L’Eurométropole vote son premier budget sans hausse d’impôts
Politique 

L’Eurométropole vote son premier budget sans hausse d’impôts

Flux vidéo fourni par la ville de Strasbourg

Le quatrième budget de la coalition droite-gauche de l’Eurométropole de Strasbourg est sur la table. Malgré une mauvaise nouvelle à 1,2 million d’euros, il n’y aura pas de hausse d’impôts. Une première en quatre ans. Ensuite, il sera question de la nouvelle version du parc des expositions au Wacken. À suivre en direct vendredi 22 décembre dès 9h.

La reprise des chantiers du Paps-PCPI ? La médiathèque nord à Schiltigheim ? Les extensions de tram vers Koenigshoffen et la Robertsau ? Les puits de géothermie ? La galère de l’usine d’incinération ? Ou de manière moins visible, les routes, l’eau, le ramassage des ordures. Toutes ces politiques à Strasbourg et les 32 communes qui l’entourent sont transformées en euros et compilées dans le budget. C’est dire si son vote est chaque année un cap important.

Pour 2018, l’Eurométropole devrait voter vendredi 22 décembre un budget sans augmentation des taux d’impôts. C’est une première pour la coalition droite-gauche formée en 2014 qui avait pourtant fait de « la stabilité fiscale », un des axes de son « pacte de gouvernance. » Les deux premières années, des hausses moyennes de 3%, puis de 1,5% pour 2017 ont été votées par les conseillers eurométropolitains.

La tuile à 1,2 million d’euros

Pas d’augmentation, vraiment ? L’Eurométropole s’apprêtait à « perdre » 1,5 million d’euros de recettes par rapport à 2017, suite à la réforme de la taxe professionnelle (DCRTP) menée par le Gouvernement. Mais la collectivité a appris qu’un amendement adopté le 15 décembre portait ce manque à gagner à 2,7 millions d’euros. Dans le nouveau calcul, Nantes, Rennes, Toulouse et donc Strasbourg se voient amputées de ressources supplémentaires. D’autres villes sont mieux dotées par ce rééquilibrage comme Aix-Marseille, Dunkerque et… Le Havre, la ville du Premier ministre Edouard Philippe.

De quoi énerver le président de l’Eurométropole, Robert Herrmann (PS), qui estime dans un communiqué que « la loyauté de l’État » n’est pas au rendez-vous, à l’heure où ce dernier souhaite établir des contrats avec les métropoles. Robert Herrmann espère encore pouvoir faire annuler cet amendement avant le vote final fin décembre en écrivant aux parlementaires, au gouvernement et même directement au Président de la République (voir ci-dessous).

S’il devait être maintenu, il faudra trouver d’autres ressources, « non prévues » à ce jour, à l’occasion d’un budget rectificatif en cours d’année. Ces 1,2 millions supplémentaires correspondent à 1 point de fiscalité. Oups.

Le courrier de Robert Herrmann au Président et au Premier ministre

Des bonnes nouvelles sur d’autres fronts

En dehors de cette épine dans le pied, l’Eurométropole peut composer avec une dotation de l’État stable, alors qu’elle devait être amputée de 6 millions d’euros. Comme indiqué lors du débat d’orientations budgétaires, les dépenses en personnel sont stables suite à des non-emplacements (274 suppressions nettes ; 64% étant remplacé par des entreprises privées).

La dette augmente moins vite que par le passé (de 579 à 591 millions d’euros), mais les investissements reculent légèrement (de 209 à 199 millions d’euros).

Les principales dépenses en travaux concerneront l’aménagement et l’habitat (72,8 millions), ainsi que les transports (48,3 millions).

L’Eurométropole pourra tout de même compter sur l’augmentation des bases d’imposition, de 1 à 1,2%. Enfin, la collectivité va réduire pour la première fois sa contribution à la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS – de 23,71 à 21,4 millions puis 13,5 en 2019), sommée de faire des économies. Ce retrait sera compensé pour la CTS par les recettes des « forfaits post-stationnement », les nouvelles amendes des automobilistes pris sans ticket sur la voie publique.

La création d’emploi comme thermomètre

C’est aussi la première fois que l’Eurométropole vote un budget avec les mêmes compétences que l’année précédente, après les multiples transferts, conséquences de plusieurs lois. Le total est de 1,029 milliard et même 1,4 milliard avec les budgets annexes (eau, assainissement).

Comme juge de paix de tous ces chiffres, Robert Herrmann regarde la croissance nette d’emplois dans l’Eurométropole, qui perdure selon lui. Sans en dire plus, il promet plusieurs « bonnes nouvelles » sur ce front pour le début 2018, notamment du côté du port de Strasbourg.

Un exemple récent ? L’inauguration d’une éolienne de toit sur la chocolaterie Suchard à la Meinau. « Pour la première fois depuis des années on parlait de Suchard pour un autre raison qu’une éventuelle fin d’activité ». Premier employeur privé de l’agglomération, Punch Powerglide a annoncé l’embauche de 50 personnes.

En 2018, l’Eurométropole va se dispenser d’une hausse des taux d’impôts. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Deux nouveaux groupes à scruter

Depuis le dernier budget, deux groupes politiques se sont formés au sein du conseil de l’Eurométropole : « La Coopérative » est composée de six élus strasbourgeois, issus du PS ou d’Europe Écologies Les Verts, « Pour une Eurométropole équilibrée » rassemble à contrario 7 maires de la deuxième couronne (Breuschwickersheim, Holtzheim, Kolbsheim, Lampertheim, Mittelhausbergen, Oberhausbergen et La Wantzenau), qui ne s’estiment pas toujours bien servi par les politiques actuelles, en particulier pour les transports et l’habitat.

Voir si ces deux groupes votent pour, contre ou s’abstiennent permettra de mieux les situer par rapport à la coalition en place. Ils ne comptent pas de vice-président pour les représenter au sein de l’exécutif.

Les élus de droite restés dans l’opposition insisteront sûrement de leur côté sur les coûts liés aux travaux de désamiantage de l’usine d’incinération (11 millions d’euros pour 2018), en particulier les 34 millions d’euros de détournements des déchets vers d’autres sites pendant deux ans et demi.

Le parc expo new look pour finir

Ensuite, il sera longuement question du parc des expositions. Maintenu au Wacken, l’équipement aura finalement une taille comparables aux vieux halls bientôt détruits pour faire place au quartier d’affaires Archipel.

Plan de masse du futur parc des expositions au Wacken, revu à la baisse. (doc Eurométropole)

Le nouveau projet, prévu pour 2021, est réduit de moitié par rapport à celui présenté en 2013, lorsque la gauche et les écologistes étaient seuls aux manettes. Il sera intéressant de voir la position des élus des communes autour de Strasbourg. Une partie était critique de l’équipement pensé à l’origine, lorsqu’ils étaient dans l’opposition.

Aller plus loin

Sur strasbourg.eu : l’ordre du jour de la séance du vendredi 22 décembre (PDF)

L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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