Élections municipales 2026

Face au score du RN à Wittelsheim « une guerre d’ego » entrave le barrage républicain 

Face au score du RN à Wittelsheim « une guerre d’ego » entrave le barrage républicain 
Derniers moments de campagne au local de Pierre Girny.

Face au score du RN à Wittelsheim « une guerre d’ego » entrave le barrage républicain 

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Wittelsheim est la seule commune d’Alsace où le Rassemblement national est arrivé en tête au premier tour. Avec une quadrangulaire, aucune liste n’a fait le choix du barrage républicain face à la perspective d’une municipalité dirigée par l’extrême droite. 

Élections municipales 2026
Diaporama

Tôt ce jeudi 18 mars, il n’y a ni tags, ni pancartes, ni même de tractage sur la place du marché de Wittelsheim, bourg de 11 000 habitants entre Mulhouse et Cernay. Quatre jours après que Raphaële Schober, candidate du Rassemblement national, soit arrivée en tête avec 29,35 % des suffrages exprimés, le cours de la vie se poursuit. « Ne me parlez pas de politique », chasse d’emblée Jean-Pierre, qui tient un stand sur le marché. Il a été dans la politique, plus jeune, mais maintenant, c’est terminé. « Toutes ces magouilles » ont fait de lui un abstentionniste convaincu. Quelques étals plus loin, un groupe d’amis profite de la douceur du mois de mars, vraisemblablement plus à l’aise pour parler météo qu’élections. « Je ne sais même pas qui est le maire de ma commune », lance l’un d’eux, résidant de Staffelfelden, la commune voisine. 

À quelques encablures de là, évoquer le contexte politique fait grimacer Chantale. « C’est pas mirobolant ce qu’il se passe à Wittelsheim. Mais les gens ça ne les intéresse plus », souffle-t-elle, panier en osier sous le bras. Dans cette commune de la ceinture urbaine de Mulhouse, l’abstention a atteint 48,63 % des inscrit·es. 

Résultats du premier tour

« Wittelsheim vote RN »

Pour la première fois dans l’histoire de la commune, le RN est parvenu à constituer une liste. En 2020, Yves Goepfert, le maire de la commune avait été réélu avec un taux d’abstention record de 82,18 %. « Aux dernières élections, il n’y avait qu’une liste », fait remarquer Pierre Girny, l’un des deux candidats de la droite, qui avait été approché par Raphaël Schober (Rassemblement national) à la fin de l’été pour rejoindre son équipe.

Pour beaucoup, la percée du parti d’extrême droite dans l’ancienne cité minière n’étonne guère. « À toutes les élections, Wittelsheim vote RN », explique Jocelyne, sacs de course en mains. Présidentielles, Européennes ou législatives, la commune choisit régulièrement le camp frontiste. Aux Européennes, Wittelsheim avait ainsi largement plébiscité le candidat du Rassemblement national Jordan Bardella et sa liste Debout la France, avec 49,25 % des voix. 

Jocelyne est arrivée en 1962 à Wittelsheim après avoir épousé quelqu’un du bourg.Photo : Margaux Delanys / Rue89 Strasbourg / cc

« Une explication qui tient à la sociologie du bassin minier », note Christine Dhallenne, adjointe au maire sortant. « La force syndicale des mineurs est restée. Ça a permis de nombreuses avancées sociales mais les gens ont aussi gardé un esprit très critique, ajoute Éric Metz, ancien conseiller municipal se présentant sur la liste de Pierre Girny. On remet en question, on interroge. Et aujourd’hui, la meilleure arme pour montrer son mécontentement et ce qui fait trembler tout le monde, c’est de voter Rassemblement national », regrette-t-il. 

Jocelyne, qui fêtera ses 86 ans au mois de mai, est arrivée dans l’ancienne cité minière en 1962. « Parce que je m’y suis mariée », rembobine-t-elle d’un air rieur. Si elle préfère rester discrète sur le nom qu’elle glissera dans l’urne dimanche prochain, elle affiche une résignation bienheureuse. « À mon âge, qu’est-ce que ça pourra bien changer ? On accepte ce qui vient, c’est comme ça. »

Une résignation que partage Yves Goepfert, candidat à sa réélection pour un troisième mandat. « Les 30 points du RN, je les avais anticipés. Mais je pensais que mon concurrent ferait moins », concède-t-il au sujet de Pierre Girny, conseiller municipal sortant. « Mais j’avais peur que mon challenger s’unisse à elle. »

Pas de barrage républicain

« Maintenant, on va se montrer responsables », embraye Nicole Carquin, candidate malheureuse de la gauche. Elle n’a pas réussi à atteindre le seuil des 10% lui permettant de se maintenir au second tour. Dans une vidéo tournée tôt ce jeudi 19 mars, elle annonce soutenir Yves Goepfert, arrivé 185 voix derrière la candidate du Rassemblement national. « Nous ne voulons absolument pas du RN à Wittelsheim. Il est incompatible avec nos valeurs de respect, de solidarité et de démocratie », annonce-t-elle. Elle incite ses 434 électeurs et électrices à se reporter vers le maire centriste, « seul à s’être montré inquiet des résultats » et « pour faire barrage ».

Dans cette quadrangulaire, tous les candidats se sont maintenus. Trois listes se présentent face à la candidate Rassemblement national au second tour : deux divers droite, conduites par Mauricette Benazougui et Pierre Girny et une liste centriste du maire de la commune. « Il n’y a pas eu d’alliance », s’étrangle Annick, emmitouflée dans sa doudoune. Candidat de la droite, Pierre Girny l’explique sans détours : « C’était une guerre d’ego. »

Bataille des droites

En début d’après-midi, Pierre Girny est dans son local de campagne, décoré aux couleurs de son mouvement. Situé le long de la rue de Reiningue, le petit trois pièces donne sur l’une des principales artères de la ville. « Quand le RN arrive en tête, c’est toujours “à qui la faute”, entame le candidat divers droite. Mais tout le monde a sa part de responsabilité. »

« Certains sont allés jusqu’à prendre une capture de moi avec la candidate du RN, alors que j’étais porte-drapeau, je ne la connaissais même pas à l’époque », défend-il. « C’est un peu la chasse à qui est le moins fréquentable », grince Pierre Girny, dont la vidéo d’un hommage au fondateur du Front national Jean-Marie Le Pen, mort en janvier 2025, a circulé sur les réseaux. 

Et de vite enchaîner: « Je ne comprends pas qu’on se maintienne à 11%”, visant la deuxième candidate de droite à s’être qualifiée pour le second tour. Elle a décidé de se maintenir seule. « Trois listes m’ont contactée, mais aucune proposition concrète ne m’a été apportée », justifie-t-elle chichement sur ses réseaux. 

Seul candidat vraiment évoqué, son concurrent Pierre Girny. D’après son récit, il aurait  mutlitplié les propos sexistes, évoquant les freins pour une femme à porter l’écharpe du maire. « On est en 2026, quand un jeune candidat vous tient de tels propos, c’est tout simplement honteux », vise-t-elle.  

Quant à Pierre Girny, il assure avoir « reçu une dizaine d’appels de Monsieur le maire ». Hors de question pour lui aussi de fusionner contre celui vers lequel il multiplie les attaques. « Il m’a dit “barre ceux que tu veux”, désignant le dépliant de ses colistiers ouvert sur la table en bois massif de son local. « Ça aurait été contre nos valeurs ». Et tant pis si le RN est en tête dimanche 22 mars.

« On est combatif vis-à-vis du Rassemblement national », précise toutefois Éric Metz, médecin de la commune et ancien conseiller municipal. Entrecoupé par le balais de colistiers et de soutiens poussant la porte du local de campagne, il dénonce « une idéologie contraire à nos valeurs ». 

Une liste téléguidée au national

Sur le principe, Yves Goepfert et Pierre Girny partagent les mêmes craintes de voir le Rassemblement national diriger Wittelsheim. À commencer par une absence de transparence. Pendant la campagne, les réunions publiques avec les Wittelsheimois et Wittelsheimoises ont suivi une méthode éprouvée par le parti : tenir le lieu secret jusqu’à inscription de sa participation. « Vous donnez votre matricule, votre pédicule, et puis c’est eux qui vous disent, après, où se déroule la réunion », grince Yves Goepfert. 

« La liste de Madame Schober est téléguidée par un parti national », s’inquiète Éric Mertz. « Ils n’ont pas d’expérience sur la connaissance de la ville », ajoute Olivier Hitter, tailleur de pierre qui vient de passer la porte du local. « Chez eux, la sécurité c’est la répression. Chez nous, la sécurité c’est l’éducation, la crèche pour la bonne conduite civique », reprend Éric Metz.

« Madame Schober veut sortir du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) alors que la loi l’exige », rappelle Christine Dhallenne, qui observe « une méconnaissance du système ». La découverte des scores du parti frontiste l’a bouleversée. « Ce qui transparaît c’est sortir de l’agglomération. Mais c’est impossible.” complète le maire sortant. 

Finances de la ville 

« Il y a un essoufflement de la ville, poursuit Pierre Girny, les écoles ne sont pas équipées ». « Il manque des fleurs », renchérit Mireille Kieffer, cachée derrière ses grandes lunettes noires. « Ce sont des choses de base qui manquent », tranche-t-il.

À Wittelsheim comme ailleurs, pour supporter la crise énergétique, qui a suivi celle du Covid, les communes ont cherché à faire des économies. « On a dû trouver un million d’euros pour économiser. Entre deux baguettes, les gens racontaient que la mairie allait déposer le bilan, être mise sous tutelle », retrace le maire. « On a baissé le chauffage dans les salles de sport », complète-t-il et « on a mis moins de fleurs. Ça c’est visible, c’est sûr. »

Yves Goepfert poursuit :

« Avant cette crise on avait un excédent opérationnel de 22%. Aujourd’hui nous sommes à 38%. ça veut dire que ce travail sur les achats, c’est un effet qui dure et c’est très bien. On pourrait repasser une deuxième crise, même si ce n’est pas souhaitable. »

La gigafactory et le spectre de Stocamine

Sur son affiche de campagne, des panneaux solaires à perte de vue, signe de la ligne fixée par le maire : convier les industriels sur son territoire. Dans la ville qui a vu naître l’exploitation de la potasse, la dernière mine a cessé son activité il y a tout juste 24 ans. « On est la dernière ville minière à gérer sa reconversion. Wittenheim, c’était il y a vingt ans. Notre reconversion est relativement récente et je trouve qu’on s’en sort pas si mal que ça », observe l’adjointe au maire Christine Dhallenne. 

Et l’édile d’ajouter : « Il y a vingt ans, on faisait des grands commerces. Wittenheim a de grands entrepôts mais en termes de taxes foncières, ça rapporte peu. » Contrairement à l’usine de production de batteries de lithium solide pour les voitures électriques, espérée un jour sur le ban communal. « Une production est prévue pour 2030 », veut croire le maire, qui a préparé le terrain pour Blue Solutions, filiale du groupe Bolloré. 

Une gigafactory qui inquiète concurrents et habitants. « On a déjà vécu Stocamine, ce n’est pas aux Wittersheimois d’être une nouvelle fois sacrifiés », s’emporte Pierre Girny.

Les puits de l’ancienne mine de potasse se projettent sur la ville.Photo : Margaux Delanys / Rue89 Strasbourg / cc

« On nous avait dit que ces déchets ne resteraient pas. Pourtant, ils sont toujours là », vise Chantale, rencontrée sur le marché. Un traumatisme qui pèse sur le bilan du maire. Au moment de décider de l’enfouissement des déchets, Yves Goepfert siégeait au conseil municipal. « J’étais là quand ça a été décidé », retrace-t-il. Pour lui, il était certain que les déchets resteraient. « On nous a vendu un enfouissement définitif programmé sur 30 ans. » Entré au conseil municipal en 1995, Yves Goepfert a ensuite été premier adjoint, avant de devenir maire de Wittelsheim. Il occupe le poste depuis 2014 et est en parallèle vice-président de la communauté d’agglomération Mulhouse Alsace agglomération (M2A).

Près de la gare qui dessert Mulhouse en tram-train, Marie-Pierre attend son bus pour rejoindre le centre ville. Arrivée en Alsace il y a une vingtaine d’années, elle s’est installée à Wittelsheim au moment de prendre sa retraite, pour suivre son fils. Elle est l’une des rares habitantes à avoir voté à gauche. « On discute beaucoup des élections dans la famille, mais là, on est un peu perdus », concède-t-elle avec une légère moue. Dimanche 22 mars, elle ne sait pas encore quel nom elle pourra glisser dans l’enveloppe.


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