Carolane Ortlieb : mère célibataire et maître chien, du gilet jaune au scrutin européen
Politique 

Carolane Ortlieb : mère célibataire et maître chien, du gilet jaune au scrutin européen

C’est une figure locale des Gilets jaunes. Carolane Ortlieb, encore maître-chien fin 2018, milite aujourd’hui à plein temps. Mère célibataire, elle organise le mouvement autour de Brumath et fait campagne pour les élections européennes sur la liste Alliance Jaune.

Elle glissait son bulletin de vote sans conviction. Aujourd’hui, Caroline Ortlieb organise l’affichage de la liste Alliance Jaune pour les élections européennes. Elle travaillait la nuit, seule avec son chien en laisse, dans la sécurité. Depuis le 17 novembre 2018, elle n’attend que le samedi après-midi pour manifester avec « la famille ». Elle pouvait rester injoignable toute la journée, il y a peu. « Elle est tout le temps sur son téléphone », note maintenant Mélina, sa fille de dix ans. Retour sur six mois d’engagement sans relâche, le virage d’une vie.

Au spot de Brumath, les Gilets jaunes tiennent le rond-point depuis le 17 novembre 2018 (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Un engagement total et pacificateur

Une vingtaine de Gilets jaunes hèlent les voitures à l’entrée de Brumath. Il fait beau ce mardi 14 mai. Les automobilistes klaxonnent. Les enfants s’amusent, les adultes discutent. Marlène, autre figure locale du mouvement, esquisse quelques pas de danse entre deux discours dénonçant les violences policières. Pour cette veuve de 62 ans, l’acte IX s’était terminé avec 11 points de suture au crâne. Elle décrit le rôle pacificateur de Carolane pendant les manifestations :

« Je suis content qu’elle soit là parce que parfois j’ai envie de taper les flics. Elle n’est jamais loin et elle me dit toujours : “Laisse tomber”. »

Lunettes et bandana noirs, Carolane gère le spot de Brumath depuis le début de la contestation en novembre (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Lunettes de soleil, gilet noir et bandana au cou, Carolane s’affaire
à l’arrière de sa Zafira noire. Avec une amie, elle vient de terminer de compter 1 300 affiches de campagne. Au bord du rond-point, face à l’Intermarché, certains ne soutiennent pas la liste Alliance jaune aux élections européennes. Jean-Claude ne veut pas « rentrer dans le système ». Mais il « respecte son choix » : « J’ai beaucoup de respect pour Carolane », explique-t-il. « On sera toujours là pour elle », renchérit Marlène.

Début mai, Carolane Ortlieb est contactée par une candidate de la liste menée par Francis Lalanne. « Au début, j’étais contre. Je connaissais pas l’Alliance jaune. » Suite à une réunion à Paris, elle change d’avis. « On a tenté les blocages, les manifs… Pourquoi pas prendre cette opportunité ? », explique-t-elle. Peu importe les menaces sur les réseaux sociaux, cette militante à plein-temps, au chômage depuis plusieurs mois, mène la contestation sur plusieurs fronts. Pas le temps de se préoccuper des détracteurs.

Les forces de l’ordre : ses anciens collègues

Depuis le début du mouvement, Carolane Ortlieb assume ses idées. Lorsque la détestation des forces de l’ordre gagnent les Gilets jaunes, elle défend toujours « ses anciens collègues. » Lors de l’acte XX, elle s’interpose lorsqu’un groupe s’excite contre les CRS, suscitant ainsi la méfiance :

« Il y a un Gilet jaune qui a pris ma veste de maître chien pour un uniforme. Je me suis fait prendre par le coleret et il m’a dit : T’es des leurs ?” Moi, je suis juste contre la violence gratuite. »

Carolane ne cautionne pas la violence contre les forces de l’ordre mais s’avoue désemparée par la violence de la répression (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

« Ils récoltent ce qu’ils sèment »

Puis les actes sont passés, avec leur lot de blessés. La loi anti-casseurs appliquée, les arrestations aux motifs absurdes s’enchaînent. La confiance de Carolane dans les forces de l’ordre se brise :

« Sous la cathédrale, j’ai vu un ami en béquilles se faire frapper par les forces de l’ordre. J’ai été arrêtée deux fois (son premier procès aura lieu le 25 juin, ndlr). J’ai passé plus de deux jours en garde à vue. La deuxième, on m’a reproché d’avoir masqué mon visage (rires) Je fais des lives (vidéos en direct, ndlr) tout le temps, ils voient bien que je fais ça juste quand il y a du gaz lacrymogène. Et heureusement que je filme, sinon j’aurais jamais eu les images de Pascal en train de se faire frapper (voir ici à 48 mn). Je ne soutiens pas la violence gratuite. Mais au bout de six mois, je pense que les flics récoltent ce qu’ils sèment, comme les casseurs. »

Carolane Ortlieb et Pascal, compagnons de lutte, soudés par des coups de matraque sous la cathédrale un samedi après-midi à Strasbourg. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Un combat : « la famille »

« Je ne me sens pas plus puissante qu’avant. Je suis restée moi-même », affirme Carolane. Cette mère seule se battait déjà avant le premier acte des Gilets jaunes. Manager au Mc Donald ou maître chien, il fallait enchaîner les heures supplémentaires afin de rentrer 1 800 euros par mois. Le combat a juste changé de forme.

Aujourd’hui, elle ne compte pas ses heures pour le mouvement :

« Hier soir, j’étais sur l’ordinateur jusqu’à deux heures du mat’ pour organiser l’affichage sur 882 panneaux du 67 et du 68. Tout ça, je le fais toujours pour ma fille. »

Carolane Ortlieb et sa fille Mélina, 10 ans. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Dans ce nouveau combat, l’objectif reste le même : protéger ses proches. Dans ses posts Facebook ou au cours de l’interview, Carolane parle souvent de « la famille », celle formée par les Gilets jaunes.

Dans l’ancien QG de Brumath, il fallait organiser la vie quotidienne, régler les petites querelles… « Une fois, c’était une histoire de mégots laissés par terre », se souvient-elle. Et puis, elle veille sur ses camarades en manifestation. « Elle ne rentre jamais avant d’être sûr que tout le monde va bien », assure Marlène, surnommée « Mamou ».

Contre l’Union Européenne

« Je n’ai jamais vraiment mis le nez dans l’Europe », admet la militante. Son obsession : « le terrain ». En tant que candidate de la liste Alliance Jaune, elle soutient surtout une sorte de référendum d’initiative citoyenne (RIC) à l’échelle européenne :

« Les députés européens reverseraient 30% de leur salaire pour monter des permanences permettant aux citoyens de s’exprimer sur chaque loi votée. »

Elle évoque pêle-mêle la nécessité d’une « taxe tobin (sur les transactions financières internationales, ndlr) » et d’une vie politique plus transparente.

Mais pour cette « antisystème » assumée, l’idéal serait de « sortir de l’UE et de rendre la France aux Français ». Carolane a voté pour Marine Le Pen aux deux tours de l’élection présidentielle. « Mais c’était plus un vote contre Macron », assure-t-elle.

La candidate ne se fait pas d’illusion : les sondages laissent penser que la liste Alliance Jaune ne dépassera pas les 5% de voix nécessaires pour entrer au Parlement européen. Elle le dit elle-même : « Chaque élection est une carotte. » Mais cette année, le mouvement des Gilets jaunes change les choses. Finalement, c’est Marlène qui explique le mieux la démarche de sa camarade : « Aller sur une liste, c’est montrer qu’on existe. »

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste en alternance depuis la rentrée 2017.

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