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« L’État doit reprendre la dette des Hôpitaux de Strasbourg »
Tribune 

« L’État doit reprendre la dette des Hôpitaux de Strasbourg »

par Pernelle Richardot.
Publié le 10 juillet 2021.
Imprimé le 04 août 2021 à 15:32
1 335 visites. 3 commentaires.

Suite aux alertes sur les finances des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, Pernelle Richardot, conseillère municipale (PS) de Strasbourg, appelle la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, à faire pression sur l’État.

La crise sanitaire a mis en lumière les problèmes et dysfonctionnements liés au manque de moyens des hôpitaux français. Si l’Hôpital a tenu, c’est grâce à l’implication et l’engagement sans relâche des équipes soignantes pour prendre en charge les patients, souvent dans des conditions pénibles.

Pendant le premier confinement, cela paraît si lointain déjà, tous les soirs à 20h, les citoyens et citoyennes étaient à leurs fenêtres pour montrer leur attachement à l’hôpital public et exprimer par des applaudissements leur soutien et leur gratitude à celles et ceux qui étaient en première ligne pour faire face et combattre le Covid-19. Mais les soignantes et les soignants ne demandaient ni médailles ni glorification, mais une reconnaissance d’un travail accompli au quotidien, en discrétion, et souvent dans des conditions humaines et salariales indignes de ce que doit être le service public en France.

« Il ne faut plus chercher des responsabilités, mais agir »

Par un courrier de l’Agence régionale de santé du Grand Est adressé au directeur général des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), révélé par Rue89 Strasbourg, chacun a pu prendre connaissance d’informations inquiétantes sur la santé financière des HUS, informations relayées et confirmées par les syndicats et par la communauté médicale des HUS.

La situation des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg est grave d’un point de vue financier : notamment due à des choix d’investissements passés sans faire appel aux dons de l’État via le Comité interministériel de performance et de modernisation de l’offre de soins (Copermo), ce qui a privé l’hôpital de plusieurs millions d’euros de subvention.

La situation des HUS est grave d’un point de vue humain : un personnel en sous-effectif et en souffrance, des lits inoccupés faute de personnel soignant pour les « armer » et au bout une détérioration de l’égal accès aux soins de toutes et tous sur le territoire.

La question aujourd’hui n’est pas de chercher les responsabilités passées, mais bien d’agir vite pour sauvegarder les capacités d’action, d’enseignement, de recherche, d’innovation et de soins du CHU de Strasbourg.

Pour cela, il faut d’abord un engagement de l’État à la reprise de toute ou partie de la dette des HUS.

Une exigence de recrutement

Il faut que les autorités locales et notamment Jeanne Barseghian, maire (EELV) de Strasbourg, présidente du conseil de surveillance, réaffirme avec force le refus catégorique de fermeture de lits au sein des HUS dans les prochaines années (ce qui ne sera possible que s’il y a des équipes soignantes suffisantes pour armer les lits et assurer les gardes), comme l’a fait le maire (PS) de Nancy, Mathieu Klein, face au ministre de la Santé car plus que jamais, notre territoire a besoin d’un équipement de service public assurant un égal accès aux soins à toutes et à tous .

Depuis plusieurs années, et encore plus aujourd’hui, les HUS ont une carence de près de 200 infirmiers diplômés d’État. Il faut porter une exigence de recrutement des agents et lutter contre la dérive de l’intérim et du CDD avec la titularisation des agents et en particulier des infirmiers, infirmières et des aides-soignants.

La maire de Strasbourg a exprimé à plusieurs reprises son refus de l’externalisation de services au sein de l’Eurométropole. C’est une bonne chose ! Il est attendu la cohérence de son expression au sein du conseil de surveillance et que le même discours soit tenu face à la direction de l’hôpital et de l’Agence Régionale de Santé (ARS) sur ce point des externalisations. Car à la lecture du courrier nous apprenons qu’afin de baisser les charges, les HUS prévoient « une hausse du recours à l’intérim de 1,5 million d’euros sur les personnels non médicaux. »

Enfin, j’ai – lors du dernier conseil municipal – suggéré qu’une réflexion puisse être rapidement menée sur un accès prioritaire à des logements pour le personnel soignant qui aujourd’hui fait face à la hausse du prix des mètres-carrés dans Strasbourg et ce, en lien avec les représentants du personnel.

Il y a un an, beaucoup saluaient la « soi-disant » excellente gestion des HUS ces dernières années par son directeur alors que les agents grondaient déjà sur une politique managériale éprouvante. Ce dernier a même été décoré par la plus haute distinction de la République alors que celles et ceux promus un temps comme « les héros de la Nation » en première ligne étaient à nouveau tombés dans l’anonymat et dans le service du quotidien pour prendre soin de toutes et tous. C’est à eux et aux nombreux agents du service public, et pas uniquement du domaine de la santé, que la République est redevable. Il est temps que chacun s’en souvienne.

Pernelle Richardot

L'AUTEUR
Pernelle Richardot
Conseillère municipale de la Ville de Strasbourg et Vice-Présidente du Groupe des élu.e.s Socialiste et Républicain "Faire Ensemble Strasbourg"

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