Sur le parvis de la cathédrale de Strasbourg, plusieurs centaines de personnes se massent autour d’une scène encore vide. Toutes sont venues assister au meeting d’entre-deux tours de la socialiste Catherine Trautmann. Très vite, les haut-parleurs crachent une musique trop forte pour une assemblée déjà compacte, qui se presse toujours davantage au pied de l’estrade.
Un à un, la soixantaine de colistiers de la candidate monte sur l’estrade. Le député Thierry Sother, numéro deux de la liste, Anne-Pernelle Richardot, conseillère sortante à la Ville et à l’Eurométropole, ou encore Mourad Oualit, président du club FCOSK 06 à Koenigshoffen, sont bien présents. Pierre Jakubowicz, tout juste débarqué d’Horizons et encore un peu dérouté par une organisation qu’il ne maîtrise pas totalement, les rejoint à son tour. « Tout est rôdé », glisse l’un de ses colistiers après le discours de la candidate arrivée en tête au premier tour des élections municipales de Strasbourg.
Lorsque le vacarme des haut-parleurs cesse, Catherine Trautmann apparaît au milieu de la foule. Entravée par les photographes et les poignées de main, la candidate progresse lentement jusqu’à la scène. « C’est une star », souffle une sympathisante qui joue des coudes pour l’approcher. À ses côtés, un homme rappelle : « Elle a quand même été ministre. »
Haro sur la politique nationale
C’était sous le gouvernement de Lionel Jospin (1997-2002). « Oui, je suis une femme libre : libre de mes alliances, libre de mes choix, libre aussi de mes refus », lance-t-elle. Celle qui, la veille, a accueilli sur sa liste Pierre Jakubowicz et cinq macronistes le sait : elle doit jouer la carte de la liberté.
Pour y parvenir, la candidate s’appuie sur son sens de la formule. « Strasbourg n’est pas un calcul. Strasbourg n’a pas vocation à être le trophée qu’un parti politique va mettre sur son étagère dans un bureau à Paris. »


Durant la petite vingtaine de minutes que dure son discours, la candidate multiplie les allusions, à peine voilées, au tollé provoqué par son alliance. Pierre Jakubowicz a perdu le soutien de son parti, qui lui a préféré Jean-Philippe Vetter (Les Républicains) dès son ralliement à Catherine Trautmann connu, tandis que cette dernière a été placée « en dehors du Parti socialiste » par son premier secrétaire, Olivier Faure.
« Les appareils politiques nationaux semblent aujourd’hui enfermés dans leur logique interne », répond Catherine Trautmann. Derrière son pupitre, habillée de son affiche de campagne, la candidate se pose en résistante. Elle évoque son père, résistant et compagnon d’André Malraux dans la brigade Alsace-Lorraine. De cet héritage, elle dit avoir retenu deux leçons :« Que la conquête de la liberté est le choix moral de toute une vie et que la résistance vaut par les actes et par les mots qui les inspirent. »
Le spectre insoumis
Son verbe impeccable fait rapidement oublier à son public l’origine de son emportement. « Ce rassemblement, il ne ressemble à aucun autre », entame-t-elle, avant de remercier celles et ceux qui l’ont rejointe « pour ce second tour : Pierre Jakubowicz ». Ovation dans la foule. Sur scène, à quelques colistiers d’elle, l’ancien candidat soutenu par le parti d’Édouard Philippe écoute religieusement.

La piqûre de rappel ne dure pas. Très vite, la candidate agite le spectre d’une « menace insoumise », dénonçant l’alliance conclue entre ses adversaires devenus alliés : Jeanne Barseghian et Florian Kobryn. « Certains mouvements » occupent le vide laissé, selon elle, par les partis traditionnels et font « de la brutalisation un mode de gouvernement et du clivage, un levier d’engagement ».
Le concept, usiné loin de Strasbourg depuis le début de la campagne municipale — tantôt dans la bouche de Raphaël Glucksmann, tantôt dans celle de Gérald Darmanin — s’était déjà glissé, la veille, dans un communiqué adressé à la presse. Elle y affirmait « refuser les divisions, les outrances et la brutalisation de la vie publique », une référence à peine voilée à La France insoumise.
Quelques minutes plus tôt, une militante espérait trouver dans ce discours une occasion de « sortir de cette ambiance lourde » et plaisantait avec Pierre Jakubowicz des caricatures parues dans la presse après leur alliance. Raté. Le ton reste grave. Catherine Trautmann a d’ailleurs troqué les couleurs qu’elle arborait le 15 mars pour une veste noire. « Dans un monde où les extrémismes progressent, où la brutalité remplace le droit, les murs remplacent les ponts, Strasbourg doit tenir bon, martèle-t-elle. Sur ses valeurs, sur son identité, et sur sa mission. »
Jean-Philippe Vetter « n’a pas la dynamique »
Pour son rassemblement, Catherine Trautmann voit large et promet « une ville qui retrouve sa cohésion sociale où personne n’est oublié ». Elle égrène, pêle-mêle : « ni les quartiers périphériques, ni les personnes âgées, ni les enfants, ni les personnes handicapées, ni les commerçants qui résistent ». Elle appelle aussi à ce que Strasbourg « retrouve sa puissance économique, parce que l’attractivité et la justice sociale ne sont pas des adversaires, elles sont des alliées ». Écologiste, son programme l’est aussi, assure-t-elle. « Pas une écologie de façade, pas une écologie de coup de com’ », tacle-t-elle en direction de la maire sortante. Ce mercredi, la candidate s’adresse aussi aux indécis.
L’alliance de Jeanne Barseghian avec la liste insoumise menée par Florian Kobryn lui offre un adversaire idéal. Le candidat de droite, arrivé deuxième le 15 mars, est rapidement écarté : « Il n’a pas la dynamique, car il n’a pas rassemblé. » Peu importe que Jean-Philippe Vetter ait obtenu le soutien de Mohamed Sylla du parti Utiles 67, ou qu’il se place à quelques centaines de voix derrière elle au premier tour. Catherine Trautmann cible surtout celles et ceux que pourrait séduire l’alliance adverse. « Nous sommes au coude à coude avec la maire sortante, aujourd’hui placée sous la tutelle de LFI », affirme-t-elle. « Ne vous laissez pas tromper, rejoignez notre rassemblement. »
Il est à peine 19h lorsque Catherine Trautmann quitte la scène, suivie de son cortège de colistiers et colistières. Une nouvelle fois, elle doit se frayer un chemin à travers la foule.





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