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Tribune : « Chômage et pauvreté : Et si on n’avait pas tout essayé ? » par Actes 67
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Tribune : « Chômage et pauvreté : Et si on n’avait pas tout essayé ? » par Actes 67

par Actes 67.
Publié le 10 juin 2016.
Imprimé le 26 octobre 2021 à 06:59
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Face à une croissance peu créatrice d’emplois, l’association Actes 67  (Action citoyenne pour la transformation écologique et sociale) plaide pour une baisse du temps de travail pour lutter contre le chômage et la pauvreté.

On ne dira jamais assez la souffrance et la désespérance qu’engendrent chômage de masse et pauvreté. Le droit au travail est inscrit dans notre Constitution, pourtant l’actuel projet de loi «travail» en discussion n’est en rien un remède à la situation. Voici pourquoi.

35 ans de « retour » à la croissance

Depuis plus de 35 ans, les principaux partis politiques prônent le retour à la croissance et la dérégulation du marché du travail pour résoudre le problème du chômage. Le résultat est connu : une croissance atone et 6,1 millions d’inscrits à Pôle emploi (+ 257 000 en un an).

Une facilité consiste à renvoyer en permanence au modèle allemand (fin 2015 le taux de chômage était de 4,5% en Allemagne contre 10,1% en France). Chaque pays moderne devrait suivre cet exemple, voire l’exemple anglais, notamment en dérégulant le marché du travail. Or, il y a un «mais»: la facilité à licencier, les embauches à bas coût et l’abaissement des indemnités des chômeurs y engendrent une augmentation fulgurante de la pauvreté et plongent de nombreux salariés dans la précarité.

Le modèle français, pour sa part, compense l’absence d’emplois et de revenus salariaux par des revenus de transfert. Mais il ne règle pas le problème économique et humain du chômage. Un travail c’est aussi une dignité.

Les objectifs de 2010 loin d’être atteints

On le voit, aucun des scénarii dominants en Europe ne répond aux objectifs de l’Union Européenne qui s’était engagée en 2010 à augmenter significativement le taux d’emploi et à sortir 20 millions d’européens de la pauvreté avant 2020. À mi-parcours, avec plus de 120 millions de pauvres et une augmentation régulière du chômage, on en est loin.

D’autres choix sont-ils possibles et avec quelles chances de succès ? Reconnaissons d’abord que le retour à une croissance forte est une illusion. Passé le cap de la reconstruction, la croissance française est restée depuis 40 ans sous 2%/an. De fait, le développement de l’économie de marché trouve ses limites dans le niveau d’équipement des ménages.

Les robots créent peu d’emplois

Ajoutons que la mécanisation, l’informatisation et la robotisation des tâches ont pour conséquence, une croissance très peu créatrice d’emplois, de sorte qu’à moins de 2,5 % de taux de croissance par an le chômage ne recule plus.

À défaut de partager les fruits d’une croissance qui n’existe plus, il est en revanche possible de partager le travail disponible. Les opposants idéologiques à cette idée sont dans l’erreur car le travail est, de fait, déjà partagé entre ceux qui en ont un et ceux, toujours plus nombreux, qui n’en ont pas. Il ne s’agit donc pas d’être pour ou contre le partage du travail mais de savoir si on souhaite mettre en œuvre un autre partage du travail, conforme aux valeurs républicaines d’égalité et de fraternité.

Des études fiables ont montré, par exemple, que le passage de 35h à 32h hebdomadaires pourrait créer jusqu’à 2 millions d’emplois. Dans chaque entreprise, baisse des cotisations chômage (les coûts directs et indirects du chômage représentent 70 milliards d’euros par an), transfert d’une part des dividendes et baisse des salaires les plus élevés seront mobilisés pour permettre de rémunérer les nouveaux salariés.

Un RSA au-dessus du seuil de pauvreté

En cassant le chômage de masse, nous redonnerons de l’espoir et de la dignité à des millions de nos concitoyens. La consommation intérieure sera relancée et les recettes fiscales augmentées. Un autre élément majeur de la réflexion doit concerner la pauvreté. La France compte 8.8 millions de pauvres. Le niveau du RSA est suffisant pour survivre, en aucun cas pour vivre. Il est donc impératif de mettre en place un revenu minimum garantissant à tous un revenu supérieur au seuil de pauvreté.

Le financement de ce plan pauvreté ainsi que celui du retour à l’emploi des personnes demeurant au chômage en dépit du dispositif Plan Travail des entreprises, devront être étudiés conjointement. Afin de maintenir l’équilibre des finances publiques, leur financement sera assuré par des ressources provenant de l’évasion et des niches fiscales, de l’impôt sur la fortune, des tranches supérieures de l’impôt sur le revenu et de taxes sur les transactions financières.

Toujours plus de croissance ? (Photo fdecomite / Flickr / cc)

Toujours plus de croissance ? (Photo fdecomite / Flickr / cc)

Un travail et des revenus décents pour tous constituent un objectif politique réaliste. Aucune autre évolution majeure -la transition écologique par exemple- ne sera possible sans la réussite de ces deux projets.

Mobilisée sur cet objectif, la France reprendra confiance en elle et redeviendra un modèle pour l’Europe, ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Un projet d’une telle ampleur requiert à l’évidence un débat démocratique approfondi et sa validation par référendum. La force politique qui s’engagera dans cette voie innovante devra être animée d’une détermination sans faille. Nul doute qu’elle recueillera le soutien d’une très grande majorité de Français.

Jean-Michel Augé, Louis Bazin, Bernard Bourdin, Alain Drach, Philippe Fussler, Denis Kaufmann, Dominique Weiss, Clarissa Barton, membres d’ACTES 67 (Action citoyenne pour la transformation écologique et sociale)

L'AUTEUR
Actes 67
L'association Actes 67 (Action citoyenne pour la transformation écologique et sociale) a engagé un travail en profondeur sur les faisabilités notamment financières de projets de "Partage du Travail" et de "Plans Pauvreté". Voici ses contributions plus stratégiques à des questions sociétales de fond.

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