C’est une cité de 1 336 habitants, dans un écrin de verdure et qui semble perdue au bout de Strasbourg. Ici, le tram ne passe pas et les derniers commerces sont partis en 2019. Peu de gens le savent mais Ampère fait partie de Neudorf, et plus précisément de la Musau. Il correspond à la limite la plus à l’Est du quartier, juste avant le Port du Rhin. La cité composée de onze immeubles et de nombreux espaces verts est entièrement gérée par le bailleur social Ophéa, et ce depuis sa construction en 1976.
Classée quartier prioritaire de la ville, tous les appartements sont des logements sociaux. Avec un taux de pauvreté de 54%, la cité Ampère est le secteur le plus pauvre de tout le Bas-Rhin. 42% de la population a moins de 25 ans, 34% est sans-emploi et une famille sur deux est monoparentale.

Le bout du monde
Ce qui frappe au premier abord, quand on se rend à la cité Ampère, c’est l’enclavement de ce mini-quartier, coincé entre un puits de captage, un bout de réserve naturelle, une voie ferrée et les installations du port autonome. « Ce quartier, on n’y vient pas si on n’y connaît pas quelqu’un », affirme une habitante.
La sous-préfète en charge de l’égalité des droits, Marilyne Poulain, a découvert Ampère à sa prise de poste en 2023 : « Lors de ma première semaine à Strasbourg, les policiers de la BAC m’avaient proposé un tour des quartiers prioritaires de nuit et m’ont emmenée à Ampère en m’annonçant qu’on arrivait “au bout du monde” ». Depuis, elle a pris le temps d’y revenir. « C’est un quartier qui m’a touchée. J’ai grandi en ruralité et on peut avoir les mêmes sentiments d’abandon. »

Un manque de commerces
Annie Munsch, 75 ans, habite à Ampère depuis la création de la cité. « En 1977, je suis arrivée enceinte, il n’y avait rien au début, même pas de cabine téléphonique ! Puis, des commerces se sont installés, une épicerie, la pharmacie… C’était pratique et les gens étaient super sympas ! », se remémore-t-elle. D’abord locataire d’un logement social dans la cité, elle habite aujourd’hui à deux pas. Annie a choisi de s’impliquer dans un collectif d’habitants créé à l’occasion de la mise en place du dispositif Droits devant (impulsé par l’État et la ville pour faire diminuer le non-recours aux droits sociaux). Le groupe se réunit une fois par mois pour discuter des améliorations possibles. Tous les habitants rencontrés regrettent la fermeture de l’épicerie et le départ de la pharmacie. Magaly Rogelle, 45 ans dont 44 ans dans le quartier, nuance : « C’était toujours le point de deal, les jeunes squattaient devant, les gens n’osaient plus rentrer dedans. » Cette épicerie a été incendiée en 2015 et n’a jamais rouvert. La pharmacie voisine a déménagé dans un autre quartier en 2017.

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