Egalité des sexes à la CUS : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais »
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Egalité des sexes à la CUS : « Faites ce que je dis, pas ce que je fais »

actualisé le 07/03/2013 à 07h38

Campagne de communication interne (CUS - 2010)

Mine Günbay, conseillère municipale déléguée aux droits des femmes et à l’égalité de genre, préfère voir le verre « à moitié plein » et assure ne jamais « faire cocorico ». Et heureusement, parce que la communauté urbaine de Strasbourg est loin de montrer l’exemple en matière d’égalité hommes-femmes, surtout en haut de la hiérarchie des 8 000 agents, où caracolent 22 hommes sur 23 directeurs et six directeurs généraux adjoints sur… six.

Depuis 2008, la question de l’égalité de genre a un visage au conseil municipal de Strasbourg, celui de Mine Günbay. Cette jeune élue socialiste s’est donnée une mission, « travailler sur les représentations dont chacun et chacune est porteur », faire évoluer l’administration (plus de 8 000 agents à la CUS), mettre à disposition de tous des ressources documentaires (médiathèque Olympe de Gouges) et sensibiliser plus généralement le monde économique ou associatif sur ces questions. Appuyée dans cette tâche par Robert Herrmann, 1er adjoint en charge du personnel, Mine Gunbay se dit lucide sur le chemin qu’il reste à parcourir :

« Il y a de nombreux freins encore à lever. Par exemple, quand on recrute un directeur ou un chef de service, on imagine quelqu’un qui va travailler de 8h à 23h. Une amplitude horaire très large et une très grande disponibilité qui font que les femmes s’excluent d’elles-mêmes et ne postulent même pas.

Problème aussi sur la façon dont sont rédigés les profils de poste, qui n’intègrent pas la féminisation des noms de profession, comme « cheffe » par exemple, et les situations de discrimination considérées comme normales parce qu’ayant toujours existé.

Ce que nous cherchons à faire, c’est repérer une cinquantaine de personnes impliquées dans le processus de recrutement pour pouvoir les former à ces questions du genre. »

« On a raté le coche sur certaines nominations »

Mais à un an de la fin du mandat, ces personnes ne sont pas encore identifiées. Pourquoi ? « Parce que les ressources humaines ont une feuille de route très chargée et que cette problématique apparaît comme quelque chose qui se rajoute, alors que c’est une question transversale », déplore l’élue.

Elle reconnaît :

« Je ne fais jamais cocorico, parce que je ne pense pas qu’on puisse vraiment faire avancer les choses en un seul mandat. Et oui, on a raté le coche sur certaines nominations. Je ne sais pas ce qui se passera en 2014, mais si on arrive à avoir un noyau d’agents qui a intégré cette problématique, il continuera, je l’espère, ce travail sur le long terme. »

Organigramme CUS 2012

Organigramme CUS 2012 - Cliquer pour agrandir (doc CUS)

Sur les nominations des 22 directeurs pour une seule directrice (aux finances) ou celles des six directeurs généraux adjoints, voire même du directeur général des services de la CUS, Pierre Laplane – un homme donc ! -, Mine Günbay regrette :

« Ces nominations sont à l’image de tout ce que j’ai dit avant : elles sont le fruit des représentations ancrées, d’une méthode de cooptation qui profite aux hommes, d’une absence de réflexion sur cette question de façon globale… Tout ça prend du temps et l’administration n’est pas à l’image de ce qu’elle devrait être. Sur cette question, on n’a pas été bons. Mais je vois de vraies avancées, notamment chez certain(e)s collègues. On est en train d’impulser des choses. »

A titre de comparaison, le Conseil général du Bas-Rhin emploie une femme sur quatre directeurs généraux adjoints et 13 femmes sur 30 postes de directeurs. Possible, donc.

Les syndicats et l’élue déléguée aux droits des femmes ne se sont jamais rencontrés

Si, sur le papier, la démarche de Mine Günbay a donc de quoi ravir n’importe quelle féministe normalement constituée, la mise en pratique de ses prises de positions est moins claire. Voire inexistante, si l’on en croit les responsables syndicaux de la CUS, qu’elle n’a jamais demandé à rencontrer. Bertrand Blindauer, délégué CGT, note :

« La question de l’égalité hommes-femmes, on la porte tous les jours, très concrètement. Il y a deux mois par exemple on a demandé des vestiaires féminins dans le service de nettoiement. Parce qu’on veut bien filer le boulot d’hommes à des femmes, mais on ne prévoit pas les habits adéquats ou les vestiaires… L’état d’esprit n’a pas véritablement changé. Au niveau des élus, il y a des déclarations d’intention, mais le problème, c’est quand ce n’est pas suivi d’effets. L’administration « oublie » de prendre en considération ces engagements. Il y a une déperdition énorme entre le discours politique et le terrain… »

Comme sa collègue CFDT Mireille Bauer, Bertrand Blindauer regrette que Mine Günbay soit « carrément invisible, alors qu’on n’est pas opposé à une rencontre ». Mireille Bauer va plus loin :

« On a appris qu’il y avait une élue chargée de ces questions au dernier conseil de CUS, où il a été question du rapport de la chambre régionale des comptes [ndlr : Mine Günbay et Fabienne Keller, ex-maire de Strasbourg, se sont accrochées sur la question de la parité lors de ce dernier conseil de CUS]. On rencontre Robert Herrmann toutes les six semaines et la question de l’égalité hommes-femmes n’a jamais été à l’ordre du jour ! »

Alors que, affirme la responsable syndicale CFDT, « il y a un gros souci de ce côté-là à la CUS, notamment sur les inégalités de salaires à postes équivalents ». Elle note par ailleurs : « En 30 ans, j’ai rencontré une dizaine de cas de discrimination, c’était toujours à des postes de cadres A, en haut de la hiérarchie. Et ce, quelle que soit la couleur politique ».

Séminaire organisé par la CUS à destination des entreprises jeudi 7 mars

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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