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  • par Marie Marty

Après la condamnation de Pinar Selek, la délégation raconte

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Pinar Selek a été condamnée après 3 acquittements successifs (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Ils sont partis mercredi au petit matin pour Istanbul et rentrés dans la nuit de jeudi à vendredi. La quinzaine de Strasbourgeois présents au 4ème procès de Pinar Selek en Turquie s’est retrouvée pour partie à l’ARES, dans le quartier de l’Esplanade à Strasbourg, ce vendredi midi. Ils ont raconté leur périple et exprimé leur colère, tout en assurant la sociologue turque de leur constant soutien.

Ses soutiens se sont largement mobilisés. La communauté turque, l’université, la classe politique. Au lendemain de son 4ème procès à Istanbul en Turquie, qui a abouti à sa condamnation à la prison à perpétuité, Pinar Selek, réfugiée à Strasbourg, était entourée ce vendredi d’une bonne centaine de personnes au centre socioculturel de l’Esplanade à Strasbourg. A ses côtés à la tribune, plusieurs membres de la délégation de Strasbourgeois qui s’est déplacée cette semaine à Istanbul pour « faire pression » sur la justice turque, afin que Pinar Selek puisse rentrer librement dans son pays après 15 ans d’exil.

A l’issue de trois jours de voyage et de tension, les membres de la délégation, élus, militants associatifs ou politiques, amis de Pinar selek, tous affichaient aujourd’hui des mines fatiguées, tel Abdelkarim Ramdane, représentant du mouvement des Jeunes écologistes du Bas-Rhin. Il explique :

« On a voyagé de nuit, on a mal dormi. On est allé d’un endroit à un autre avec nos bagages. Mais je crois que c’était bien qu’on y soit [malgré l'issue]. On aurait regretté de ne pas y être allé. »

« Porter des valeurs que notre ville prétend incarner »

Au sein de la délégation, deux élus strasbourgeois étaient présents, Pernelle Richardot (PS), retenue au conseil régional ce vendredi, et Eric Schultz, chef du groupe EELV au conseil municipal. Ce dernier notait à midi :

« [La quinzaine de Strasbourgeois comprise] la délégation comptait 80 personnes, dont une cinquantaine de non-turcs, venues de Strasbourg, mais aussi de Marseille ou de Paris. Pinar a un ancrage associatif fort à Strasbourg et c’était naturel et légitime de porter ses combats là-bas. Notre rôle en tant qu’élus de Strasbourg : porter les valeurs que prétend incarner notre ville, celles de capitale européenne des droits de l’homme, celles du Forum mondial de la démocratie, etc.

[Au tribunal] il y avait 50 à 60 avocats dans la salle, en robe, venus en soutien. Un mouvement extrêmement jeune et fort. Le matin, on avait encore un peu d’espoir [quant à l'issue du procès], mais en voyant l’attitude des juges et du procureur, on a compris que ce serait défavorable… »

Autour de Pinar Selek ce vendredi

Des juges « narquois », « comme au bistrot », « qui se curaient le nez » face à un public « tendu comme des arcs », décrit Irène Tabellion de l’association La Lune 67… Les membres de la délégation parlent aujourd’hui de « procès politique », de « parodie de justice », de « scandale ». D’un pays où « ce qui est à craindre, c’est la fin de l’état de droit et de justice » (Gunter Wallraff).

Pinar Selek, encore sous le choc de cette condamnation, la première après 15 ans de combat judiciaire, a indiqué ce vendredi qu’elle souhaitait continuer à se battre pour pouvoir « rentrer chez [elle]« . Elle n’est donc pas pressée d’accepter les propositions d’asile politique, formulée notamment par le député PS Philippe Bies. Ce dernier a redit son soutien à la cause de la jeune femme, tout en précisant qu’il n’était pas nécessaire « de se précipiter », qu’il faut « choisir les bons outils ».

« Je me battrai jusqu’à la mort »

Les avocats de Pinar Selek, représentés à Strasbourg par maître Camille Bal, ont déposé un pourvoi en cassation à Istanbul. Les voies de recours n’étant pas épuisées en Turquie, le dossier de la sociologue n’est pas encore sur le bureau des juges de la Cour européenne des droits de l’Homme. Elle conclut :

« J’ai toujours vécue dans une ambiance de lutte juridique, mais là, bien sûr, [mes amis, ma famille et moi] sommes fatigués, nous ne sommes pas des machines… Mais je faire tout pour rentrer à Istanbul, ville dont je suis amoureuse. Je me battrai jusqu’à la mort… »

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7 Commentaires postés

  1. « Gunter Wallraff » un nom qui me rappelle bien des souvenirs…
    Là il tombe un peu comme un cheveu sur la soupe….
    Vous vous souvenez jeune fille (M Marty) de ces années là ?

    • Non. J’étais certes née mais ne savais pas lire en 1986, date de parution de « Tête de turc ».

      • :-)
        Wallraff a été un peu le précurseur du journalisme d’immersion.
        Il avait commencé par la Bild Zeitung
        Son livre Parmi les perdants du meilleur des mondes sorti en 2010 ressemble diablement au « Quai de Ouistreham » de Florence Aubenas sorti la même année.
        Wallraff a opéré sur un plan pacifique et probablement de manière plus efficace la critique sociale que la RAF à la même époque a finalement déplacé sur le plan de la guérilla urbaine.
        Pour mon autre remarque concernant votre article recevez toutes mes excuses : je n’avais pas vu l’article de Pierre France. De fait vous vous êtes partagé le travail.

      • Il aurait peut-être aussi été bon de préciser qu’il se tenait à la gauche de Pinar sur la photo de première page, mais je pinaille encore….

  2. On aurait aimait que l’on rappelle les chefs d’accusation. Juste à savoir.
    Ensuite, mais j’ai lu vite, que le même juge qui avait prononcé l’acquittement, murmure la condamnation.
    Enfin de savoir la lutte dont il est question.
    Sinon désolé c’est du private joke !
    Parce que cette femme se bat pour une cause !
    Ce n’est pas juste une nana qui a fait guiliguili avec un vague mafieux mexicain !

  3. Rue 89 écrit : « la sociologue turque en exil à Strasbourg était mal partie dans la vie, avec un grand-père, Cemal Hakki Selek, fondateur du parti de gauche des travailleurs de Turquie et son père, Alp Selek, 83 ans, avocat défenseur des droits de l’homme emprisonné pendant cinq ans après le coup d’Etat militaire de 1980″.

    Je trouve quant à moi qu’il s’agit d’un excellent pédigrée. A vrai dire, je peux difficilement imaginer une meilleure façon de « partir dans la vie » que de naître dans une famille de militants qui luttent contre l’injustice.