Avec Kilti, une Strasbourgeoise tente de vendre de la culture en paniers
Culture 

Avec Kilti, une Strasbourgeoise tente de vendre de la culture en paniers

Les paniers culturels Kilti sont distribués à Strasbourg depuis janvier 2018. À l’origine de l’initiative, Jessica Poignard veut faire découvrir les artistes locaux. Pour 15, 25 ou 49€, ces sacs contiennent une poignée de sorties à Strasbourg et ses environs.

« J’aimerais qu’à Noël on fasse appel à des artistes locaux plutôt qu’à des Wonderbox, qu’à la Saint-Valentin on offre de la culture plutôt que des roses ». Jessica Poignard, 34 ans, porte bénévolement à Strasbourg le projet des paniers culturels Kilti. Kilti comme le terme créole pour culture. Tous les trois mois depuis janvier 2018, l’onglet « Strasbourg » du site kilti.org propose trois nouvelles sélections d’oeuvres et de billets pour des spectacles locaux.

Chaque « panier » est renouvelé régulièrement et doit être commandé en avance, ce qui permet d’économiser sur le prix final des billets. Et que ce soient le sac illustré, l’œuvre artistique ou la sortie culturelle qui composent les Kilti, aucun ne vient de plus loin que les Vosges. Les artistes doivent être alsaciens, pour représenter un « terroir local de la culture ». Chaque nouveau panier trimestriel aborde un thème différent, comme le veut la règle du réseau culturel Kilti.

Jessica Poignard et sa stagiaire actuelle, Marie Champouillon, sont, pour l’instant, les uniques membres de la « Kilteam » strasbourgeoise. Fondé à Lille sur le modèle des Amap (des abonnements à des paniers de fruits et légumes), le concept des paniers culturels s’est exporté à Paris, Bruxelles, Metz, Montpellier et en Martinique. Hasard de l’organisation, toute l’équipe de responsables locaux est féminine.

Marie Champouillon est stagiaire pour Onze Heures et Qu’ART car « elle a eu envie de participer à l’art même sans âme créative ». Au bras, elle porte le sac du panier « Eros », distribué en juin (doc remis)

« J’étais une touriste dans ma propre ville »

En 2012 déjà, le Hall des Chars, aujourd’hui repris par l’équipe du Kafteur, avait tenté de lancer une « amap culturelle ». Inspirée par le modèle lillois où elle a étudié neuf ans, Jessica a fondé l’antenne strasbourgeoise des paniers kilti à son retour. Née à Hautepierre, élevée à Ostwald, elle s’est passionnée pour les arts grâce à un prof d’arts plastiques au collège, « un peu autoritaire mais tellement génial ». Après une licence d’arts plastiques, elle s’est exilée pour voyager, puis terminer ses études à Lille :

« J’ai toujours aimé Strasbourg, j’ai toujours eu envie de revenir. Donc c’était parfait que Laudine (Verbraeken, cofondatrice de Kilti, ndlr) me propose de reprendre le principe des paniers Kilti à Strasbourg. »

Un projet d’autant plus important pour elle, après treize ans d’absence :

« Je suis partie longtemps, j’avais tout à redécouvrir. En revenant, j’étais une touriste dans ma propre ville. Du coup, j’avais un œil nouveau sur la ville. Surtout à Strasbourg, où la vie culturelle est déjà très riche. »

« Aucun artiste ne parle uniquement de l’art »

Jessica se met donc en quête d’artistes qui soient accessibles. Financièrement, mais aussi humainement, pour que Kilti soit un moyen de rencontrer d’autres passionnés. Elle fonde en décembre 2017 l’association Onze Heures et qu’ART, pour organiser des événements culturels locaux et offrir un cadre juridique aux paniers Kilti en Alsace. Son initiative veut mettre en relation les artistes et leur public. Pour cela, elle fait appel à ses réseaux de connaissances :

« Parfois, on va voir les artistes ou les institutions culturelles quand on veut absolument bosser avec eux. D’autres viennent à nous. On fait aussi des rencontres sur des marchés de créateurs ou via des projets précédents. Certains artistes sont tellement en lien avec un thème qu’on est obligés de les choisir. Par exemple, pour le prochain panier dont le thème est « geek » (culture de l’imaginaire et/ou des technologies), on travaille avec Lucas Cournut qui fait de la toy photography (littéralement de la photographie de jouet ndlr). Avec lui, on aura l’impression que Batman a visité la Cathédrale ! Pour choisir les thèmes, on essaie de considérer les tendances mais aussi des choses assez vastes pour que le maximum de personnes soient intéressées. »

Les artistes, à chaque fois différents, ont carte blanche. Un illustrateur fournit le visuel et c’est un atelier de sérigraphie artisanale qui l’imprime sur le sac en tissu qui fait office de « panier ». Puis sont choisies des œuvres : photographies, dessins mais aussi tatouages éphémères ou broderies. Pour les sorties proposées, Jessica démarche des institutions culturelles pour qu’elles offrent des activités au public.

Des forfaits de 25 et 49 euros

Les paniers se commandent sur internet, puis se récupèrent lors d’une soirée de remise. Trois formules sont proposées aux « Kiltineurs » : celle à 15 euros qui se contente d’une œuvre et d’un sac ; celle à 25 euros permet d’ajouter deux places pour un événement culturel ; enfin pour 49 euros le client repart avec le sac, deux œuvres et deux places pour deux événements.

Un panier mini-mini est aussi disponible à la vente (doc remis)

Pour les étudiants, les bénéficiaires du RSA et les demandeurs d’emploi, le plus gros panier (Kilti Maxi) baisse à 32 euros. Ce qui, pour Jessica, vise à rendre la culture accessible au plus grand nombre :

« Les paniers sont de base, vendus beaucoup moins chers que ce qu’ils valent en réalité. Cela permet une visibilité des artistes c’est sûr, ils font des cadeaux pour montrer leur travail. 75% de nos revenus leur reviennent, 25% servent pour l’organisation de nos soirées de distribution. Qui sont à chaque fois dans des lieux différents, car nous essayons de trouver des publics parfois un peu plus éloignés de la culture. On a déjà fait ça au Shadok, à la Popartiserie et à la Maison Mimir. »

Les paniers culturels Kilti sont achetés par une trentaine de personnes. Jessica est optimiste pour les futures éditions strasbourgeoises :

« Ce n’est que le début, on est en pleine phase de développement. Dans les soirées de remise, une soixantaine de personnes viennent, même sans avoir acheté, et elles sont toutes enthousiastes. Les gens adhèrent à l’idée. On a de l’espoir, surtout pour le prochain panier qui est le quatrième. Ce sera en pleine rentrée culturelle. »

Parmi les prochains thèmes déjà décidés, « Bougez-vous ! » et « Agriculturel ».

L'AUTEUR
Judith Barbe
Judith Barbe
Jeune journaliste jurassienne exilée en terre alsacienne.

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