Verdi au Zénith, la musique sacrée à la recherche des jeunes
Culture 

Verdi au Zénith, la musique sacrée à la recherche des jeunes

actualisé le 14/09/2012 à 07h13

Les Strasbourgeois resteront-ils de marbre face à Verdi ? Les organisateurs misent sur un bon taux de remplissage. (Photo Minak Theatre, e_cathedra / FlickR / CC)

Giuseppe Verdi aura 200 ans en 2013. Pour fêter la maestria du compositeur italien, l’Orchestre Philarmonique de Strasbourg s’associe à l’Opéra National du Rhin pour produire un Requiem aux dimensions épiques au Zénith le 20 septembre : 100 musiciens, 160 choristes, quatre solistes et le tout dirigé par le nouveau directeur musical de l’OPS, Marko Letonja. Objectif : faire sortir la musique classique de ses lieux habituels et capter de nouveaux publics. Belle ambition.

Il fallait oser : inviter Verdi, son Requiem et ses violons au Zénith, au même endroit où dans quelques mois Justin Bieber chauffera les coeurs des adolescentes. Mais la musique sacrée se cherche de nouveaux temples, d’autant que les lieux habituels manquent cruellement de place, attendent une rénovation ou ne répondent plus aux normes de sécurité. Tout est parti d’un constat : la CUS, propriétaire du Zénith dont elle délègue la gestion, dispose de la salle quelques jours par an. Pour son président Jacques Bigot, c’est l’occasion d’organiser « un événement culturel de grande ampleur ». Alors un Requiem au Zénith, pourquoi pas ?

Mais la jauge du Zénith, c’est tout de même 12 000 spectateurs… Strasbourg compte-t-elle autant d’amateurs de Verdi ? Prudents, les organisateurs l’ont révisée à 7 800 places. Le pari reste audacieux mais les  organisateurs espèrent faire salle comble. Pour Marc Clémeur, directeur général de l’Opéra National du Rhin, cette délocalisation est une occasion unique :

« En jouant au Zénith, l’idée est aller chercher le public en dehors des lieux habituellement dévolus à l’art lyrique, de changer les habitudes. Et puis de toutes façons, notre bâtiment place Broglie étant en travaux pendant le mois de septembre pour le mettre aux normes de sécurité, nous étions contraints de programmer notre premier événement dans un autre lieu ».

Jouer au Zénith comme dans un salon

Autre souci, l’acoustique. Pour Patrick Minard, directeur de l’Orchestre philarmonique de Strasbourg (OPS), le défi va être de pouvoir jouer au Zénith comme dans un salon :

« Le Zénith est une coque vide acoustiquement. Il va nous falloir beaucoup d’ingénierie de sonorisation car je rappelle que la mission de l’OPS, et de tout orchestre, est de rendre compte de la musique symphonique dans des conditions acoustiques naturelles, les plus proches possibles de l’écriture ».

Pour s’assurer un bon rendu, le choix de l’oeuvre n’a pas posé de problème car selon Patrick Minard :

« Carmina Burana, le Requiem de Mozart ou encore celui de Berlioz auraient pu aussi être retenus. Mais un tel oratorio populaire se compte finalement en nombre restreint. »

L’ambition étant de démocratiser la musique symphonique, et comme on approche du bicentenaire de la naissance de Verdi, le Requiem s’est imposé. Ce sera également le baptême du feu devant le public strasbourgeois du tout nouveau chef de l’OPS, le Slovène Marko Letonja, qui a pris ses fonctions début septembre.

Pour Jacques Bigot, malgré les difficultés et les habitudes, l’aventure mérite d’être tentée :

« Il y a des pays en Europe où le chant lyrique et la musique classique sont plus populaires car l’habitude est davantage ancrée. Pourtant, on voit bien que lors des représentations de l’OPS au Jardin des Deux Rives, qui n’est pas non plus un lieu habituel de production de l’Orchestre, le succès est énorme ».

Les jeunes particulièrement choyés par les tarifs

Déjà plus de 4 200 places ont été vendues grâce notamment à des tarifs intéressants : les billets s’échelonnent de 5,50€ à 30€. Des prix très loin de ceux habituellement proposés à l’Opéra du Rhin lorsqu’on n’a pas de carte spéciale ou d’abonnement. Dans l’éventail des petits prix proposés, les jeunes ont été particulièrement choyés car selon Patrick Minard, cette tranche d’âge représente 30% du public de l’ONR et c’est aussi un public très curieux de l’OPS, mais volatile.

Le public habituel de l’Orchestre est composé à majorité de personnes de plus de 55 ans. La catégorie de public la moins représentée, c’est la tranche d’âge 30-50 ans, soit des familles avec des enfants en âge scolaire. Si les petits sont parfois sensibilisés à l’Orchestre à travers des actions éducatives à l’école, les familles en elles-mêmes ne viennent pas à l’OPS. Une désaffection que Patrick Minard attribue à la concurrence de l’Opéra :

« Quand les parents ont les moyens de payer à la fois des billets et une baby-sitter, ils préfèrent l’Opéra, qui leur propose une sortie plus complète et festive que l’Orchestre, qui fait appel à plus d’intériorité dans le rapport à l’oeuvre ».

Et effectivement, du côté de l’ONR, on sait choyer les plus jeunes. Pour Marc Clémeur, « la réussite du renouvellement de notre public passe par la création d’opéras pour enfants. Chaque saison, je programme un opéra écrit pour le jeune public, dont les rôles principaux sont interprétés par nos jeunes artistes de l’Opéra Studio ». Après le succès d’Aladin, c’est Blanche-Neige qui va entrer en piste cette saison avec 20 représentations en Alsace et une tournée à l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet à Paris.

La programmation du Requiem de Verdi peut même être perçue comme une aubaine dans cette période d’abonnements et de réabonnements. Environ 5 600 abonnements sont vendus par saison à l’OPS, qui espère atteindre ce niveau début octobre. A l’ONR, les abonnements sont encore en cours de traitement. Pendant l’année, des approches d’un nouveau genre avec le public sont organisées dans le but de l’attirer et de le renouveler. Brocantes, ventes aux enchères, ouverture des ateliers de décors, flashmobs avec les danseurs du ballet, voilà de quoi conquérir de nouveaux coeurs.

De Verdi à Mario Bros ?

Si les organisateurs s’accordent à dire que l’initiative sera renouvelée en cas de succès, Patrick Minard émet un doute sur le caractère inépuisable de l’opération :

« Il faut le répertoire adapté, ce qui n’est pas évident. Mais ce qui pourrait aussi se faire, ce sont des grands galas lyriques, une soirée musique de films, ou encore l’orchestration de mangas ou de jeux vidéos. Une justification supplémentaire à être au Zénith et se tourner vers les ados pour leur montrer, par exemple, que si l’on transpose la musique de Mario Bros dans l’univers symphonique, c’est une musique bien écrite avec des thèmes symphoniques tout à fait intéressants ! »

La musique des jeux vidéo de Nintendo en symphonique, avec Mario en contre-ténor et Luigi en baryton… D’accord, mais à l’Opéra.

Y aller

Requiem de Verdi, 20 septembre 2012, 20h, au Zénith Strasbourg-Europe à Eckbolsheim. Site web.

L'AUTEUR
Lucie Dupin
Lucie Dupin
Journaliste freelance web et radio - Tendance Europe & Franco-Allemand

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