Un peu tard, Roland Ries appelle à la coproduction d’une politique culturelle
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Un peu tard, Roland Ries appelle à la coproduction d’une politique culturelle

Roland Ries, lors de la conclusion des ateliers jeudi au Hall des Chars (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Roland Ries, lors de la conclusion des ateliers jeudi au Hall des Chars (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Roland Ries a conclu jeudi les « ateliers du spectacle vivant » par un appel aux acteurs du milieu culturel à élaborer avec lui la politique de la ville. A un an de la fin de son mandat, et après des Assises de la culture en 2009 auxquelles beaucoup ont cru, les responsables de compagnies et d’associations présents ont apprécié le discours du maire de Strasbourg, mais attendent de voir.

Roland Ries n’a pas de chance avec la culture. Le secteur pompe un quart du budget de la Ville (75 M€) et le maire n’obtient pas de reconnaissance, ou si peu, de la part des acteurs culturels. Les ingrats. Il faut dire que ce budget est presque entièrement dévolu aux grosses structures telles l’Opéra du Rhin, le Maillon ou le festival Musica. Du coup, il ne reste que des miettes pour la myriades d’associations, de compagnies et de collectifs qui se bougent et font bouger la ville, tels Central Vapeur, Mémoires Vives, etc.

Alors après le vide laissé par des Assises de la culture en 2009 qui n’ont débouché sur rien, il fallait bien tenter de renouer avec ce milieu remuant. D’où ces ateliers du spectacle vivant, rencontres entre élus, cadres de l’administration et acteurs culturels et dont la restitution des travaux a eu lieu jeudi après-midi au Hall des Chars.

Favoriser l’émergence, soutenir la consolidation

Que s’est-il dit ? D’abord qu’il fallait favoriser l’émergence des projets. Trop de créations meurent avant d’avoir eu une chance de rencontrer le public. Les ateliers ont notamment mis en évidence le besoin à Strasbourg d’un lieu ressource, où les petites compagnies pourraient se retrouver, répéter et disposer de documentation, formations, etc. C’était justement le projet de l’association La Friche – Laiterie, comme l’explique Arthur Poutignat, le président de l’association :

« On avait préparé tout un dossier pour la Ville, qui proposait exactement de faire ce que les ateliers recommandent aujourd’hui ! Mais les crédits nécessaires pour salarier au moins une personne afin d’assurer un suivi professionnel de l’ensemble des actions nous ont été refusés, alors que toute la dynamique de regroupement des compagnies était là… C’est un peu dur à entendre aujourd’hui. »

Didier Coirint, chef du service de l’action culturelle, a poursuivi en indiquant que d’autres lieux que la Fabrique allaient être mis à la disposition des artistes en 2014, 2015… sans mentionner que cette politique ne se mettra en œuvre que si l’équipe actuelle est reconduite en mars 2014. En fait de dialogue de travail, les discours avaient des accents de campagne électorale. Plusieurs personnes présentes l’ont remarqué, tel Yann Gilg, responsable de la compagnie Mémoires Vives et des Sons d’la rue :

« J’ai entendu de bien belles paroles. Mes oreilles ont été caressées. Mais ça me rappelle trop les Assises de la culture… Alors maintenant, j’attends de voir. Je comprends bien qu’on est entré en campagne électorale et que les élus se sont aussi adressés aux citoyens que nous sommes. Mais je suis un utopiste, j’aime croire que ce qui a été dit va se réaliser et qu’il ne s’agit pas de futiles souhaits. Nous sommes une compagnie qui produit quatre créations par an, nous avons demandé un conventionnement. On verra bien. »

Le conventionnement, autre idée issue des ateliers, a pour objectif de permettre à une structure culturelle d’avoir une visibilité sur son avenir financier, avec une garantie de subventions sur trois années, renouvelables une fois. Mais ces subventions seront dégressives, afin d’inciter les compagnies à trouver leur équilibre économique. Les compagnies ont fait remonter que les délais de paiement des subventions, trop long, les mettaient dans des situations financières intenables. Le premier adjoint, Robert Herrmann, a promis de faire accélérer les paiements de l’administration et a proposé l’instauration d’un « fonds relais ».

Voir l’ensemble des mesures recommandées par les ateliers

Dans son discours de clôture de ces ateliers, Roland Ries a appelé les acteurs culturels à le rejoindre pour mener une politique culturelle « en coproduction ». S’il maintiendra (en cas de réélection) la part du budget de la culture à son niveau, il aimerait qu’il y ait plus de mouvement et moins de « sédimentation » :

« Il y a deux dangers avec les politiques culturelles. Soit on donne un peu à tout le monde, pour ne fâcher personne mais alors personne n’est entièrement satisfait. Soit on ne privilégie que ses proches ou ses amis, c’est du clientélisme. Comme on ne va pas demander au conseil municipal de se prononcer sur la pertinence de telle ou telle œuvre, ni dire « débrouillez-vous », la solution, c’est d’élaborer ensemble une politique culturelle. Grâce au dialogue, on peut progresser un peu plus chaque jour. »

Certes, mais n’est-ce pas un peu tard pour lancer une politique culturelle ? Roland Ries a réfuté l’idée, indiquant qu’il « ne se plaçait pas ici dans l’optique de mars 2014 ». C’est sûr.

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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