« On subit les nuisances tous les jours. » Carole habite à quelques mètres de l’usine Cyclamen à Éguelshardt, près de Bitche. Elle fait partie d’un collectif de riverains et riveraines qui se mobilisent contre la pollution de leur environnement par cette entreprise de revalorisation de déchets métalliques. En octobre 2025, Rue89 Strasbourg avait consacré une enquête sur le sujet, s’appuyant sur 91 photos et vidéos, qui montraient des émanations de poussières ou des rejets de liquide dans l’environnement.




Après les nombreuses alertes des habitants et habitantes, l’inspection des installations classées a visité le site de Cyclamen et constaté six irrégularités : l’absence de portes sur une extension du bâtiment, seulement deux points de rejet atmosphérique au lieu des trois prévus par la règlementation, des lanterneaux ouverts sur le toit laissant s’échapper de la poussière hors de tout contrôle, des stockages de matières non autorisés à l’extérieur, une zone de chargement non signalée et l’absence de consignes aux salarié·es sur le risque d’accident ou la pollution.
Une première mise en demeure en 2023
Le 28 août 2025, l’État a donc mis en demeure l’entreprise de se conformer à la réglementation. « Rien n’a changé depuis », déplore Carole. Comme souvent, en l’absence de sanction, les mises en demeure ont peu d’impacts concrets. L’État serait par exemple en capacité d’imposer de lourdes amendes à Cyclamen. Il se contente pour l’instant de donner des consignes à l’industriel.
En l’absence de mesures efficaces, Carole a saisi à nouveau le préfet de la Moselle en décembre 2025, pour qu’il utilise ses pouvoirs de police et fasse passer Cyclamen du régime d’enregistrement au régime d’autorisation. Cela impliquerait que l’usine soit reconnue comme ayant un gros impact sur l’environnement et endure des procédures plus lourdes, notamment dans le contrôle.
L’État n’a pas répondu à Carole dans un délai de deux mois, ce qui signifie un refus implicite de l’administration. Une première mise en demeure avait déjà eu lieu en 2023 et n’avait pas fait cesser les nuisances comme en témoignent les photos et vidéos auxquelles Rue89 Strasbourg a eu accès. « Face à ce constat, nous attaquons le refus implicite de l’État pour le forcer à agir », explique maître Gabrièle Gien, l’avocate de la riveraine.
Irrégularités prouvées mais pas d’effets concrets
Son avocate a ainsi déposé un référé contre la décision du préfet (la non réponse) auprès du tribunal administratif de Strasbourg. Elle défend sa démarche lors de l’audience de ce lundi 2 mars :
« De nombreux rapports de l’inspection (donc de l’État lui-même, NDLR) prouvent les irrégularités. Nous sommes face à une carence fautive du préfet. Nous ne pouvons laisser perdurer son inaction alors que perdure le risque pour les riverains. »
Me Gabrièle Gien liste également les impacts « respiratoires, sonores et psychologiques » de l’usine chez sa cliente. De son côté, Cyclamen a tenté de défendre son activité, affirmant par exemple que les poussières étaient surtout liées à un chantier d’extension du site, malgré des vidéos montrant le contraire. Devant le tribunal, la préfecture est restée plutôt laconique, déclarant simplement que l’inspection avait « besoin d’un délai pour ses investigations ». Les voisins et voisines de l’usine vont-elles réussir à contrecarrer l’inertie de la préfecture et faire cesser concrètement une pollution ? Le tribunal administratif rendra sa décision « au plus tard le 16 mars ».


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