Le nombre de bornes pour voitures électriques va exploser à Strasbourg en 2019
Economie 

Le nombre de bornes pour voitures électriques va exploser à Strasbourg en 2019

Bouygues et Électricité de Strasbourg (ÉS) vont déployer massivement des bornes de recharge pour voitures électriques en 2019 dans l’Eurométropole de Strasbourg. L’objectif de Bouygues est d’en installer 80 à partir de l’année prochaine. Un gros coup d’accélérateur alors que la dizaine de bornes mise en service en 2012 par la municipalité devient clairement insuffisante.

Installer une borne pour voiture électrique, ça coûte environ 25 000 euros. Or, aujourd’hui, seule une cinquantaine de personnes profite des bornes publiques de l’Eurométropole de Strasbourg.

L’Eurométropole refuse d’investir davantage dans les stations de recharge

Donc cette dernière ne veut plus mettre la main à la poche, comme l’explique Céline Oppenhauser, cheffe de projet en innovation dans les mobilités :

« C’est aux acteurs privés de prendre leurs responsabilités. Est-ce qu’au début de la voiture thermique, les pouvoirs publics distribuaient de l’essence ? »

À court terme, ce n’est rentable pour personne d’investir dans les stations de recharge. En attendant, le nombre de voitures électriques dans le Bas-Rhin augmente, mais sur un faible volume (voir graphique ci-dessous). On observe une forte hausse en 2013 liée à l’aide à l’achat délivrée par la région Alsace. Mais en 2017, les voitures électriques ne représentaient toujours que 1,5% des nouvelles immatriculations dans le département.

C’est là que les pouvoirs publics locaux se sont retrouvés face à un cercle vicieux : les bornes installées en 2012 n’ont pas assez de succès parce qu’il n’y a pas assez de voitures électriques en circulation. Mais il n’y a pas assez de voitures électriques parce qu’il n’y a pas assez de bornes…. Vous suivez ?

Donc ÉS et Bouygues parient sur l’avenir en voulant installer de nombreuses stations de recharge pour inciter à se munir d’un véhicule électrique. Les deux entreprises espèrent bien sûr de grosses retombées financières dans les années à venir. L’Eurométropole aussi s’en tire bien puisque les deux acteurs lui verseront une redevance pour avoir le droit d’exploiter le domaine public.

Deux stratégies différentes pour Bouygues et ÉS

Pour l’instant, la voiture électrique est peu pratique d’une bonne partie de l’Eurométropole parce que les habitants n’ont guère la possibilité de recharger. C’est le cas dans les quartiers de forte densité où les riverains et automobilistes se garent dans la rue comme au Neudorf ou dans la Neustadt, par exemple, à la lisière de la limite gratuit/payant. Ce sont ces quartiers-là que Bouygues va viser en priorité même s’il devrait y avoir au moins une borne de recharge dans chacune des 33 communes de l’Eurométropole pour 80 bornes au total en 2019.

Du son côté, ÉS va lancer une consultation sur son site pour essayer d’évaluer le nombre de stations nécessaires. L’entreprise procédera ensuite à l’installation de ses bornes. Les deux entreprises seront en concurrence. Ainsi, l’Eurométropole espère tirer les prix vers le bas.

Un accès aux bornes simplifié

Les possesseurs d’une voiture électrique savent à quel point il est compliqué d’utiliser les bornes déjà présentes dans l’agglomération. La plupart des stations de recharge publiques sont gratuites et accessibles avec un badge Freshmile, du nom de la start-up alsacienne qui gère les bornes installées par l’Eurométropole. Mais d’autres stations publiques ont été mises en service par des acteurs différents comme Sodetrel (Groupe EDF) ou le Néerlandais New Motion. Elles sont payantes et nécessitent d’autres badges.

Il existe aussi des bornes dans les parkings privés (Indigo, Parcus, etc.) Elles sont toutes payantes et la plupart sont accessibles avec un badge Sodetrel. Mais comme il y a toujours des exceptions, certaines nécessitent un badge Freshmile…

Enfin certains commerçants mettent parfois des stations de recharge à disposition de leurs clients. Mais il n’est possible de charger que de quelques pourcentages sa batterie, le temps de faire ses courses. D’autant plus que certains magasins disposent de bornes qui fonctionnent avec des badges encore différents.

Les rares bornes de recharges électriques

Plusieurs bornes et plusieurs fonctionnement cohabitent.

D’après l’Eurométropole, ce problème devrait disparaître avec l’arrivée des stations de recharge Bouygues et ÉS. Cela fonctionnera toujours avec un système de badge à créditer sur internet. Les entreprises ne veulent pas équiper les bornes de terminaux pour cartes bancaires, pour des questions de coût. Mais il sera possible d’utiliser son badge ÉS dans une station Bouygues et vice-versa. Néanmoins les deux groupes proposeront des abonnements pour bénéficier de tarifs préférentiels sur leurs bornes. Ainsi la recharge avec un badge ÉS, coûtera plus cher sur une borne Bouygues que sur une borne ÉS.

Pas d’incitations pour les voitures électriques à Strasbourg

Pour l’Eurométropole, Céline Oppenhauser, reconnait qu’à l’avenir le stationnement devrait logiquement être gratuit pour les voitures électriques à côté des bornes de recharge :

« On ne peut pas demander aux gens de payer leur place de parking s’ils veulent faire le plein de leur batterie. Imaginez si on devait payer pour aller dans une station-service ! »

Mais ce sera sûrement là le seul avantage que les automobilistes pourront tirer d’une voiture électrique à Strasbourg dans les années à venir. Il n’y aura, par exemple, pas de prime pour l’achat d’un tel véhicule poursuit Céline Oppenhauer :

« Nous préférons soutenir les transports collectifs plutôt qu’individuels. Surtout que si la voiture électrique règle le problème de la pollution, elle ne règle pas celui des embouteillages. »

À Strasbourg, les voitures électriques n’auront pas non plus accès aux couloirs de bus comme c’est le cas en Norvège à Oslo et comme le proposait le conseiller municipal d’opposition Thierry Roos (divers droite) dans une tribune sur Rue89 Strasbourg.

L'AUTEUR
Maxime Nauche
Journaliste indépendant

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