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Catherine Trautmann devance largement Jeanne Barseghian au premier tour

À Strasbourg, Catherine Trautmann (PS) est arrivée en tête du premier tour, devant Jean-Philippe Vetter (LR) et Jeanne Barseghian (Les Écologistes). Avec plus de 5 000 voix de retard sur sa rivale, la maire sortante n’a d’autre choix que de trouver un accord avec l’insoumis Florian Kobryn pour le second tour.

Élections municipales 2026
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Catherine Trautmann devance largement Jeanne Barseghian au premier tour
Catherine Trautmann, confiante après avoir voté dimanche matin.

Avec près de 26% des suffrages exprimés, la liste menée par Catherine Trautmann et soutenue par le Parti socialiste termine en tête du premier tour des élections municipales à Strasbourg. L’ancienne maire devance Jean-Philippe Vetter (Les Républicains) tandis que la maire sortante écologiste, Jeanne Barseghian, n’atteint pas les 20%. Entre les deux candidates, il y a plus de 5 000 voix d’écart. Florian Kobryn parvient pour sa part à multiplier par six le nombre de bulletins La France insoumise par rapport aux dernières élections municipales. Pierre Jakubowicz a tout juste obtenu de quoi fusionner avec une autre liste, et pourrait, tout comme le Rassemblement national, être éliminé.

C’est un résultat qui reflète un renversement par rapport à 2020. À l’époque, la maire écologiste avait terminé en tête du premier tour avec 27,87 % des suffrages exprimés, devant Alain Fontanel (LREM, 19,86 %) et Catherine Trautmann (19,77 %). Cette fois, la dynamique a changé : les Écologistes doivent désormais composer avec la gauche radicale pour espérer conserver Strasbourg. La vague écolo de 2020, qui avait porté Jeanne Barseghian en tête avec une marge confortable sur ses rivaux, semble loin. C’est un échec relatif pour son équipe qui avait pourtant fédéré onze formations de gauche.

Jeanne Barseghian lors des premières estimations. Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

Jeanne Barseghian doit décider de l’union avec LFI

Jeanne Barseghian n’a pas réussi à conserver des bastions conquis en 2020, comme à Cronenbourg et son ancrage au centre-ville et à Koenigshoffen s’est effrité. Malgré ses efforts pendant le mandat, elle n’a pas réussi non plus à conquérir des quartiers populaires comme l’Elsau, où elle n’arrive parfois qu’en cinquième position comme au bureau 215 (école Martin Schongauer), derrière Neïla Boutghata, une candidate qui s’est déclarée au dernier moment…

L’heure est désormais aux calculs politiques et aux négociations. Puisqu’il manque à la maire un peu plus de 5 000 voix, une alliance avec Florian Kobryn pour intégrer les quelques 10 000 voix insoumises est sur toutes les lèvres.

À l’annonce des premières estimations, Jeanne Barseghian s’est exprimée depuis le centre administratif : « Depuis le début de cette campagne, je rassemble les différentes forces de gauche. La première des choses sera de discuter avec mon équipe. On a besoin de regarder et d’analyser les résultats. Je continuerai de mener un rassemblement de la gauche. »

Ne pas effrayer des électeurs

La maire sortante ne s’est pas prononcée dimanche soir sur une alliance avec Florian Kobryn. Elle sait qu’une partie de ses électeurs lui retireraient leur soutien. Les candidats de Place publique devraient en outre quitter sa liste puisque le président du mouvement, Raphaël Glucksmann, refuse que des candidats Place publique soient colistiers de La France insoumise.

Des négociations, à l’issue du scrutin, autour de Jeanne Barseghian. Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

Florian Kobryn attend donc les propositions de Jeanne Barseghian. Après avoir appelé à « une union antifasciste » et avoir déclaré vouloir « tout faire pour que la ville ne passe pas à droite », Florian Kobryn doit désormais obtenir un maximum de Jeanne Barseghian sans provoquer la rupture. Sans sa candidature, la maire sortante serait probablement en tête du premier tour, sans son soutien, la maire sortante perdra la ville.

Dans tous les cas, il est gagnant puisque qu’avec 12% des voix, il sera élu au conseil municipal comme il l’explique lui-même :

« Être présents au second tour, c’est un moyen pour nous de porter les combats qui ont été les nôtres tout au long de la campagne  : l’écologie populaire, la mise à l’abri des enfants à la rue, l’antifascisme. Demain, il y aura au conseil municipal des élus pour porter cette voix-là… »

Florian Kobryn au soir du dimanche 15 mars, accueilli par ses militants et soutiens. Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

Jean-Philippe Vetter, mieux placé que dans les sondages

Au QG de Jean-Philippe Vetter, au bowling de l’Orangerie, l’ambiance était aussi enthousiaste. Le candidat de droite, qui termine à 2 000 voix de Catherine Trautmann, se dit porté par une « réelle dynamique » et rêve d’alternance :

« Je pense que cette dynamique, rien ne peut l’arrêter et ça montre une chose : les Strasbourgeois veulent un nouveau maire pour Strasbourg. Après 30 ou 40 ans où écologistes et socialistes se sont partagé le pouvoir, ce serait bien d’avoir une vraie respiration démocratique. »

Jean-Philippe Vetter célèbre son score historique.Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Jean-Philippe Vetter se positionne comme le favori de l’alternance à droite, capitalisant sur la fatigue électorale et l’usure de la majorité sortante. Sa liste, composée en grande partie de personnalités issues de la société civile, lui a permis de séduire au-delà des électeurs traditionnels de droite et d’attirer les abstentionnistes. Jean-Philippe Vetter de quoi être satisfait, il a fait plus que doubler son score personnel entre 2020 et 2026.

Jean-Philippe Maurer, de nouveau présent sur sa liste, ajoute : « La dynamique est chez nous. Les réserves de voix existent, chez ceux qui n’ont pas voté et chez les candidats non qualifiés. » Et parmi eux, Pierre Jakubowicz. Jean-Philippe Vetter aurait été embêté si le candidat centriste avait atteint la barre des 10% mais comme ce n’est pas le cas, il n’a plus qu’à laisser venir à lui les quelques 4 500 électeurs du centre, qu’il a tenté de convaincre pendant toute la campagne électorale. S’il y parvient, il passe devant Catherine Trautmann…

Pierre Jakubowicz en position de faiblesse

Mais Pierre Jakubowicz ne laissera pas siphonner son socle électoral aussi facilement. Après des années passées ensemble dans l’opposition, un fossé s’est creusé entre les deux élus lors de la campagne.

À la soirée électorale de Pierre Jakubowicz, ambiance morose.Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg

« L’essentiel est d’échanger avec mon équipe. L’enjeu est l’alternance  ; Strasbourg en a besoin. Il faudra réfléchir à tête froide », explique le centriste. Si Jean-Philippe Vetter n’est plus une option, « l’alternance » voulue par Pierre Jakubowicz ne peut venir que de Catherine Trautmann…

Mais il y a peu de chance que Catherine Trautmann, qui a fait toute sa campagne sur son nom et sa seule personnalité, ne s’encombre d’un élu macroniste alors qu’elle est déjà en favorite du scrutin et que ça lui imposerait de nouvelles circonvolutions avec la direction nationale du PS. Elle affirme « prendre la nuit pour réfléchir ».

Catherine Trautmann confirme sa position

Maire de Strasbourg de 1989 à 1997 puis en 2000-2001, Catherine Trautmann a plus que doublé son score de 2020. Numéro 2 sur sa liste, le député Thierry Sother estime que « les résultats confirment la dynamique ressentie pendant la campagne et attestent d’un véritable désaveu pour l’équipe sortante de Jeanne Barseghian. » La candidate socialiste a remporté de nombreux bureaux dans les quartiers populaires à l’ouest de Strasbourg mais aussi à l’est comme à la Cité de l’Ill et dans le centre-ville.

Le RN éjecté

Quant au Rassemblement national, il rate une nouvelle fois l’entrée au conseil municipal de Strasbourg. Virginie Joron retournera donc au Parlement européen mener ses croisades contre l’Europe et les vaccins. Une partie de ses électeurs et électrices se tourneront peut-être vers Jean-Philippe Vetter.

Les listes de Fahad Raja Muhammad (Mouvement populaire indépendant), Neïla Boutghata (Egalité républicaine et sociale), Mohamed Sylla (Utiles), Clément Soubise (NPA Révolutionnaire), Louise Fève (Lutte ouvrière) et Eva Lacote (sans étiquette) ne peuvent ni se maintenir ni fusionner. Ce qui n’empêchera pas les candidats restant de convoiter leur électorat.

Jean-Philippe Maurer, en cinquième position sur la liste de Jean-Philippe Vetter, a été le premier à montrer son intérêt, en citant dès dimanche soir Mohamed Sylla et Fahad Raja Muhamad avec lesquels il a eu « d’excellentes relations » au cours de la campagne. Les déclarations de soutien de ces candidats, bien souvent négociées contre la prise en charge de leurs frais de campagne, sont attendues dans la semaine.


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