Depuis le confinement, la prolifération des rats pose un problème sanitaire
Environnement 

Depuis le confinement, la prolifération des rats pose un problème sanitaire

À Strasbourg, les signalements de rats ont explosé depuis le confinement. Face à ce rongeur dont le comportement a évolué, les entreprises et la Ville tentent de répliquer. 

« Depuis le confinement, on trouve des colonies entières de rats dans certains restaurants et boulangeries. C’est inédit. » Pour Simon Le Goavec, responsable adjoint du service Hygiène et Santé environnementale de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS), les rats pullulent à cause de la crise sanitaire.

Invasion dans la ville

Simon Le Goavec confirme une « tendance à la hausse des rongeurs au centre-ville comme en périphérie » dans les jardins, parcs, berges, piscines et centres d’hébergement d’urgence de l’Eurométropole de Strasbourg. L’augmentation des interventions en 2020 n’a cependant pas pu être communiquée.

Vendredi 14 août, un rat mort sur le pont des Frères Matthis à Strasbourg (photo Alice Ferber / Rue89 Strasbourg)

Expédition au cinquième étage

Depuis le mois de juin, l’entreprise Radical Pest Control a embauché deux nouveaux employés pour faire face à l’explosion des demandes de dératisation. D’après Nicolas Chapelle, le responsable technique de l’entreprise, les rats ont modifié leur comportement à cause du confinement : 

« D’habitude, les rats sont méfiants et fuient la lumière. Maintenant, on les voit en plein jour. Dès mars, comme ils ne pouvaient plus profiter des déchets aux abords des restaurants à l’arrêt, ils se sont infiltrés chez les particuliers, souvent cloisonnés avec des réserves de nourriture. »

Selon le spécialiste, l’équipe de dératisation rencontre désormais des « situations inédites » chez les particuliers : 

« En avril, dans le quartier de Rivétoile, on a reçu un signalement au 5e étage d’une terrasse d’un immeuble privé. Contrairement aux rats noirs des campagnes, ceux des villes ne longent pas les poutres. Ils s’établissent plutôt en sous-sol ou au rez-de-chaussée. Alors j’ai débarqué avec mon matériel pour traiter une souris. Mais les traces montraient que c’était bien un rat brun qui avait grimpé sur la façade de l’immeuble. Je n’avais jamais vu ça en 20 ans de métier. »

Risques sanitaires et dégâts matériels 

Pour se nourrir, les rats dérobent les rebuts alimentaires laissés par l’homme. Même s’ils permettent le nettoyage naturel des sous-sols, leur population doit être contrôlée. D’après Nicolas Chapelle, leur prolifération présente un risque sanitaire : 

« Les rats transportent des agents pathogènes comme la salmonellose et la leptospirose (deux infections bactériennes, ndlr). Leurs morsures et griffures sont rares, ils sont très peu agressifs. Mais ils urinent en permanence et laissent derrière eux une quarantaine d’excréments par jour. »

En outre, ces rongeurs dégradent l’environnement urbain. « En creusant des galeries sous la surface, ils fragilisent les sols, explique l’expert. Comme leurs dents poussent en permanence, ils rongent les câbles électriques, ce qui peut provoquer des court-circuits et des incendies. »

« Plus une colonie compte de rats, plus ils sont en confiance et se montrent. Quand on voit 10 rats, c’est qu’il y en a 50 pas loin. »

Nicolas Chapelle, expert en dératisation

Des solutions chimiques de moins en moins efficaces

Les agents de Radical Pest Control et de l’EMS s’accordent sur un point : les solutions chimiques utilisées pour la dératisation, les « rodenticides », perdent en puissance à chaque législation. Des dosages moins létaux et un usage des substances limité dans le temps ont alourdi les protocoles d’intervention des dératiseurs.

Contre les rats, ce que dit la loi

  • La circulaire du 9 août 1978 oblige les particuliers, professionnels et collectivités à se protéger contre les nuisibles.
  • Depuis 2013, les professionnels doivent obtenir un certificat individuel pour utiliser les rodenticides.
  • La directive européenne de 2018 impose un appâtage non permanent et limité à 35 jours d’utilisation. Cette mesure est plus respectueuse de l’environnement car elle limite la pollution chimique et évite l’accoutumance du rongeur à la molécule utilisée.

Nicolas Chapelle poursuit :

« Les solutions mécaniques dites « captures » comme la tapette, la glu ou la nasse sont encore moins efficaces car elles nécessitent un passage chaque semaine pour changer les pièges. Ce n’est pas rentable pour le client. » 

De son côté, David Borell, gérant de Radical Pest Control, utilise une méthode « à la truelle » :

« On traite puis on bouche les entrées des terriers avec des grosses pierres, voire des dalles de béton. On a utilisé cette méthode pendant le confinement, pour 150 terriers. En une semaine du mois d’août, on en a bouché autant autour de 54 immeubles. »

Dernier recours : les boîtiers qui renferment un produit anti-coagulant. Quand le rat mange l’appât, la substance chimique provoque une hémorragie interne qui doit le tuer sous plusieurs jours.

Mais d’après Soulaimane Arroubyou, gérant de l’entreprise Alliance Team Propreté, « le rat doit désormais ingérer 2 à 3 fois la dose pour mourir. Avant la législation de 2018, les principes actifs étaient plus concentrés. »

pièges à rats
Des boîtiers sont parfois déposés dans les arrière-cours comme ici, dans le quartier des Halles à Strasbourg. Mais leur efficacité s’arrête aux limites de la copropriété et la substance ingérée doit être suffisante pour tuer le rat. (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Selon Soulaimane Arroubyou, la prolifération des rats à Strasbourg s’explique aussi par : 

  • un manque d’hygiène dans les habitations collectives (détritus abandonnés suite à l’arrêt de l’activité des concierges et des services de ramassage pendant le confinement), 
  • la chaleur (l’odorat des rongeurs, 150 à 400 fois supérieur à celui de l’être humain, est sensible aux exhalaisons des déchets alimentaires), 
  • les travaux (plus nombreux pendant l’été, ils dérangent voire détruisent les habitats du rat qui doit migrer).

Une collaboration public-privé à inventer

Ni l’Eurométropole ni la Ville de Strasbourg n’ont de plan d’action immédiat. Simon Le Goavec appelle à une collaboration entre les entreprises privées et le service public. En septembre, une déambulation sera organisée dans le quartier de l’Elsau avec des experts pour rendre les interventions de dératisation plus efficaces.

Le responsable adjoint annonce qu’un plan de communication sera lancé en octobre : « L’objectif est de montrer que la dératisation est l’affaire de tous : la Ville, le bailleur sur sa parcelle et les habitants qui gèrent leurs poubelles. »

L'AUTEUR
Manuel Avenel et Alice Ferber

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