoir manger équilibré. Mais en consultant le calendrier des ouvertures des restaurants universitaires (RU), elle découvre qu’elle ne peut plus s’y restaurer le week-end depuis le samedi 30 avril, date du dernier service du RU de l’Esplanade.

Une nouvelle qui inquiète beaucoup la jeune femme. Julie a déjà dû renoncer à des achats de première nécessité pour se nourrir et sait que, dans cette situation, elle devra sauter des repas à la fin du mois : 

« Les étudiants vont rarement au RU tous les jours pour le plaisir. Parfois, j’aimerais manger autre chose, mais je n’ai pas les moyens. Avec cette fermeture du week-end, je vais devoir me débrouiller et je sais déjà que je serai dans la merde à la fin du mois parce que je ne peux pas dégager plus de 100 euros pour me nourrir et encore, je ne les ai pas forcément. » 

Si elle comprend les enjeux financiers et le manque de personnel, avancés notamment par le FEC (Foyer de l’étudiant catholique) pour expliquer sa fermeture le dimanche, elle demande à ce qu’une alternative soit trouvée : « un système de panier repas pour tout le weekend, par exemple, serait le bienvenu pour que nous puissions réussir à nous nourrir décemment. »

Le restaurant universitaire de l’Esplanade en février 2021 (Photo TV / Rue89 Strasbourg / cc)

Elisa, 29 ans, en troisième année de licence, anticipe aussi cette fermeture. Elle se rend dans les restaurants universitaires tous les midis et régulièrement le soir et le week-end. Elle y bénéficie aussi des repas à un euro et d’une alimentation équilibrée. « J’ai des soucis de santé, notamment de l’anémie, donc j’ai besoin de manger régulièrement un peu de viande. Sans le Crous, je ne pourrais pas y avoir accès », précise-t-elle.

Des repas en moins et pas forcément remplacés

L’étudiante a peu d’alternatives aux restos universitaires. Elle vit en résidence universitaire, près du RU Paul Appell et partage sa cuisine avec les autres locataires. Mais celle-ci est souvent laissée dans un mauvais état par les autres occupants, explique-t-elle : 

« Notre cuisine commune est dans une situation hygiénique assez catastrophique. Les personnes qui l’utilisent ne nettoient pas après elles, les poubelles de table débordent, car tout le monde y jette n’importe quoi, les éviers sont tout le temps bouchés, ce qui entraîne des odeurs épouvantables. Le week-end, c’est encore plus compliqué, car les femmes de ménage ne passent pas, alors qu’elles viennent une fois par jour en semaine. »

Dans les cuisines partagées, l’hygiène est souvent problématique. Celle d’Elisa a souvent ses éviers bouchés et des détritus laissés sur les plans de travail. (document remis)

Elisa n’incrimine pas le Crous, mais plutôt les habitudes des autres étudiants locataires. À cause de cette cuisine presque inutilisable, elle doit se rabattre sur de la nourriture à bas coût quand le RU est fermé, « malgré le fait que ce soit mauvais sur le long terme », regrette-t-elle. 

Une baisse de l’offre habituelle et une fermeture contextuelle

Cette situation découle de deux éléments : la diminution des offres de restauration habituelles du Crous, à l’approche de la fin de l’année scolaire (avec la fermeture prévue du RU de l’Esplanade) et la fermeture du FEC le week-end.

Ce dernier ne fait pas partie des établissements du Crous, mais propose, en tant que restaurant agréé, des repas financés par celui-ci, au même prix pour les étudiants. Depuis mars, un affichage informe aux étudiants la fermeture du RU le dimanche dès le 1er avril, indiquant que, « face à l’augmentation des repas servis, face à l’augmentation des charges (pâtes, huiles, gaz, etc) le Crous n’a pas donné suite à notre demande d’aide exceptionnelle. »

Le FEC a notifié les étudiants de ce changement d’horaire sur son site et par un affichage réalisé dans le restaurant. Il reste ouvert du lundi au vendredi (Capture d’écran du site du FEC)

Contacté pour plus de précision, le directeur du Foyer de l’étudiant catholique, Étienne Troestler mentionne également une hausse de demande liée à la mise en place du repas à un euro pour certains étudiants :

« Ce dispositif est vraiment très bien, car il répond à un vrai besoin chez les étudiants précaires. Son succès nous le prouve. Mais alors que le nombre de repas que nous servons ne cesse d’augmenter, la subvention qui nous est allouée par le Crous stagne. Nous ne nous en sortons plus dans ces conditions. »

Contrairement à ce qui est mentionné dans le message de fermeture, Étienne Troestler fait peser cette responsabilité sur le Cnous (Centre national des œuvres universitaires et scolaires) qui élabore les budgets des centres régionaux (Crous). Ce sont ces derniers qui répartissent ensuite les enveloppes dans les différentes structures des régions. 

Qui est concerné par le repas à un euro

Le dispositif des repas à un euro, mis en place par le Crouse, a été lancé en septembre 2020, pour les étudiants boursiers. À la suite de la pandémie, ce tarif a été appliqué à tous les étudiants, entre janvier et août 2021. Depuis le 31 août 2021, le tarif ne s’applique plus qu’aux étudiants boursiers et aux étudiants non boursiers en situation de précarité, constatée par les services sociaux du Crous. Les autres étudiants doivent payer leur repas 3,30€. Pour ce tarif, les étudiants ont droit à un plat chaud ainsi qu’à une entrée et un dessert.

Une demande en hausse depuis l’arrivée des repas à 1€

Le Crous de Strasbourg note également cette hausse importante de bénéficiaires. Le nombre de repas servi a augmenté de 20% entre 2019 (année de référence avant Covid) et 2021, passant de 1 072 674 à 1 283 619. Pour mieux orienter les étudiants, le calendrier des ouvertures et fermetures des RU, contient depuis cette année les restaurants du Crous ainsi que les restaurants agréés (le FEC, Ort et le Stift).

Sophie Roussel, directrice du Crous de Strasbourg en poste depuis mars, travaille à renforcer la communication entre les différents RU pour que les périodes de fermetures soient au moins échelonnées. Elle explique cependant que la reprise du service le week-end n’est pas forcément la demande la plus prioritaire : 

« En moyenne, 350 repas sont servis le samedi à l’Esplanade. Un chiffre qu’il faut mettre en rapport avec les 68 000 étudiants inscrits à Strasbourg. De plus, la fermeture du week-end ne dure que 48 heures alors qu’il y a des vacances de plusieurs semaines pendant lesquelles la demande baisse, mais reste toujours présente. Nous travaillons déjà à être plus efficaces sur ces périodes. La fermeture du FEC le week-end est une donnée supplémentaire que nous devons prendre en compte, nous n’avons pas pris part à cette décision. » 

La directrice du Crous rappelle également que la subvention que reçoit le FEC n’avait pas évolué non plus pendant la période de Covid, alors que la restauration tournait au ralenti. Pour elle, le foyer devrait être à l’équilibre entre ce trop-perçu et la situation actuelle. « J’invite également les étudiants en situation de précarité à ne pas oublier qu’ils peuvent emporter un repas supplémentaire lors de leur venue et demander une aide spécifique ponctuelle, même s’ils ne sont pas boursiers », conclut-elle.

Le planning des Resto U de l’année prochaine doit être élaboré en juin. La fréquentation, les moyens matériaux et humains ainsi que la localisation des établissements entrent en jeu. Une réouverture les samedis est probable, mais celle du dimanche est lourdement remise en question. 

L'AUTEUR
Alizée Chebboub-Courtin
Alizée Chebboub-Courtin
Journaliste sortie de l'Ecole de Journalisme de Grenoble. Fouineuse hyperactive. Social, écologie et féminisme.

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