Bertrand Rambaud, victime du VIH, de l’hépatite C et d’une loi injuste
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Bertrand Rambaud, victime du VIH, de l’hépatite C et d’une loi injuste

actualisé le 16/06/2014 à 16h20

Bertrand Rambaud, président de l'UFCM et atteint du VIH, veut pouvoir utiliser le cannabis pour soulager ses douleurs. (Photo T.T / Rue89 Strasbourg)

Bertrand Rambaud, président de l’UFCM et atteint du VIH, veut pouvoir utiliser le cannabis pour soulager ses douleurs (Photo T.T / Rue89 Strasbourg)

Mardi 1er avril, Bertrand Rambaud, président de l’Union francophone pour les cannabinoïdes en médecine (UFCM I Care) a été arrêté en pleine rue pour détention de cannabis. Il sera jugé le 16 juin. Pour cet homme atteint du VIH et de l’hépatite C depuis 30 ans, l’usage thérapeutique du cannabis est une nécessité. Avec son association, il lutte pour légaliser l’utilisation thérapeutique, et non récréative, du cannabis, avec comme seul objectif de soulager les malades. Pour lui, sa situation de « hors-la-loi » est injuste.

Rue89 Strasbourg : comment s’est déroulée l’arrestation ?

Bertrand Rambaud : « Il était aux environs de 16h, je marchais le long du canal sur le Quai des Bateliers lorsqu’une camionnette de CRS s’est mise en travers pour me bloquer la route. Les policiers m’ont alors demandé mes papiers et m’ont fouillé. J’avais à peu près deux grammes d’herbe sur moi et des feuilles de cannabis que j’utilise pour faire du thé. Ce n’était pas une grande quantité, mais ça ne les a pas empêché de me prendre pour Pablo Escobar.

Je ne sais toujours pas vraiment pourquoi ils m’ont arrêté ce jour-là. Ils ont motivé leur action par le fait que je portais un logo faisant l’apologie du cannabis (ce qui est effectivement interdit par la loi selon l’article L3421-4 du Code de la santé publique, ndlr). C’est en fait le logo de l’UFCM I Care, l’association que je préside. Je reconnais l’illégalité de la chose, mais si on commence à arrêter tous les jeunes qui portent un t-shirt avec une feuille de cannabis dessinée dessus, on n’a pas fini.

« En garde-à-vue, j’ai vomi une dizaine de fois »

J’ai ensuite été placé en garde-à-vue, surveillé par trois médecins incompétents. Un médecin compétent ne m’aurait jamais laissé dans une cellule vues mes conditions de santé : j’ai vomi une dizaine de fois, j’étais vraiment mal en point. Je tiens à préciser que j’ai été très désagréablement surpris par l’état d’insalubrité des cellules de garde-à-vue.

Le lendemain, mon appartement a été perquisitionné. J’avais évidemment une quantité assez élevée de cannabis, substance nécessaire à mon traitement. La police a donc saisie 200 grammes de « têtes » (fleurs de la plante de cannabis, ndlr), 300 grammes de feuilles et 50 grammes de chanvre (plante de la famille des Cannabaceae, contenant peu de THC) substance légale aux yeux de la loi. »

R89S : pourquoi vous est-il nécessaire de consommer du cannabis ?

B. R. : « J’ai été diagnostiqué séropositif et atteint de l’hépatite C en 1984. Comme vous le savez, ces deux maladies sont pour le moment incurables, et, pour les traiter, il est nécessaire de suivre ce qu’on appelle une trithérapie. Il s’agit en fait de médicaments qui agissent sur le maintien du système immunitaire à un niveau qui permet au corps, très affaibli par la maladie, de survivre.

30 ans de maladie, 15 trithérapies

Le problème est que ces médicaments sont très lourds pour l’organisme et entraînent toute une série d’effets secondaires qui rendent la vie impossible. Après 30 ans de traitement, j’en suis aujourd’hui à ma 15ème trithérapie et jusque là, aucune ne m’a permis de vivre normalement. À cause des médicaments, je souffre constamment de crampes musculaires, douleurs articulaires mais aussi de nausées, maux de tête et vomissements répétitifs, le jour comme la nuit, c’est insupportable. Et ce sont bien les médicaments qui provoquent ces troubles, pas la maladie.

Le cannabis a des vertus anti-inflammatoires, calme les nerfs ainsi que les douleurs, m’ouvre l’appétit et surtout réduit mes vomissements. Le THC et autres substances contenues dans le cannabis agissent à réduire la majeure partie des effets secondaires et me permettent de mener une vie à peu près normale.

Le Volcano permet un usage thérapeutique et propre du cannabis. (Photo T.T / Rue89 Strasbourg)

Le Volcano permet un usage thérapeutique et propre du cannabis (Photo T.T / Rue89 Strasbourg)

Par ailleurs, ma forme de consommation est très divergente d’une consommation récréative : j’en fais du thé et je le vaporise à l’aide d’un appareil appelé Volcano, qui permet d’inhaler le cannabis de manières propre, sans tabac. Le procédé étant un peu compliqué, je fume aussi, mais très peu, de l’ordre de deux joints par jour. »

Le cannabis toujours suspect

Aujourd’hui en France, quelques médicaments à base de cannabis ont obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM). Mais dans les faits, ces médicaments ne sont toujours pas disponibles à la vente et leurs effets n’agissent que sur des cas très précis. Par exemple, le Sativex, ayant reçu une AMM début 2014, ne sera utile qu’aux personnes souffrant de sclérose en plaque, et ne soulagera en aucun cas les personnes en trithérapie, comme Bertrand Rambaud. Les rares autres médicaments sont de toute façon extrêmement réglementés et leur obtention est encore trop longue et difficile.

R89S : que reprochez-vous aujourd’hui à la justice ?

B. R. : « J’estime que ma situation d’aujourd’hui est complètement absurde. Bien sûr, aux yeux des textes, je suis hors-la-loi. Mais les lois françaises, quand elles sont appliquées, me mettent directement en danger et m’empêchent d’accéder à des soins. Depuis la perquisition, je n’ai plus de cannabis, je refuse donc de reprendre mes médicaments, parce qu’ils me mènent la vie impossible. Je m’affaiblis de jour en jour et je vais bientôt tomber malade, si ça continue. Et je tiens l’État pour responsable, puisque les politiciens ne sont pas capables de légiférer sur l’usage thérapeutique du cannabis et de réformer une loi qui date des années 1970. La société et la science ont pourtant évolué depuis le temps, j’ose espérer.

Accusé de production, d’incitation à la consommation de cannabis

Vous savez, je n’ai pas choisi ma situation et ma maladie ne m’amuse pas du tout. Je n’ai pas les moyens financiers ni pratiques pour quitter la France qui est restée tellement arriérée par rapport à nos voisins hollandais ou allemands, par exemple, mais si je les avais, je partirais, sans aucun regret. Je regrette que la France, autrefois un pays d’avant-garde dans le domaine de la santé, traîne autant la patte et fait la sourde oreille à la légalisation du cannabis dans un cadre médical. Pourtant, beaucoup d’études ont été faites qui montrent les vertus de ces substances pour soulager les malades, du VIH et de l’hépatite C, comme moi, mais aussi de la sclérose en plaques, par exemple.

Je suis aujourd’hui accusé de production, détention, consommation et incitation à la consommation. Tout cela va peser sur la peine, alors que je n’ai jamais vendu, dealé, ni créé de trouble à l’ordre public, je souhaite juste pouvoir vivre un peu plus paisiblement. »

R89S : en quoi consiste votre association ?

B. R. : « L’UFCM I Care a été crée il y a un peu plus d’un an par la fusion de I CARE, dont je faisais partie et l’UFCM qui était à l’origine une association luxembourgeoise. Je tiens à préciser que nous prônons une légalisation du cannabis dans un cadre médical uniquement et non à des fins récréatives. Le premier reproche que nous adressons aux politiciens est d’ailleurs de faire l’amalgame entre les deux. Le noyau dur de l’association est composé d’une trentaine de personnes, malades pour la plupart, mais également de sept professionnels de la santé (médecins et pharmaciens, entre autres). Nous avons déjà organisé deux colloques et en préparons un troisième pour octobre. On souhaite sensibiliser (même si nos détracteurs parlent d’incitation à la consommation) les personnes travaillant dans la santé à notre cause. »

R89S : qu’espérez-vous du procès ?

B. R. : « Si la justice me condamne le 16 juin (date du procès, ndlr), autant me remettre directement un flingue entre les mains pour que mette fin à mes jours. Je ne compte pas reprendre ma trithérapie sans cannabis, la souffrance est trop importante. Il se peut que le jugement se solde par une condamnation sans peine. Le cas échéant, je ferai appel, par principe, pour demander une relaxe. Je n’estime pas être coupable de vouloir survivre. »

(Édité par Pierre France)

L'AUTEUR
Thomas Triebel
Thomas Triebel
Apprenti Journaliste.

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