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Comment la gauche aurait géré le Département du Bas-Rhin
Politique 

Comment la gauche aurait géré le Département du Bas-Rhin

par Jean-François Gérard.
Publié le 20 mars 2015.
Imprimé le 17 juin 2021 à 07:57
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Raphaël Nisand à la tête de l'opposition socialiste entre 2011 et 2015 au département du Bas-Rhin. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Raphaël Nisand à la tête de l’opposition socialiste entre 2011 et 2015 au département du Bas-Rhin. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Dépenses somptuaires, de communication ou parfois électoralistes, qui se sont répercutées sur la baisse des investissements. Certains projets ne trouvent pas de justification aux yeux de l’opposition socialiste au département du Bas-Rhin. Mais des points d’accords existent.

Élections départementales J-2. Après avoir analysé par les chiffres la gestion par la droite du Département Bas-Rhin depuis 2008, on peut se poser la question de savoir ce que la gauche aurait aimé faire si elle avait été aux commandes, un scénario très hypothétique. Raphaël Nisand a dirigé le groupe socialiste (PS) entre 2011 et 2015. S’il ne remet pas en cause toute la politique menée par la droite, certains choix lui paraissent peu pertinents.

L’ancien maire de Schiltigheim, et candidat avec Estelle Frasse sur le canton de Bischeim-Schiltigheim, résume la différence dans les choix de budgétaires :

« Avec la gauche, il y aurait eu moins d’argent de fonctionnement, mais plus de budget pour les investissements. La droite alsacienne essaye toujours de se poser en bon gestionnaire sur le modèle du père de famille, mais certaines dépenses relèvent du gaspillage. »

« Des dépenses somptuaires »

Raphaël Nisand précise :

« Le Département s’est mis à construire une demi-douzaine de Maisons Du département pour ajouter des bureaux. Elles sont belles et bien faîtes ce n’est pas la question, mais elles ont un coût (celle de Bischheim a coûté 9 millions d’euros, ndlr). Il faut du personnel pour l’accueil ou la sécurité. Ce n’était pas la priorité. Maintenant, j’ai deux bureaux. Dont un à Bischheim, soit à quatre kilomètres de l’hôtel du département, qui est près du musée d’Art moderne. Est-ce vraiment nécessaire ? Sur le Haut-Koenigsbourg, c’est bien de rénover les châteaux, mais Guy-Dominique Kennel s’est fait avoir. C’était à l’État de payer. Il y a aussi eu des réussites comme le Vaisseau ou les archives départementales. »

La maison du Département de Bischeim, une reconversion d'un ancien site de la SNCF qui a coûté 9 millions d'euros. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La maison du Département de Bischeim, une reconversion d’un ancien site de la SNCF qui a coûté 9 millions d’euros. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Les contrôles du RSA : « Surtout de la communication et pas rentable »

Mais la droite aux commandes, c’est aussi une politique parfois brutale vis à vis des personnes en situation de dépendance financière. Lorsqu’il a mis en place de nouveaux contrôles, pour traquer la fraude au RSA, une prestation que paie le Département, Guy-Dominique Kennel a été très critiqué. Raphaël Nisand nuance :

« Cette mesure, il est difficile d’être contre car cela donne l’impression d’être laxiste. Les élus comme le personnel sont sensibles à la fraude. Mais cette décision relevait surtout d’une stratégie de communication. Il faut expliquer en détail comment se passent ces contrôles. Je peux en parler puisque je préside la commission territoriale sur la RSA en alternance avec un collègue UMP. Le RSA, c’est un contrat, celui qui reçoit les allocations à des obligations comme d’avoir des soins, d’aller aux convocations au Pôle Emploi, de prendre des cours de français. Quand des manquements sont constatés, l’allocataire est convoqué. Une commission de 10 personnes le reçoit. Ensemble, nous évaluons s’il faut procéder à un avertissement voire retirer l’allocation. C’est fait avec beaucoup de sérieux. Tout le monde est sensible au bon sens et à l’injustice. Mais six contrôleurs et un administrateur, ce n’est pas une opération rentable. C’était beaucoup de démagogie et de stigmatisation en faisant passer l’idée que les allocataires sont des assistés. »

Un clivage ville/campagne

Selon l’ancien maire de Schiltigheim, Guy-Dominique Kennel n’a pas su réconcilier la ville et son territoire :

« Le Bas-Rhin a toujours privilégié la campagne au détriment de Strasbourg et son agglomération et cela s’est accentué. Lors de la baisse de la participation du Département au contrat triennal, qui finance les budgets européens de Strasbourg, on a vu des élus voter pour la baisse et s’en indigner à la conférence des maires de la CUS quelques jours plus tard. Même les conseillers de droite de Strasbourg n’ont pas voté contre (ils se sont abstenus), alors que cela pénalisait Strasbourg. Le Bas-Rhin a besoin que Strasbourg soit dynamique et la métropole n’est pas aidée comme elle devrait. Elle concentre 70% des dépenses sociales. Parfois, ces arbitrages ont des visées électoralistes pour le président. »

Une présidence qui sert de tremplin électoral

« Comme dans beaucoup de départements, la fonction de président a servi Guy-Dominique Kennel pour devenir sénateur. Le département arrose de subventions les petites villes dont les maires sont les électeurs lors des sénatoriales. Pour Philippe Richert, son prédécesseur c’était pareil. D’ailleurs, le musée Lalique, qui se trouve dans la circonscription de Philippe Richert coûte 1,2 millions d’euros par an pour une utilité discutable. C’est une situation assez classique, Jean-Noël Guérini dans les Bouches du Rhône c’est la même chose malheureusement. »

Fiscalité : « Le Département a supprimé tous les abattements »

« Les taux d’imposition n’ont pas beaucoup évolué, mais le Département a fait main basse sur la taxe d’habitation, avant qu’elle ne revienne à l’État et qui doit compenser cette ancienne recette dans les dotations. Tous les abattements ont été supprimés. Cela avait été justifié par une mesure d’égalité entre les contribuables, mais s’est traduit par des hausses de parfois 25% sur la part du département à Reichstett ou de 20% à Schiltigheim. »

« Le Département connait des difficultés budgétaires à cause du gouvernement Sarkozy »

« Le Département connaît beaucoup de difficultés budgétaires depuis 2010 et la réforme de l’impôt décidée par Nicolas Sarkozy. Même la droite est obligée de le reconnaître. La taxe professionnelle était un revenu adapté. Aujourd’hui, le CAC 40 est à son taux le plus historique, alors que la taxe professionnelle rentrerait automatiquement, les nouveaux impôts, comme la contribution économique territoriales rapportent beaucoup plus à la région parisienne qu’aux départements de province. Il y avait une volonté de rogner sur l’autonomie des départements. Si l’État compensait ce qu’il avait dit promis, les Départements seraient riches aujourd’hui. »

Une opposition aux moyens réduits

Si Raphaël Nisand a pris la tête de l’opposition au sein du conseil général, c’est aussi parce qu’il disposait à la mairie de Schiltigheim de ressources pour travailler sur les dossiers. Il précise :

« L’opposition n’a qu’un seul assistant administratif et pas d’assistant juridique, ce qui est un cas très rare. Dans le Haut-Rhin, les Vosges ou la Moselle, l’opposition dispose de ces moyens. Malgré nos demandes répétées, nous avons jamais eu ce droit. Si on avait eu quelqu’un, nous aurions vu l’effet sur la feuille d’imposition de la suppression des abattements. »

« Le Département doit continuer d’exister »

« Le Département est important, mais certains collègues du PS ne pensent pas la même chose. Au-delà de nos divergences, il faut reconnaître que les élus au Département travaillent beaucoup, avec dévouement comme les agents. C’est une assemblée peu politique et à mon arrivée, on m’a reproché de vouloir instaurer un peu de débat. Mon salaire en tant que conseiller départemental est de 1 700€ Si  le département disparaît, qui va s’occuper de ses missions ? On parle de transférer le RSA au CAF, mais ce serait justement plus de bureaucratie. Avant 1973, quand l’entretien des collèges était à l’Etat, ils étaient en mauvais état. A Schiltigheim, j’ai vu le département investir 17 millions d’euros pour rénover le collège. Mais aujourd’hui de tels investissements semblent impossibles. »

Dette : « Pas de critique particulière »

« Je n’ai pas de critique particulière sur la gestion de la dette (qui a augmenté de 52% entre 2008 et 2013 ndlr). Le groupe socialiste voulait, plus d’investissements et il était logique d’emprunter pour financer ces dépenses. Les nouveaux types d »emprunts ont permis de dépenser moins en intérêts. »

GCO – Golf de la Sommerau – Entzheim « Une opposition systématique des écologistes »

Sur les grands dossiers, Raphaël Nisand se trouve des convergences avec la droite :

« Le GCO et le golf de la Sommerau sont des projets importants et il ne faut pas tomber dans la posture. Le tourisme, même à destination de personnes aisées est important pour le département. Mais dépenser autant dans un golf que pour l’ambition européenne de Strasbourg n’est pas judicieux. Dès qu’il y a un projet de construction en milieu naturel, les écologistes sont contre, ici comme ailleurs. Idem, dès qu’il était question de l’aéroport d’Entzheim, alors qu’il est important pour l’accessibilité d’une capitale européenne. »

Les points d’accords entre PS et UMP feront dire à certains opposants, qu’il y a aussi des alternatives plus à gauche que le PS. Ou ailleurs. Mais hormis Marie-Dominique Dreyssé d’Europe Ecologie les Verts et Jean-Claude Weil (divers gauche) ces tendances ne sont pas représentées au conseil général du Bas-Rhin.

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L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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