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Tribune : Eric Schultz (EELV) regrette le retrait de la médaille de « Dany »
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Tribune : Eric Schultz (EELV) regrette le retrait de la médaille de « Dany »

par Tribune.
Publié le 26 février 2014.
Imprimé le 04 octobre 2022 à 18:31
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Daniel Cohn-Bendit est député européen - Ici, au Parlement de Strasbourg (Photo European Parliament / Flickr / Cc)

Daniel Cohn-Bendit est député européen – Ici, au Parlement de Strasbourg (Photo European Parliament / Flickr / Cc)

Le 18 février, après avoir entendu sur Europe 1 Daniel Cohn-Bendit railler la proposition de campus européen à Strasbourg formulée par François Hollande et donner des « chiffres erronés sur le coût du Parlement européen », le maire Roland Ries (PS) a décidé de « surseoir au projet de remise d’une médaille d’honneur de Strasbourg » à l’eurodéputé écologiste. Cette remise aurait dû avoir lieu ce mercredi. Eric Schultz, élu EELV au conseil municipal et impliqué auprès de Sandrine Bélier dans la campagne des élections européennes, regrette ce retrait.

TribuneAinsi donc, l’irrévérencieux Dany Cohn-Bendit sera privé de médaille ce 26 février. Cela semble irrévocable. Celles et ceux qui connaissent un peu l’impétrant et son histoire ne pourront s’empêcher de sourire, tant la décoration comme la sanction paraissent en complet décalage avec la personnalité de Dany.

Un siège unique, Strasbourg

A bien des égards cette décision pourra même paraître un peu vaine, voire dérisoire. Pourtant, force est de constater que c’est bien un sentiment de gêne et de perplexité qui tend à s’installer depuis quelques jours. Pas tellement sur la question du siège du Parlement Européen. A vrai dire, sur ce sujet, les écologistes strasbourgeois ont toujours été clairs. La transhumance régulière entre Bruxelles et Strasbourg est un non-sens écologique, financier et démocratique auquel il faut impérativement mettre un terme. Ceci plaide en faveur d’un siège unique du Parlement Européen, qui, dans le cadre actuel des traités ne peut être que Strasbourg. Là n’est donc pas la question.

Pas d’avantage sur la question du campus universitaire européen évoqué lors de la venue de François Hollande à Strasbourg. L’ouvrage mérite d’être mis sur le métier, travaillé et expliqué en attendant sa concrétisation. Manifestement Dany Cohn-Bendit, ancien étudiant de l’Université de Nanterre et docteur Honoris Causa de l’Université d’Athènes ne disposait pas de tous les éléments nécessaires à la formation d’un jugement objectif. Nous aurions pu saisir l’occasion du 26 février pour l’associer à cette démarche.

Distinguer l’Europe « de Strasbourg » et l’Europe « à Strasbourg »

Alors pourquoi ce malaise diffus ? Depuis mars 2008, nous n’avons eu de cesse de dire que la vocation européenne de Strasbourg ne pouvait se limiter au siège du Parlement européen, de rappeler que les valeurs fondatrices de l’Europe (les droits de l’Homme, la démocratie et la citoyenneté), font partie de l’ADN politique de Strasbourg, et que l’Europe « de Strasbourg » devait prendre le pas sur l’Europe « à Strasbourg ». Or, c’est bien cette distinction féconde que « l’affaire de la médaille » met à aujourd’hui mal.

Certes, Dany Cohn-Bendit a ses travers. Ses positions sur le siège du Parlement Européen sont connues depuis longtemps, elles font débat, y compris au sein du mouvement écologiste et posent en arrière fond des questions cruciales comme celles du devenir institutionnel de l’Union, de la refonte desdites institutions, du polycentrisme, de la séparation des pouvoirs et bien d’autres encore… Mais là n’est pas le sujet. Personne en effet ne peut ignorer que Dany est bien ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui un « grand européen ». Un esprit libre et d’une stature incontestable, qui de par son histoire, ses paroles et ses actes, n’a eu de cesse de porter et de défendre l’idéal européen, contre vents et marées, partout, et à chaque fois que cela était nécessaire.

Une des grandes voix de l’Europe

Dany Cohn-Bendit est en effet connu et apprécié pour ses prises de positions sans concessions et son engagement sans failles en faveur de la démocratie et du respect des Droits de l’Homme. Nous avons tous et toutes en mémoire son interpellation de Nicolas Sarkozy dans l’hémicycle strasbourgeois au moment des Jeux Olympiques de Pékin, sa dénonciation de la dérive autoritaire de la Hongrie de Viktor Orbàn, sa dénonciation des régimes de Chavez et Castro, son soutien au peuple grec, aux Révolutions Arabes, à Edward Snowden, ou il y a quelques jours à peine, son appel enflammé à soutenir les démocrates ukrainiens dans leur combat pour la liberté et la démocratie.

Dany Cohn-Bendit est une des grandes voix de l’Europe. Une voix qui porte et que l’on écoute. De la même manière, son engagement en faveur de la construction européenne et de l’Europe fédérale est indéniable. Militant inlassable de la démocratie et des Droits de l’Homme, Dany Cohn-Bendit est porteur d’une véritable vision de l’Europe, à laquelle en tant que Strasbourgeois nous ne pouvons que souscrire. Cette vision, c’est celle d’une Europe post-nationale et post-identitaire, enfin et durablement débarrassée des égoïsmes nationaux, des souverainismes de droite comme de gauche et du spectre de la guerre.

Des hommes que l’on se grandirait à honorer

L’Europe de Cohn-Bendit, c’est selon ses propres termes celle des ponts qui unissent plutôt que celle des fleuves qui divisent. L’Europe de Cohn-Bendit, c’est celle des miracles : le « miracle du Rhin », qui unit la France à l’Allemagne, le « miracle de l’Oder », qui unit l’Allemagne à la Pologne, le « miracle du Bosphore » qu’il nous reste à réaliser… Reprenant à son compte les termes de la déclaration de Laeken, Dany Cohn-Bendit aime ainsi à rappeler que « la seule frontière que trace l’Union européenne est celle de la démocratie et des droits de l’homme ». Nous ne sommes pas loin de l’Europe de Strasbourg, tout le monde en conviendra.

En pleine crise ukrainienne, j’ai donc la faiblesse de croire que nous ne pouvons que regretter que le débat sur l’Europe « à Strasbourg » ait ainsi pris le pas sur ce que l’Europe « de Strasbourg » devrait porter avec force. Je regrette que nous n’ayons pas su honorer ce grand européen à la hauteur de son engagement pour la Démocratie et les Droits de l’Homme, et en faire un citoyen d’honneur de notre ville. Il aurait probablement été le meilleur ambassadeur des valeurs qui sont les nôtres auxquelles nous sommes toutes et tous attachés. Il est sans conteste des irrévérences que l’on gagnerait à ignorer et des hommes que l’on se grandirait à honorer.

Eric Schultz
Conseiller municipal délégué à la Démocratie locale
Co-président du Groupe des élu-es écologistes et Citoyens de Strasbourg (EELV)

L'AUTEUR
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