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Emmanuel Fernandes : « L’austérité est une idéologie mortifère »
Tribune 

Emmanuel Fernandes : « L’austérité est une idéologie mortifère »

par Emmanuel Fernandes.
Publié le 15 octobre 2022.
Imprimé le 02 décembre 2022 à 03:37
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Le député de la 2e circonscription du Bas-Rhin, Emmanuel Fernandes (La France insoumise) dénonce la politique d’austérité menée par le gouvernement selon lui, à laquelle il attribue des récents faits de l’actualité strasbourgeoise.

Depuis la fin de l’été, Strasbourg est frappée, avec une particulière intensité, par les conséquences de l’incurie gouvernementale et les choix politiques délibérés d’Emmanuel Macron : austérité pour le grand nombre, opulence pour quelques-uns. 

Face à l’augmentation des coûts de l’énergie, prétextant la légitime exigence de sobriété, le président de l’Université de Strasbourg a décidé de fermer les bâtiments pendant deux semaines cet hiver. C’est une décision injuste car elle fait reposer les économies d’énergie sur le dos des étudiantes et des étudiants et dégrade les conditions d’enseignement. Les étudiants continueront de se chauffer, ils en assumeront simplement l’entièreté des coûts alors même qu’ils débourseront, en moyenne, 428 euros de plus par an à cause de l’inflation. Pour certains étudiants, la seule possibilité d’accéder à des salles chauffées, c’est d’aller à  l’université. N’y a-t-il pas une possibilité d’être sobre et de rester en même temps en accord avec les fondamentaux de l’université que sont l’ouverture et l’apprentissage ? 

Les finances des collectivités bridées

Outre son université, Strasbourg voit ses musées fermer deux jours par semaine. C’est un autre service public, celui de la culture, qui est touché. Contribuant au contexte de ces fermetures, on retrouve entre autres l’injuste pacte de Cahors, qui réduit les dotations de fonctionnement de l’Etat si les collectivités dépassent une augmentation de 1,2% de leurs dépenses de fonctionnement, ce qui, en tenant compte de l’inflation, implique une baisse des dépenses. En outre, les évolutions législatives retirent progressivement aux collectivités territoriales leur levier fiscal, auxquels vient s’ajouter l’importante inflation des budgets à consacrer à l’énergie.

Emmanuel Fernandes en meeting place du Corbeau avant les élections législatives (Photo Danae Corte / Rue89 Strasbourg)

Poussant encore plus loin son entreprise de mise en dépendance économique des collectivités, le gouvernement – dans le cadre du projet de loi de finances actuellement en débat à l’Assemblée nationale – souhaite offrir un nouveau cadeau de 8 milliards d’euros aux plus grandes entreprises en supprimant la CVAE (Cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises) privant à nouveau les collectivités d’une ressource propre. Il est temps de faire sauter le verrou de l’asphyxie budgétaire des collectivités territoriales qui affaiblit leurs moyens d’intervention en imposant un carcan toujours plus restrictif aux budgets de fonctionnement, détruisant à terme les services publics. 

Conséquences tragiques dans les hôpitaux

Cette maltraitance en règle des services publics affecte également les hôpitaux, avec des conséquences qui, à Strasbourg, se sont déjà avérées tragiques : il y a six mois, un homme est décédé après être resté douze heures aux urgences avec un délai de prise en charge préjudiciable. Le 1er septembre, un octogénaire est mort au Nouvel hôpital civil (NHC) après avoir passé 22 heures sur un brancard (aucun lit n’étant disponible en aval des urgences), malgré un droit d’alerte déposé 36 heures en amont pour dénoncer la saturation des urgences. Les soignants et les personnels, auxquels j’ai rendu visite à deux reprises cet été, le dénoncent : sans moyens, sans personnels, sans financement à la hauteur, l’hôpital est aux abois, épuisé par l’austérité.

Nous n’acceptons pas que les services publics de notre ville, de notre pays, soient affaiblis, anémiés, attaqués de la sorte par l’idéologie mortifère qui anime le gouvernement d’Emmanuel Macron. Nous avons droit à une université de qualité, à un accès le plus large à la culture, à des services de santé qui ont les moyens de soigner et d’exercer dans la dignité.

C’est l’appartenance au marché unique européen de l’énergie qui contraint le pays à subir de telles hausses des coûts de l’électricité. Avec la Nouvelle union populaire écologique et sociale (Nupes), nous continuerons de nous battre pour le blocage des prix de l’énergie, financé par une taxe sur les superprofits de grandes multinationales qui surfent sur la crise. En effet, elles affichent des bénéfices records totalisant plusieurs dizaines de milliards, pendant que le pays souffre et que ses services publics de l’éducation, de la culture, de la santé, sont exsangues. Emmanuel Macron a jusqu’ici refusé, par idéologie, la mise en place d’un tel mécanisme de redistribution, pourtant déjà en vigueur dans nombre de pays européens et par ailleurs recommandé par le secrétaire général de l’ONU, le FMI et la Commission Européenne.

Dans le cadre de l’examen du projet de loi de finances à l’Assemblée nationale, la Nupes se bat pour amender le budget de l’État et donner aux collectivités territoriales les moyens de faire face à cette explosion des coûts de l’énergie, et plus généralement, pour sortir de cette logique d’asphyxie budgétaire. Le gouvernement menace l’Assemblée d’user de l’article 49.3 de la Constitution afin d’imposer son budget pour 2023, effaçant toutes les avancées contenues dans des amendements pourtant légitimement votés par les députés. Je dénonce avec force cette manière de piétiner les travaux de la représentation nationale !

Sortir l’hôpital public d’une logique de rentabilité

Par ailleurs, nous défendrons pied à pied l’hôpital public pour lui donner les moyens de redevenir le service public de la santé que le monde nous enviait encore il y a 20 ans. Lors de l’examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale, à partir de la semaine qui vient, les députés de la Nupes défendrons la fin de la vision de « l’hôpital-entreprise » en action depuis deux décennies. Suppression de l’Ondam (Objectif national d’assurance maladie), sortie de la T2A (tarification à l’activité), fin des indicateurs de performance comme la DMS (durée moyenne de séjour) ; autant d’acronymes à bannir qui sont des emblèmes de la logique de rentabilité, imposée aux personnels des hôpitaux qui ne souhaitent qu’une chose : exercer dans des conditions dignes, avec pour seul objectif la qualité des soins.

Université, musées, hôpitaux de qualité : ne nous résignons pas à en être dépouillés. Décidons l’extinction et l’interdiction immédiate des panneaux publicitaires lumineux,  appliquons un bouclier tarifaire énergétique également aux collectivités territoriales, lançons un grand plan de rénovation thermique des bâtiments publics, notamment des universités ! Il y a urgence et le gouvernement se contente de conseiller le port de cols roulés pour passer l’hiver.

Ce dimanche 16 octobre à Paris, nous serons des dizaines de milliers à marcher contre la vie chère, l’inaction climatique et l’autoritarisme du gouvernement qui s’apprête à bafouer le travail parlementaire. De Strasbourg, en bus, en train, nous rejoindrons Paris par centaines. Nous soutenons toutes celles et tous ceux qui, dans les jours qui viennent, se mobiliseront pour réclamer une hausse des salaires, pour demander une juste redistribution des richesses. Il s’agit de ne pas se résigner, car c’est par notre nombre et notre détermination que nous pourrons, ensemble, peser sur les choix politiques d’un pouvoir macroniste qui, les faits le démontrent, s’évertue à servir d’autres intérêts que l’intérêt général.

Article actualisé le 16/10/2022 à 11h57
L'AUTEUR
Emmanuel Fernandes
Député (LFI) de la 2e circonscription du Bas-Rhin

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