Succès des bacs à compost : Strasbourg a du mal à suivre
Environnement 

Succès des bacs à compost : Strasbourg a du mal à suivre

actualisé le 28/03/2016 à 21h49

L'association Compostra place Arnold gère 5 bacs (Photo MM)

Il en fleurit en divers endroits de Strasbourg. Les bacs à compost collectif gérés par des associations se remplissent rapidement, preuve de l’engouement des habitants pour cette pratique. Les services de la communauté urbaine de Strasbourg peinent parfois à suivre, et notamment à mettre à disposition des espaces. D’autant que si la collectivité intervient trop dans le processus, elle prend le risque de « gérer » ces déchets verts, alors que son objectif est de les « réduire ». Une nuance qui a son importance, autant financière qu’écologique.

Ceux qui compostent, des « bobos » qui fréquentent les Amap ? Certes, mais pas uniquement. « Il y a des jeunes, des familles, mais aussi des personnes âgées, qui recherchent le côté convivial et font l’effort de cuisiner plus pour remplir leur seau à compost », note Géraldine Prudence, chef de projet « réduction des déchets » à la communauté urbaine de Strasbourg. Pour composter donc, il faut acheter des légumes et des fruits, les peler (et les manger), stocker à part dans un seau (genre seau à choucroute) ces déchets « verts » et aller une fois par semaine ou par quinzaine les vider dans le composteur collectif le plus proche de chez soi.

Environ 400 familles qui compostent en bacs collectifs

A Strasbourg, il y a pour le moment cinq sites de compostage collectif gérés par des associations de quartier : place Sainte-Madeleine (Ahbak, association des habitants Bourse-Austerlitz-Krutenau), square Saint-Jean (association des habitants du quartier gare, AHQG), place Arnold (Compostra, émanation de l’Adiq), rue des Lentilles (association de la Petite France) et place de Pierre (Envie de quartier). A elles cinq, ces associations valorisent les déchets « fermentescibles » (biodégradables) de plus de 400 familles et économisent à la collectivité la gestion de plusieurs tonnes de déchets par an, depuis deux à trois ans.

Impossible de connaître le nombre exact de familles concernées, car deux associations sur les cinq n’exigent pas des personnes qui vident leur seau une adhésion à l’association (de 1 à 5€ par an pour les deux autres). Cette difficulté a d’ailleurs fait l’objet de discussions avec la collectivité ces derniers mois, durant l’élaboration de la convention qui liera à partir de ce printemps les associations et la CUS. L’Ahbak et l’association de la Petite France souhaitaient garder ouverte la participation au compostage. Elles ont eu gain de cause, ce point n’ayant pas été retenu dans la mouture quasi-finale de la convention, qui sera votée en conseil de CUS en avril, conseil municipal en mai.

A quoi sert cette convention ? D’abord, à élaborer un cadre pour l’occupation du domaine public par l’association, ensuite à recevoir des subventions, notamment pour l’achat des composteurs. Dans les cas de l’Ahbak et de l’association de la Petite France (les deux qui ont des jardins en plus du compost), les bacs ont été installés gratuitement par la collectivité. La démarche est différente pour Envie de quartier (Faubourg-de-Pierre) et Compostra, dont l’objectif principal est justement le compostage. Dans ces cas-là, la CUS ne financera plus les composteurs, mais les remboursera sur présentation des factures (environ 100€ par composteur, plus la livraison, le système de code, etc.).

L’Ademe et ses 450 000€

Compliqué ? Oui, mais l’explication, elle, est simple. Caroline Barrière, vice-présidente de la CUS en charge de la gestion des déchets, explique :

« Depuis trois ans, nous avons un contrat avec l’Ademe : nous nous engageons à réduire de 7 à 10% nos déchets entre 2009 et 2015 (moins 17 000 tonnes sur environ 200 à 240 000 tonnes en tout) et en retour nous touchons 450 000€ par an [74 000€ de budget sont fléchés pour le seul compostage en 2013]. Or, si nous fournissions les bacs à compost et assurions les permanences, etc., nous serions dans la « gestion » des déchets et non dans la « réduction » de ceux-ci. On sortirait alors du cadre de la convention avec l’Ademe. »

De plus, note Géraldine Prudence, si c’était la collectivité qui gérait les bacs, il y aurait nécessairement « logistique et transport, donc émission de gaz à effet de serre, etc. ». Les déchets ne seraient plus nécessairement valorisés sur place et la démarche, donc, largement dénaturée. Car aujourd’hui, le compost est réutilisé dans les jardins partagés ou familiaux, sur les pieds d’arbres du quartier ou dans les bacs à fleurs des habitants. En plus de priver la collectivité de leviers économiques, la centralisation du compostage le rendrait donc moins vertueux. Soit.

De nouveaux lieux de compostage

Il n’empêche que la collaboration entre les associations, dont le fonctionnement repose sur le bénévolat, et les services de la collectivité, qui ont eux des contraintes de résultats, si elle est « idéale » assure-t-on de part et d’autre, n’est pas toujours évidente malgré tout, comprend-t-on au détour de discussions. Les associations doivent faire face à un afflux de plus en plus important de familles qui compostent – 170 foyers par exemple place Arnold, qui ne peut théoriquement absorber que le compost de 50 familles – et les services de la ville doivent à la fois trouver des lieux où installer des bacs – bientôt place Golbéry, à la Cité Spach, à la passerelle Ducrot (conseil de l’Europe), sans doute à Cronenbourg (rue du Champs-de-Manœuvre) – et susciter des vocations associatives dans les quartiers. Pas simple du tout.

« On n’y arrivera pas tout seul »

Pour cela, la CUS se fait aider par l’association Maison du compost (20 000€ de subvention en 2013), qui accompagne actuellement des projets à Reichstett, Cronenbourg, mais aussi à Lingolsheim et Schiltigheim. La collectivité a également favorisé le lancement d’un « Club relais jardins et compostage » dont le rôle est de relayer les infos « compost » auprès des associations. La CUS est également à la recherche d’un prestataire pour accompagner ces associations et les copropriétés sur le chemin semé d’embûches du compostage collectif – rien de pire qu’un compost qui sent mauvais et attire les insectes – parce que sinon, glisse Caroline Barrière, « tout seul, on ne va pas arriver à en faire partout ».

Vidéo de sensibilisation diffusée sur le site Strasbourg.eu

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : déchets ménagers dans la CUS, le tri comme (presque) seul remède

Sur Rue89 Strasbourg (Quartier Gare) : à la gare, on composte

Modalités et subventions (40€ pour un bac individuel), sur le site Strasbourg.eu

Kit du compostage (plaquette CUS)

Y aller

Permanence place Sainte-Madeleine (Ahbak) : samedi de 11h à midi, mardi de 18h à 19h de Pâques à septembre.

Permanence place Arnold (Compostra) : mardi et jeudi de 18h à 19h, samedi de 11h à midi.

Permanence place de Pierre (Envie de quartier) : samedi de 11h à midi. Composteurs à code, accessible 24h/24 aux adhérents.

Permanence rue des Lentilles (Petite France) : vendredi de 18h30 à 19h et samedi de 11h à midi.

Permanence square Saint-Jean (quartier gare) : samedi de 11h à midi. Accès libre aux heures d’ouverture du square pour les habitués.

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

En BREF

Les barrages sur le Rhin à l’abri de la libéralisation pour l’instant

par Claire Gandanger. 534 visites. 1 commentaire.

L’Université a dépensé 400 000€ pour garder ses bâtiments pendant les manifestations étudiantes

par Pierre France. 2 910 visites. 5 commentaires.

Aux Gay Games à Paris, ces Strasbourgeois combattent l’homophobie dans le sport

par Judith Barbe. 895 visites. 1 commentaire.