Trois mois après, le bébé politique « En Marche » a bien grandi à Strasbourg
Politique 

Trois mois après, le bébé politique « En Marche » a bien grandi à Strasbourg

actualisé le 25/01/2017 à 16h02 : Pour ajouter le soutien de Jean-Luc Herzog, maire de Niederhausbergen

« En Marche », le mouvement politique de l’ancien ministre de l’Économie Emmanuel Macron, candidat à l’élection présidentielle, grandit à Strasbourg et dans le Bas-Rhin, même si les ralliements d’élus sont encore timides. En ligne de mire, le choix des candidats aux élections législatives pour avoir des députés en juin.

On les avait rencontrés la première fois en octobre, une quinzaine de militants de la première heure hésitaient à s’engager et à créer des mini-sections locales. À l’époque, il n’était pas sûr que passées les premières réunions fondatrices, toutes ces bonnes volontés ne s’essoufflent ou se déchirent, comme à l’époque du lancement de Nouvelle Donne fin 2013.

Mardi 17 janvier, à l’occasion des vœux du mouvement à ses adhérents et d’une soirée d’ateliers autour du travail, une petite centaine de personnes s’est réunie à la Maison des syndicats. Le mouvement revendique 2 000 adhérents dans le Bas-Rhin et un millier dans le Haut-Rhin. Un chiffre à relativiser, puisque contrairement aux partis classiques, l’adhésion est gratuite.

Dans le Bas-Rhin, une quinzaine de groupes locaux fonctionnent : trois dans le centre de Strasbourg, un pour les quartiers ouest et un pour Neudorf et le sud de la ville. D’autres se sont créés à Schiltigheim et à Lingolsheim. Les désistements ? « Ils se comptent sur les doigts d’une main », assure Bruno Studer, le référent bas-rhinois d’En Marche, lors de son discours d’introduction.

Ancien adhérent UDI, Bruno Studer est désormais référent local pour En Marche (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

En Marche sonde ses adhérents…

Pratique qui séduit les adhérents, En Marche demande vraiment à ses membres leurs avis. Chaque réunion est placée sous une thématique et des questionnaires sont distribués aux adhérents pour faire remonter les résultats. L’objectif, assure-t-on, est de « préciser » les prises de positions de l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron, par rapport à ses propositions déjà formulées. Lors de la soirée du 17 janvier, consacrée au travail, les participants se sont séparés en petits groupes d’une dizaine de personnes pour échanger sur le sujet et remplir les documents.

Sur la feuille, une question : « laquelle de ces orientations vous parait prioritaire ? » Réduire l’écart entre le salaire brut et le salaire net, renforcer les droits à la formation professionnelle des chômeurs, autoriser les accords de branche ou d’entreprises à déroger à la loi, universaliser l’assurance chômage… À cela s’ajoute un espace, « quelles autres solutions concrètes seriez-vous prêt à défendre » et « seriez-vous prêt à défendre l’idée de l’adhésion obligatoire à un syndicat afin d’améliorer la qualité du dialogue social ? »

Un questionnaire lors d’une soirée (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

… au service d’un seul homme

Mais le « mouvement » fonctionne aussi comme un parti politique classique, très centralisé, au service de la candidature d’un seul homme. L’équipe parisienne compte une cinquantaine de salariés, pour affiner son programme et lever des fonds. Pour l’instant, « En Marche » ne prend pas position sur des sujets locaux.

« En Marche » ne bénéficie pas de financement public et se finance par les dons. En novembre 2016, la députée « Les Républicains » Nathalie Kosciusko-Morizet avait mis au défi l’ancien ministre de publier la liste de ses donateurs, ce qu’il avait refusé. L’association en charge du financement est présidée par Christian Dargnat, ancien directeur général de la société de placement d’actifs de la banque BNP Paribas.

Des petits groupes de militants sont formés pour remplir les questionnaires et débattre du travail (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

De timides ralliements

Pour évaluer si la recomposition politique annoncée s’opère ou non, les ralliements d’élus et de militants à En Marche est particulièrement scrutée. À Strasbourg, le nombre de socialistes ayant rejoint Emmanuel Macron est bien inférieur à celui de la fédération du Rhône, où une cinquantaine d’élus et militants PS ont fait défection dans les traces du sénateur-maire de Lyon, Gérard Collomb. Bruno Studer assure que cela ne compte pas et met en avant que 90% des adhérents n’étaient ou ne sont pas dans un parti politique, une proportion en augmentation par rapport aux débuts.

À Strasbourg, citons quand même les adjointes proches du maire Roland Ries (PS) mais non-encartées, Nawel Rafik Elmrini et Christel Kohler. À droite, on recense la conseillère départementale Françoise Pfersdorff (qui a rendu sa carte de Les Républicains). « Nous ne sommes pas anti-élus. Avoir ce discours, c’est faire le jeu de l’anti-parlementarisme », commente Bruno Studer. En Marche ne remet pas en cause les institutions politiques françaises actuelles. Le maire de Niederhausbergen, Jean-Luc Herzog (divers droite), qui a fait parlé de lui avec son conflit avec la brasserie La Mercière, a donné son parrainage à l’ancien ministre

Citons également Stéphane Gross, entrepreneur de 36 ans et ancien colistier de Fabienne Keller (« Les Républicains ») aux municipales à Strasbourg en 2014, est devenu animateur d’un comité local et s’occupe de la communication sur Facebook et Twitter. À titre personnel, il soutenait Alain Juppé à la primaire de la droite, mais ne se reconnait pas dans François Fillon.

Stéphane Gross, entrepreneur et ancien colistier de Fabienne Keller est désormais En Marche (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Appel à candidatures pour les législatives, sans « crevard »

À ce stade, l’avenir du mouvement semble néanmoins suspendu au sort de son candidat à l’élection présidentielle. Une non-qualification au second tour découragerait sans doute nombre d’adhérents et plomberait les chances des candidats d’En Marche aux élections législatives en juin.

En 2007, après la troisième place et les 18% de François Bayrou à l’élection présidentielle, les candidats Modem n’avaient pas réussi à transformer l’essai aux législatives (7% en moyenne et 3 députés élus). En revanche, une victoire pourrait porter le mouvement, qui serait conforté dans son positionnement politique « de droite et de gauche ».

Quant aux investitures, « la meilleure voie est de s’investir dans les comités locaux », a prévenu Bruno Studer au public. « Ce sont les candidats de demain aux municipales, régionales et départementales. » Un appel à candidatures sera lancé de début février jusqu’au premier tour de la présidentielle. En Marche assure qu’au moins la moitié des 577 circonscriptions sera réservée à des personnes qui n’ont jamais été élues.

Les candidats seront choisis par une commission nationale d’adhérents, qui s’engagent à ne pas être candidats. Emmanuel Macron n’est pas sensé y participer, mais on doute qu’il n’aura pas un avis sur certaines personnalités. Un membre de l’équipe d’Emmanuel Macron a indiqué au Parisien que son mouvement « ne prendra pas les crevards », en référence à des ralliements de dernière minute d’élus en difficulté, avant de renier le terme. Mais le message est passé.

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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