Ces femmes qui sollicitent  les places des hommes dans l’Église catholique
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Ces femmes qui sollicitent les places des hommes dans l’Église catholique

Au sein de l’Église française, des femmes aspirent à l’égalité des sexes. Avec le collectif Toutes Apôtres, sept candidates postulent à des places réservées aux hommes dans la hiérarchie cléricale. Passées par Strasbourg, deux d’entre elles témoignent de leur engagement.

« 2000 ans que nous attendons » peut on lire sur le manifeste de « Toutes Apôtres« . Lancé le 22 juillet, ce collectif s’est fondé à l’appel d’Anne Soupa, qui candidate pour remplacer le cardinal Barbarin à Lyon.

Autour de l’universitaire en théologie, sept autres femmes catholiques ont adressé une lettre de candidatures au nonce apostolique Celestino Migliore, le représentant du pape en France. Elles postulent à diverses fonctions que le droit canonique de l’Eglise romaine leur interdit.

Parmi elles, Christina Moreira et Marie-Automne Thépot espèrent accéder à des fonctions de curé et de diacre. Bousculant les inégalités entre les sexes, elles appellent à plus d’ouverture et à moins de hiérarchie de la part de l’Eglise catholique française. Toutes deux sont passées par les universités à Strasbourg.

La moitié des baptisés exclue des fonctions sacrées

« Les femmes catholiques, la moitié des baptisés de la communauté, en sont réduites aux miettes », pointe Marie-Automne Thépot. Omniprésentes dans les paroisses, elles préparent la messe, les chants, garnissent la nef de fleurs, accueillent les fidèles. « Un rôle de servante invisible » qui ne correspond pas à l’évolution de la société pour cette catholique :

« Aujourd’hui, les femmes font des études supérieures et sont indépendantes économiquement. Certaines sont cosmonautes, ministres, mais dans l’Eglise je ne peux pas mettre mes qualités au service des autres. Soit l’Église sait lire ces changements, soit elle conserve une vision passéiste de la femme qui ne va pas résister aux enjeux contemporains. »

Diplômée de Science Po Strasbourg en 1999, elle travaille aujourd’hui dans l’action sociale à la mairie de Paris.

Marie-Automne Thépot (photo Yong Chim)

Ce ne sont pas les six femmes nommées au mois d’août au Conseil pour l’économie du Vatican, qui feront changer d’avis Christina Moreira : les femmes ont un rôle consultatif, les hommes décident. À 55 ans, cette femme administre une communauté de 280 fidèles, depuis 2015 à La Corogne en Espagne, c’est-à-dire qu’elle est prêtre contre l’aval du Vatican. Grâce à l’association des femmes prêtres qui ordonne de fait, des femmes à des ministères. En parallèle, elle suit à distance des études de théologie à la faculté de Strasbourg.

« Il n’y a pas d’eau bénite bleue et d’eau bénite rose »

« La seule chose qui nous sépare de ces fonctions, c’est notre sexe. Ce n’est pas admissible » poursuit Christina Moreira. Evêque, prêtre, diacre, cardinal ou pape, sont des postes exclusivement masculins. Les juges de droit canonique, qui peuvent modifier ces règles d’attribution, sont eux aussi des hommes. « La porte est fermée et nous n’avons pas le pouvoir de l’ouvrir », abonde Marie-Automne Thépot.

Cette ancienne pensionnaire du collège Notre-Dame de Sion à Strasbourg se souvient de son éducation. Enfant, elle a suivi les mêmes activités que les garçons dans les cercles dominicains et la paroisse Saint-Pierre Le Jeune. En grandissant, elle s’est aperçue des inégalités de genre :

« À la messe je voulais dire l’homélie, lire l’Évangile. On m’a expliqué que ce n’était pas possible, qu’il fallait être prêtre pour cela. Et que pour être prêtre, il fallait être un homme. Une fois, j’ai été reçu avec embarras dans une nouvelle paroisse. Je voulais me rendre utile à la communauté. Mais célibataire et sans enfant je n’étais pas bien reçue, je ne rentre plus dans une certaine vision de la femme, de tradition catholique, qui doit trouver un mari et être féconde. »

La quadragénaire renonce alors à s’investir dans cette paroisse à Paris.

« Il n’y a pas d’eau bénite bleue et d’eau bénite rose, on reçoit tous et toutes le même baptême », estime Christina Moreira qui n’en démord pas, « l’Eglise est le dernier bastion de misogynie de notre société ».

Christina Moreira (photo Yong Chim)

« L’Église ne peut pas se passer de la moitié de son personnel »

« Ce serait tout bénef pour l’Église » estime Marie-Automne Thépot, si une cinquantaine femmes pouvaient accéder à ces quelque 12 000 postes cléricaux. Les deux femmes pointent un manque de bras et une perte de vocation au sein de l’Église française :

« Un ami prêtre en Bourgogne a 12 églises à faire fonctionner. La population y est âgée et rare, il me dit qu’il s’ennuie, n’est plus stimulé, mais qu’il travaille comme un dingue ».

Marie-Automne Thépot

Les femmes souhaitent apporter une diversité et revitaliser la vie de paroisse. « Les églises sont vides, mais il y a beaucoup des croyants ». Ce paradoxe s’explique pour Marie-Automne Thépot par un retour à un cérémonial un peu strict :

« Plus jeune je me souviens, un prêtre pouvait porter une chemise, un jean, avec une petite croix autour du cou. Aujourd’hui, on assiste à un retour de la soutane, la robe noire boutonnée avec le calot. C’est une vision archaïque qui met à distance la communauté. Des témoins me disent, je suis croyant mais à l’église, on ne peut plus se parler donc je n’y vais plus ».

Le rôle du diacre, animateur de communauté qui a le droit d’être marié, lui permettrait de mettre en place l’Église dont elle rêve : chaleureuse et multicolore. Christina Moreira poursuit :

« La présence des femmes éviterait la suspicion de violeur qui pèse sur les hommes d’Église depuis les scandales qui ont éclaté en son sein. C’est aussi un enjeu social. Si aujourd’hui un homme bat sa femme, c’est que dans sa représentation mentale, elle ne pourra jamais avoir d’autorité »

La prêtre de La Corogne, souhaiterait mettre son engagement au service des plus pauvres ou travailler avec des prisonniers qui n’ont pas accès aux offices religieux. Dans sa communauté espagnole, la présidente et la vice-présidente de l’association sont deux simples pratiquantes, non-membres de la hiérarchie cléricale.

Élargir le champs de l’Eglise, une évolution de fond

Toutes Apôtres prône ce modèle d’intégration de tous les fidèles dans l’organisation de l’Eglise. Christina Moreira soutient une plus grande ouverture à la communauté LGBT. « L’orientation sexuelle, n’intervient pas dans message de paix de Dieu ».

Quant à Marie-Automne Thépot elle se rappelle avoir « eu honte de dire que j’étais catholique » à l’issue des Manifs conte le mariage pour tous.

Toutes Apôtres, dans la nébuleuse des mouvements pour les femmes

Les deux femmes disent avoir le soutien de prêtres, en privé, de crainte de se trouver en porte-à-faux. D’autres femmes seraient inspirées par ces candidatures, mais ne se permettent pas pour autant de sauter le pas. La crainte d’un certain ostracisme plane selon Marie-Automne :

« Des femmes me disent, j’admire ce que vous faites, mais je ne pourrais pas faire pareil. Mon mari ne comprendrait pas, ma famille en mourrait, on ne parlerait plus à nos enfants. »

D’autres au contraire réprouvent ces actions. « Des femmes qui nous disent : “vous n’êtes pas les porte-paroles des femmes d’Église, nous sommes heureuses à la place que nous méritons“ ».

Le débat pour l’accès des femmes aux ministères n’est pas nouveau. En 2008, Anne Soupa avait déjà créé le Comité de la Jupe dans ce sens. Oh My Goddess militait pour « donner une voix à celles que l’Eglise invisibilise ». Dans ce sillage, des femmes catholiques du collectif Maria 2.0 avaient entrepris en Allemagne en 2019, des actions de grèves dans les paroisses, pour contester le manque d’égalité au sein de l’Église Outre-Rhin.

Plus récemment, Voices of faith, une organisation internationale, d’hommes et de femmes catholiques, s’est positionnée pour l’accès des femmes aux fonctions interdites.

Pour l’heure, les sept femmes ont obtenu une réponse à leur lettre du nonce. Elles sont conviées individuellement à un entretien en septembre. Un moyen pour « entrebâiller cette fameuse porte fermée » espère Marie-Automne Thépot.

L'AUTEUR
Manuel Avenel
Manuel Avenel
Étudiant en Histoire et Sciences Po, en stage de journalisme de juillet à septembre 2020.

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