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Théâtre : La nouvelle épopée du roi Arthur
Culture 

Théâtre : La nouvelle épopée du roi Arthur

par Sylvia Dubost.
Publié le 11 mai 2012.
Imprimé le 16 avril 2021 à 12:23
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Merlin l'enchanteur raconte la création de la Table ronde et de ses chevaliers (Photo : Franck Beloncle)

Avec Merlin l’enchanteur, le TNS démarre le cycle Graal théâtre, qui comptera dix épisodes. En s’attaquant à cette version revisitée de la légende arthurienne, Julie Brochen et Christian Schiaretti ouvrent une parenthèse enchantée.

L’époque est pourtant à l’austérité, bien plus qu’à l’épopée. Pourtant, voilà qu’arrive un projet démesuré et fou : mettre en scène, sur plusieurs années, les dix pièces du cycle Graal Théâtre, qui racontent les aventures du Roi Arthur et de ses chevaliers… L’écriture du texte fût en soi un projet titanesque : les écrivains Florence Delay et Jacques Roubaud veulent créer une matière pour un théâtre populaire. Un colossal travail de recherche leur permet de rassembler différentes versions et épisodes rédigés au moyen-âge, à partir desquels ils vont réinventer dans un français contemporain la légende arthurienne.

Bien plus qu’une compilation, c’est une vraie œuvre littéraire, riche et gaie, truffée de blagues et de références, dont les titres font rêver : Lancelot, Gauvain, Perceval, Guenièvre, Morgane… Débuté en 1971, un temps abandonné, Graal Théâtre sera achevé en 2004.

Julie Brochen, directrice du Théâtre National de Strasbourg, et Christian Schiaretti, directeur du Théâtre National Populaire de Villeurbanne, s’emparent aujourd’hui de cette matière. Alors que les budgets de la culture fondent, ils rassemblent leurs troupes permanentes et leurs équipes techniques et s’embarquent dans une aventure au long cours, où les pièces durent trois heures et où plus de 20 comédiens interprètent d’innombrables personnages. Presque un pied de nez…

La légèreté et l’allégresse des débuts

Après Joseph d’Arimathie, « genèse » du cycle créée l’an passé à Villeurbanne, est maintenant venu le temps de Merlin l’enchanteur. Merlin, c’est toute la légèreté et l’allégresse des débuts, quand tout est encore possible. On y raconte la naissance de Merlin, de la table ronde et de ses chevaliers, le couronnement d’Arthur, les trahisons et les combats pour asseoir son pouvoir, l’amour des dames.

De Graal et de religion, il n’est (presque) pas question : les chevaliers sont bien trop affairés pour s’en préoccuper. Leurs aventures sont incroyables, les rebondissements étourdissants : rien n’est jamais tragique dans ce texte réjouissant qui ne recule devant aucun anachronisme (évidemment, puisque Merlin, « secrétaire d’état à la prédiction des aventures », peut tout prophétiser).

Créée par Merlin, la table ronde accueillera 366 chevaliers "sans distinction de race ni de religion" (Photo Franck Beloncle)

Brochen et Schiaretti, fidèles au projet des auteurs, proposent ici un vrai spectacle de théâtre populaire. Des acteurs, des costumes (juste ce qu’il faut d’armures et de robes), un peu de musique et de la lumière suffisent largement à conter ces légendes. Pas besoin de décor, puisqu’un plateau en bois escamotable peut figurer avec une simplicité enfantine les salles des châteaux, le lac, la rivière, les forêts, et qu’une belle lumière rend la magie d’un lieu.

On s’émerveille et on s’amuse en suivant les aventures de ces chevaliers. Le texte est dense et riche, la généalogie complexe et on perd parfois le fil, mais peu importe. Merlin l’enchanteur est tour à tour épique, merveilleux, poétique, souvent mâtiné d’un humour décalé très français (la scène de l’appel des chevaliers est tout simplement hilarante) et parsemé de petits clins d’œil aux Monty Python. On regrettera qu’après un départ en fanfare, la magie retombe quelque peu : la deuxième moitié de la première partie manque de rythme, de souffle, de conviction. On s’ennuierait presque pendant le sacre d’Arthur… sûrement une question de rodage.

La deuxième et dernière partie, avec batailles, trahisons, sorcellerie et amours romanesques, est sans aucun doute la plus enlevée et la plus réussie. Et c’est ce qu’on retiendra de Merlin : une épopée joyeuse, qui met en appétit d’aventures et de légèreté, de renouer avec le temps des commencements, quand tout était encore possible…

Y aller

Merlin l’enchanteur, du lundi au samedi à 20h, dimanche 13 à 16h, relâche lundi 14 et dimanche 20, jusqu’au vendredi 25 mai au Théâtre National de Strasbourg (durée du spectacle : 3h avec entracte) Tarifs : de 5,5 à 27 €, réservations : 03 88 24 88 24 – www.tns.fr

Autour du spectacle

Conversation avec Florence Delay, Jacques Roubaud et Julie Brochen, le samedi 12 mai à 11h à la librairie Kléber.
Rencontre avec Julie Brochen et l’équipe artistique, le samedi 12 mai à 14h30 au TNS
Projection de Lancelot du Lac de Robert Bresson (1974), le lundi 14 mai à 20h au cinéma Star (suivie d’un débat avec Florence Delay, Jacques Roubaud et Julie Brochen).

Article actualisé le 22/01/2020 à 12h03
L'AUTEUR
Sylvia Dubost
Sylvia Dubost
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