Le théâtre de Hautepierre est toujours bien loin des attentes des habitants
Culture 

Le théâtre de Hautepierre est toujours bien loin des attentes des habitants

actualisé le 10/07/2019 à 10h39

Les habitants de Hautepierre s'expriment sur ce que pourrait être un théâtre dans leur quartier... (vidéo FL / Rue89 Strasbourg / cc)

Le théâtre de Hautepierre peine à attirer les habitants alors qu’il est installé au coeur du quartier depuis 1978. Les acteurs culturels de Hautepierre espèrent qu’un appel à projets, plusieurs fois évoqué, permettra de proposer une programmation sur-mesure.

C’est un théâtre de trois cents places, une belle salle, bien équipée et bien située au cœur d’un quartier d’environ 20 000 habitants. En face, le centre commercial Auchan ne désemplit pas, le théâtre est facilement accessible en voiture, des pistes cyclables y mènent, un arrêt de tram à moins de 100 mètres…

Article connecté

Cet article a directement été suggéré à la rédaction par les participants aux conférences de rédaction publiques du quartier de Hautepierre, dans le cadre de l’opération « Quartiers connectés ».

Mais rien n’y fait, les habitants du quartier n’y mettent pas les pieds, et pire, le lieu reste inconnu de la plupart des passants interrogés sur son parvis. Demander le théâtre, c’est se faire diriger vers une autre maille du quartier, au Centre social et culturel “Le Galet” qui accueille parfois des spectacles.

« Il faudrait écrire “Théâtre” sur l’entrée »

« Un théâtre ? Ici ? Ah, il y avait bien le Maillon avant mais là il n’y a plus rien » commente un passant avant de s’engouffrer dans le centre commercial.

Il faut dire que l’architecture du bâtiment n’aide pas à rendre l’établissement culturel attractif. Des panneaux de tôles ondulées, un cube de béton, aucune inscription sur sa façade, rien ne laisse penser qu’il y a un théâtre. Car oui, c’est tout bête mais « il faudrait déjà écrire “Théâtre” sur l’entrée » propose Abdelkrim. « Vous voyez un théâtre, vous ? Un vrai théâtre, y a une entrée, ça se reconnaît, là on dirait un cube pour stocker des choses ! »

La façade du Théâtre de Hautepierre ne laisse pas supposer qu’il s’agit d’un lieu culturel… (Photo FL / Rue89 Strasbourg / cc)

Des habitants se souviennent de l’occupation des lieux par le Maillon. Ils appellent d’ailleurs toujours la salle le « Théâtre du Maillon » alors que celui-ci est domicilié au Wacken depuis l’incendie du bâtiment de Hautepierre en 2003.

Rouvert en 2009, le Théâtre de Hautepierre est depuis géré par la Ville de Strasbourg. Jusqu’en 2017, il hébergeait la compagnie Les Migrateurs qui proposait une programmation autour du cirque, avec des spectacles mais aussi des activités pour les habitants. Mais Les Migrateurs ont cessé leurs activités en 2018.

« C’est occupé de manière très ponctuelle »

Tatiana connaît le théâtre grâce à sa fille qui a assisté à des représentations avec son école. Elle trouve dommage que les informations sur la programmation de la salle ne soit pas mieux diffusées et donne l’exemple de l’Espace Django dont elle voit les affiches en ville.

La structure culturelle du Neuhof serait une bonne source d’inspiration, tout comme Le Préo à Oberhausbergen, lui aussi cité en exemple. Contrairement à ces deux salles de spectacle, le théâtre de Hautepierre ne communique pas directement sur sa programmation. Ce sont les structures qui occupent la salle qui diffusent elles-mêmes les informations sur leurs spectacles. Principalement Le Maillon, qui continue à occuper la salle pour quelques dates par an, le TJP et les Percussions de Strasbourg.

Myriam Schmitt, coordinatrice du Centre social et culturel de Hautepierre “Le Galet”, se désole : « C’est occupé de manière très ponctuelle. À part de la location d’espace, il n’y a rien du tout ». 

« On a du mal à faire venir le public de Hautepierre en centre-ville pour des spectacles. Cette salle est une bonne entrée en matière », explique Aline Kernel, médiatrice culturelle à l’association Contact et Promotion. Elle regrette le départ de la compagnie des Migrateurs qui était très présente dans le quartier et travaillait en collaboration avec les associations « pour introduire la culture auprès d’un public qui n’y accède pas facilement ».

Réinscrire le théâtre dans le quartier… six ans plus tard

Il y a six ans, un article de Rue89 Strasbourg évoquait l’ambition des élus et acteurs culturels de « réinscrire le théâtre dans le quartier ». Un projet toujours d’actualité en 2019 mais qui semble mis en veille à ce jour. On évoque ici et là un potentiel appel à projets pour en faire un vrai théâtre avec sa propre programmation et un lieu attractif pour les habitants voisins.

Les acteurs culturels du quartier sont d’accord pour dire qu’il faudrait rendre ce lieu plus vivant. Meriem Chemlali, qui gère le restaurant Table & Culture accolé au théâtre, se remémore : « C’était un lieu vivant ! On le trouve un peu trop endormi maintenant. » Un temps, son restaurant associatif a été hébergé dans le hall du théâtre pendant les travaux dans le local voisin. Cette installation provisoire a finalement duré deux ans, de 2015 à 2017, et Meriem en garde un bon souvenir. Le restaurant continue à servir des snacks certains soirs de spectacle. Il arrive même que le personnel du restaurant se charge d’ouvrir la porte du théâtre aux compagnies. Une simple porte sépare le restaurant de la salle de spectacle.

Les Percussions de Strasbourg en répétition sur la scène du Théâtre de Hautepierre.

De l’autre côté du bâtiment, Les Percussions de Strasbourg ont aussi un accès direct à la salle. La formation musicale est voisine du théâtre depuis la construction du bâtiment en 1978. Les musiciens effectuent une partie de leurs répétitions sur la scène du théâtre et y jouent deux fois par an (en novembre et en mars).

À côté des concerts, ils animent depuis longtemps des ateliers de percussion pour des écoles et collèges d’Hautepierre, ainsi que pour les adultes. « Et c’est gratuit pour les habitants du quartier », précisent-ils. En juin, tous les percussionnistes en herbe se retrouvent sur la scène du théâtre pour un concert en public. Le lien entre les Percussions de Strasbourg et le théâtre d’Hautepierre est si bien identifié qu’ils ont déjà été plusieurs fois sollicités par des acteurs culturels qui souhaitent monter un projet en collaboration avec eux pour co-gérer le lieu.

Un appel à projets encore fantôme

Plusieurs structures culturelles constatent que la mairie a abandonné toute ambition pour ce théâtre et se verraient bien reprendre la gestion de la programmation. Marion Grandjean et Christophe Muller, tous deux metteurs en scène et professeurs de théâtre au conservatoire de Colmar, sont en pleine rédaction d’un dossier de candidature. Ils se prennent à rêver en grand d’un théâtre populaire avec une programmation changeant au gré des quatre saisons de l’année. « Il y aurait à chaque fois une fête pour commencer la saison et un débat pour la finir, » annonce Marion avec enthousiasme. Pour les deux artistes, l’idée serait de monter un collectif avec des associations locales et des habitants pour en faire un lieu « de culture et de citoyenneté ». 

Pour pouvoir candidater, les deux artistes vont devoir encore un peu patienter car rien ne se fera avant les prochaines élections municipales annonce Alain Fontanel, adjoint au maire de Strasbourg en charge de l’action culturelle. « Il n’y a jamais eu jusqu’à maintenant un projet suffisamment fédérateur pour avoir la légitimité de gérer ce lieu et créer la dynamique. Pour l’instant, nous n’avons pas trouvé ces partenaires là. »

Il précise que de toute façon le programme du théâtre est très rempli jusqu’à l’été prochain. Le TNS, Carré d’Art ou encore des associations du quartier ont réservé des dates pour la saison 2019-2020. Ce délai devrait permettre à la ville d’approfondir le travail avec les associations du quartier, en reproduisant notamment la méthode qui a porté ses fruits pour le projet de l’Espace Django. Il ne reste plus qu’à espérer que la future équipe municipale se saisisse rapidement de ce dossier. Et en attendant, on pourrait déjà commencer par afficher « Théâtre de Hautepierre » sur la façade du bâtiment…

L'AUTEUR
Fanny Laemmel
Fanny Laemmel
Journaliste vidéo - À cheval entre Strasbourg et Paris mais toujours à vélo !

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