Des Elsauviens veulent lancer une université pour les quartiers populaires
Société 

Des Elsauviens veulent lancer une université pour les quartiers populaires

Plusieurs Elsauviens, dont Yan Gilg et Moustapha Taouil, préparent un projet culturel et éducatif : la Fabrique Artistique et Culturelle. Implantée à Marseille, Dakar et Strasbourg, la FAC ambitionne de créer de l’activité économique et de permettre aux habitants de participer à l’avenir de leur quartier.

« L’école républicaine est obsolète et elle n’a pas tenu sa promesse. » Yan Gilg est de retour à Strasbourg, avec un constat et de l’ambition. Le directeur des compagnies Mémoire Vive et Les sons de la rue veut « rendre à l’Elsau ce que le quartier lui a donné. » Jeudi 1er août, il a présenté son projet d' »université des classes dominées » à Rue89 Strasbourg.

Yann Gilg et Mouss, premiers acteurs de la future Fabrique Artistique et Culturelle. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

Une FAC, un label

La présentation du projet se fait dans un salon du 80 rue Martin Schongauer. L’appartement sert en partie de studio d’enregistrement pour le label hip hop Gotham Record. Suite au succès fulgurant du rappeur elsauvien Larry, un contrat de distribution a été signé avec la maison de disque américaine Columbia. La FAC de Yan Gilg partagera avec le label elsauvien des locaux mais aussi la volonté de lancer des jeunes artistes strasbourgeois.

« L’Elsau, c’est un berceau des cultures urbaines. La FAC fonctionnera avec des partenaires issus des quartiers populaires », annonce Yan Gilg. Ce dénicheur de talents se tourne vers Nora Tafiroult, à ses côtés. La présidente de l’association qui chapeaute le média strasbourgeois Sp3ak3r (prononcer spikeur) participera aussi au projet si le conseil d’administration vote en ce sens.

Redonner confiance aux habitants

Pour la fondatrice du « média des quartiers », l’objectif de la FAC et de Sp3ak3r sont les mêmes :

« Il s’agit d’aider les habitants à avoir confiance en eux, à se sentir légitimes pour dire ce qu’ils pensent de la rénovation de leur quartier, d’intégrer des grandes écoles, de créer leur propre entreprise… »

Au bout du canapé, Moustapha Taouil acquiesce. Ce gérant d’une entreprise spécialisée dans l’événementiel mettra son expertise et son matériel à disposition du projet.

La FAC s’adressera à des jeunes « sortis de tous les radars sociaux, qu’on aura repérés avec une motivation et un potentiel artistique », affirme Yan Gilg. Ils viendront à la fois de Strasbourg, mais aussi de Marseille et de Dakar, comme l’explique l’initiateur du projet :

« Pour nous ce lien avec l’Afrique est nécessaire sachant que la majorité de la population des banlieues sont des afro-descendants. L’idée, c’est de connecter le quart-monde français au tiers-monde. La transmission du savoir doit permettre à l’individu de relever la tête, de s’en sortir, pour ensuite dupliquer son parcours. »

Donner du swag à l’école

Dans la continuité de l’action des Sons de la Rue, la pédagogie de la FAC se basera sur la création artistique. Yan Gilg résume : « Il s’agit de jalonner un parcours de création avec des moments de transmission. » L’objectif assumé : redonner du « swag » à l’école, qui ne serait « plus compétitive » pour les jeunes, « des geeks, qui ont appris l’autoformation grâce aux tutos et aux forums sur internet. »

Il n’y aura donc pas de cours magistraux à l’Elsau. L’apprentissage se fera surtout au sein de la production artistique, explique Yan Gilg :

« Certains développeront des compétences de design, de communication ou de comptabilité pendant un projet. Puis ils réutiliseront ces compétences pour trouver un boulot ou monter une entreprise et seront alors les nouveaux professeurs de la FAC. »

Financement par l’aide au développement…

La FAC pose la question cruciale de « la plus-value sociale de la création artistique. » Car l’objectif du projet reste « l’insertion économique et le développement territorial », rappelle Yan Gilg. Dans le cadre d’une demande de financement auprès de l’Agence française du développement, il a présenté le potentiel économique de la FAC :

« À Dakar, on a déjà descendu pour 10 000 euros de matériel, trois petits studios d’enregistrement et une station d’infographie. Parmi les 25 jeunes élèves qu’on a Dakar, il y en a qui voudraient développer des compétences d’infographie. Ils ont accès au matériel, aux logiciels, au lieu de travail… Les mec font des prestas, ils évoluent, répondent à des appels d’offres. En contrepartie, pour la FAC Dakar, ils feront des flyers pour des concerts… »

Des locaux et des demandes

À ce jour, la FAC à Strasbourg dispose d’un local à l’Elsau et d’un autre à la Meinau. « On est encore en demande d’un autre cinq pièces auprès de CUS Habitat (Ophea, bailleur social présent à l’Elsau, ndlr) », affirme Yan Gilg. Il espère pouvoir intégrer le projet dans le cadre de la rénovation du quartier. Les projets de rénovation de l’Elsau ont pourtant été présentés aux habitants en mars. Mais le futur doyen de la FAC reste confiant :

« Beaucoup est décidé, mais il reste quand même une enveloppe, des affectations commerciales, voir ce qui va être attribué aux services publics… Nous on a des choses à proposer. Une idée par exemple, une filière autour du textile. On est en train de mettre en lien des gens de la FAC Dakar avec la FAC d’ici, notamment autour du Wax. L’objectif, ce serait de faire de la création de modèle unique avec les ateliers là-bas et des showrooms et un magasin ici. C’est une des pistes qu’on travaille. »

« Vous, vous allez rester pauvres »

En filigrane, Yan Gilg et Moustapha Taouil dessinent une autre vision de la rénovation du quartier. Pour eux, le projet de rénovation urbaine de l’Elsau a été pensé sans la majorité de ses habitants. Leur objectif commun : redonner du pouvoir aux Elsauviens des tours. Pour expliquer son engagement, Moustapha Taouil décrit son sentiment lors de la réunion sur la rénovation de son quartier :

« Ils ont dit qu’il y aura le même nombre d’habitants sauf que certains devront partir et qu’ils allaient ramener une classe sociale plus aisée. C’est passé inaperçu. C’est comme si tu disais, on va ramener les riches, mais vous, vous allez rester pauvres dans le quartier. Personne ne semblait intéressé par ce qu’on devait faire avec les habitants qui sont là, rien. »

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste en alternance depuis la rentrée 2017.

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