Amiante au Parlement : l’institution savait-elle ou aurait-elle dû savoir ?
Société 

Amiante au Parlement : l’institution savait-elle ou aurait-elle dû savoir ?

actualisé le 06/02/2018 à 10h54

Jeudi, quatre témoins, intervenus sur le chantier du « bar des chauffeurs » dans l’affaire de l’amiante au Parlement européen, ont été entendus par le tribunal correctionnel de Strasbourg.

« Est-ce que vous trouvez juste que ce soit ces personnes qui comparaissent devant le tribunal ? », a demandé jeudi Me Renaud Bettcher, avocat de l’architecte d’intérieur, maître d’oeuvre du chantier à M. Houzel, gestionnaire de contrat parlementaire, venu témoigner à la barre devant le tribunal correctionnel de Strasbourg. Trois personnes sont prévenues de « mise en danger d’autrui par violation d’une obligation de prudence et de sécurité imposée par la loi ou le règlement, » après que de l’amiante ait été libérée lors d’un chantier en février 2013.

Me Bettcher, avocat de Marie-Delphine Dochain, maître d'oeuvre du chantier, peu avant l'audience de jeudi 26 mai 2016. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)

Me Bettcher, avocat de Marie-Delphine Dochain, maître d’oeuvre du chantier, peu avant l’audience de jeudi 26 mai 2016. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)

Le sous-entendu est clair. Comme la veille, Me Bettcher montre qu’il pense que le Parlement européen devrait être sur le banc des prévenus. À l’une de ses questions, M. Houzel qui a joué le rôle de l’intermédiaire entre le Parlement et l’entreprise Habitat et Santé qui s’est chargée d’analyser les matériaux contenus dans les poteaux répond :

« Non, il n’y a pas de personne habilitée à repérer de l’amiante dans des matériaux au sein du Parlement européen. Ce ne sont que des personnes extérieures. La règle de base concernant l’amiante c’est : « pas formé, pas toucher ». Cette règle est censée être connue de tout le monde dans le bâtiment. »

On était bien formé au risque amiante au Parlement

Mais quelques heures ensuite, M. Alouahabi, assistant de Mme Giani, chargée d’opérations immobilières au Parlement européen, explique qu’il a été formé en 2012 au risque amiante, soit un an avant l’accident.

Les avocats de la défense, Me Bettcher, représentant de Marie-Delphine Bodain, maître d’oeuvre du chantier et Me Alonso, avocat de Patrick K., coordinateur sécurité, ne s’arrêtent pas là. Ils surnomment le substitut du procureur « l’avocat du Parlement européen. »

Me Frédéric Brunn, avocat de Stenger plâtres & Staff, en présence de Patrick K., coordinateur sécurité sur le chantier, peu avant l'audience de jeudi 26 mai 2016. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)

Me Frédéric Brunn, avocat de Stenger plâtres & Staff, en présence de Patrick K., coordinateur sécurité sur le chantier, peu avant l’audience de jeudi 26 mai 2016. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)

« Il n’était pas imaginable que ces poteaux soient déshabillés »

Deuxième témoin appelé par le tribunal, Mme Giani, architecte de formation et chargée d’affaire au Parlement européen, confirme que le risque amiante n’avait pas été envisagé lorsque l’ouvrier de Stenger plâtres & Staff avait amené un échantillon de matériaux de deux centimètres sur trois lors d’une réunion de chantier, en demandant si c’était bien un matériau coupe-feu. Elle n’était pas non plus au courant qu’un poteau avait été déshabillé :

« On a souvent des modifications qui peuvent arriver en cours de chantier. Mais on n’engage pas de travaux tant que l’avenant n’a pas été signé par l’entreprise. Au moment de la réunion de chantier du 12 février, il n’était pas imaginable que ces poteaux soient déshabillés. »

Le problème, c’est que l’ouvrier qui a déshabillé ce poteau n’a pas demandé d’autorisation, selon Caroline Decleir, inspectrice du travail :

« Quand on fait des travaux, on fait un repérage amiante avant travaux (RAT) de ce qui n’est pas directement accessible. Si on décide d’intervenir sur le matériau amianté, soit on désamiante, soit on fait un percement en prenant un certain nombre de précautions et dans ce cas-là le matériau amianté n’est pas retiré. »

« Il voulait gagner du temps »

Dans ce cas-là, les deux ouvriers présents sur le chantier n’étaient pas formés au risque amiante, même si Joël Jund, représentant de l’entreprise Stenger Plâtres & Staff, une large partie des employés ont pu suivre la formation, comme le chef du chantier du « bar des chauffeurs. »

Lorsque le procureur demande à Joël Jund pourquoi son employé a déshabillé le poteau, celui-ci répond : « je suppose qu’il voulait gagner du temps ».

Le doute sur la présence éventuelle d’amiante dans l’habillage des poteaux existait lors de l’élaboration du rapport avant travaux, réalisé par M. Hirtz, de la société Habitat et Santé bien avant le début du chantier. Dans ce document, celui-ci avait indiqué que de l’amiante était susceptible d’être présente dans ces poteaux. Il avait également écrit dans ce rapport : « il est conseillé de procéder à des investigations complémentaires après mis à nues des parois verticales. »

Le doute n’a été levé par aucun des intervenants sur le site, ni par le Parlement européen lui-même. Le tribunal correctionnel de Strasbourg continuera à questionner prévenus, témoins et victimes potentielles vendredi pour la troisième et dernière journée de ce procès.

L'AUTEUR
Auriane Poillet
Auriane Poillet
En école de journalisme, je fais mes armes à Rue89 Strasbourg.

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