Réunis pour Timelight, Océan Delbes, Claire Guetta et Coralie Lhote évoquent leur relation au disco
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Réunis pour Timelight, Océan Delbes, Claire Guetta et Coralie Lhote évoquent leur relation au disco

actualisé le 30/10/2018 à 22h23

L’exposition Timelight entre dans sa dernière semaine à Strasbourg et jusqu’à Saint-Louis. Trois jeunes artistes racontent leurs expériences et leur relation à l’univers du disco dans ce projet.

Une mélodie disco suggère une ambiance de fin de soirée à l’intérieur de la galerie Faubourg 12 à Strasbourg. Trois artistes du collectif éphémère Shàllplàttadànzbooda, créateurs de l’exposition Timelight, que Rue89 a déjà présentée, racontent leurs expérimentations plastiques autour des enjeux et des codes esthétiques et populaires du disco des années 1970.

Basé en Occitanie et étudiant à la Haute école des Arts du Rhin (HEAR) de Strasbourg, Océan Delbes est sculpteur. Originaire de Rennes, Claire Guetta développe un travail artistique entre photographie, vidéo et sculpture. La troisième artiste, Coralie Lhote, alsacienne et diplômée de la HEAR à Mulhouse, nourrit également une démarche polyvalente mêlant dessin, gravure et installation.

Vue de l’œuvre Tournée ensemble, d'Océan Delbes (photo association Le Tube)

Vue de l’œuvre Tournée ensemble, d’Océan Delbes (photo association Le Tube)

Liliana Amundaraín (LA) – Quand l’association Le Tube vous a proposé de monter le projet d’exposition Timelight, quels sont les aspects du disco qui vous ont attirés ?

Claire Guetta (CG) – Je réutilise les codes esthétiques populaires depuis longtemps, je suis attirée par le kitsch, le camp et le monde des Drag Queens, basé sur le faux, l’exubérance et le simulacre. Dans le disco, je suis intéressée par les nombreux questionnements esthétiques et, en même temps, par les questions de genre que l’on retrouve dans ce mouvement.

Océan Delbes (OD) – Les références à la culture populaire, les couleurs pop, les groupes, tout cela m’a donné envie de participer à Timelight. Et puis les conséquences des interactions sociales sont déjà parmi mes axes de recherche artistique. Mais ce qui m’a fait postuler pour cette événement c’est plus fondamentalement mon intérêt pour l’apparition du plastique en tant que nouvelle matière à cette période, ainsi que son façonnement spécifique.

« Derrière la musique disco il y a bien plus que du strass et des paillettes »

Coralie Lhote (CL) – La thématique du disco pour une manifestation d’art contemporain possède une force et un caractère osé qui m’ont captivée par rapport aux autres projets de résidence dans lesquels j’avais participé auparavant. Derrière la musique disco il y a bien plus que du strass et des paillettes. À côté de l’image très colorée que nous avons de cette époque, il y a une dimension révolutionnaire à travers l’affirmation des minorités. Cet aspect rejoint mes créations car, je propose un aperçu assez sage et doux au début mais, qui mènera le spectateur vers une réflexion plus approfondie.

Vue de l’œuvre More, de Coralie Lhote (photo association Le Tube)

Vue de l’œuvre More, de Coralie Lhote (photo association Le Tube)

LA – Vous avez des démarches artistiques individuelles très différentes. Comment avez-vous choisi les formes de vos propositions pour Timelight ?  

CG – D’abord, ma pratique est basée sur la photo de studio, la vidéo et la sculpture, j’essaie de tester plusieurs médias. Pour Timelight, je voulais revenir au studio, avec la série You make me feel. Mais j’ai eu aussi envie de sortir de ma zone de confort en proposant des performances, une forme artistique toute nouvelle pour moi. J’ai décidé d’écrire une série de performances également intitulée You make me feel, trois pièces interprétées à cette occasion par Noximä Marley. J’avais peur du résultat de ces actions en live qui se déroulent dans le cadre d’un vernissage, mais je suis très satisfaite de ce qui en est ressorti. 

OD – Les formes artistiques que j’aime bien travailler sont la sculpture, l’installation et les moteurs en mouvement. J’ai un véritable plaisir à chercher des matériaux. Cette exposition sur la musique disco m’a permis de continuer à m’exprimer avec les moyens que j’utilise d’habitude. L’installation Tournée collective en est la synthèse.

CL – Le dessin, la gravure et les installations font partie de ma pratique artistique, ainsi que le plâtre qui est une matière que je maîtrise. Le projet Timelight est le début de mon exploration des formes répétitives avec l’installation More. Dans cette pièce, j’ai travaillé la notion de propagation d’un élément singulier. La stratégie de la répétition est fondamentale dans mon approche de la gravure et More rejoint mon travail bidimensionnel.

Vue de la deuxième performance de la série You make me feel, de Claire Guetta (photo association Le Tube)

Vue de la deuxième performance de la série You make me feel, de Claire Guetta (photo association Le Tube)

LA – Vous avez créé le collectif Shàllplàttadànzbooda avec vos collègues Jonathan Naas, Marie Primard et Anna Tjé, comment avez-vous mené vos collaborations ?  

OD – Le format de Timelight, ateliers et expositions étalés sur six mois, nous a offert une liberté pour observer l’évolution de toutes les propositions car on se voyait une fois par mois pour partager nos idées. Le paradoxe de cette temporalité se trouve dans les moments de travail intense qu’on a eu pour créer la vidéo collective Schàllplàttadànzbooda. La pièce nous a permis d’identifier les intérêts communs entre les membres du groupe en facilitant les échanges postérieurs. C’est souvent un regret pour de nombreux artistes de se limiter à la création individuelle, cette modalité de travail à plusieurs est plus satisfaisante. L’école d’art facilite ce travail collectif, mais la vraie difficulté on la rencontre une fois qu’on entre dans la vie professionnelle.

CG – Nous ne nous connaissions pas avant Timelight. Nous avons eu l’idée de monter une pièce tous ensemble, c’est l’origine de la vidéo Schàllplàttadànzbooda. Par ailleurs, je me suis intéressée à la notion de communauté dans le disco pour rencontrer les autres artistes à travers les images de la série photo You make me feel, où j’ai créé une couverture d’album reprenant l’esthétique du disco et la démarche artistique de chacun d’entre nous.

Le rôle des commissaires du Tube, Margot Rieder et Violette Doire, était assez exceptionnel. Souvent, le commissaire est un acteur plutôt en retrait, alors qu’elles se sont investies dans nos projets. C’est un apport que l’on n’a pas quand on produit des pièces pour une exposition.

Vue de la performance The statement : Nyum’s light (a manifesto), de Anna Tjé photo association Le Tube)

Vue de la performance The statement : Nyum’s light (a manifesto), de Anna Tjé (photo association Le Tube / doc remis)

De nouvelles œuvres aux couleurs disco investissent la Fondation Fernet-Branca à Saint-Louis du 24 octobre au 4 novembre, pour le dernier temps de l’exposition Timelight. Les artistes Claire Guetta et Anna Tjé présenteront chacune une nouvelle performance le samedi 27 octobre à l’occasion du vernissage. La fin de cette démarche de l’association Le Tube sera partagé entre une projection-rencontre du film culte Saturday Night Live au Musée d’art moderne de Strasbourg le 30 octobre et la soirée de clôture Disco Never Dies au thème Drag Show au club La Clandestine de la Meinau le 31 octobre.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : Timelight : entre disco et art contemporain, Le Tube éblouit jusqu’aux oreilles

Y aller

Dernier volet de l’exposition Timelight, du 24 octobre au 4 novembre à la Fondation Fernet-Branca, 2 rue du Ballon à Saint-Louis. Vernissage le samedi 27 octobre à 17h, performance d’Anna Tjé à partir de 15h, DJ set disco du Krutlyn boogie crew de 18h à 22h.

Projection de Saturday Night Fever, suivie d’une rencontre avec Alexandre Augrand et Sébastien Lebray, mardi 30 octobre à 18h30 à l’auditorium des Musées de la Ville de Strasbourg, 1 place Hans Arp à Strasbourg. Entrée libre

Soirée de clôture Disco Never Diesavec Drag Show et DJ set en partenariat avec le collectif Mothership, mercredi 31 octobre 2018 à partir de 22h, à La Clandestine, 33 rue du maréchal Lefebvre à Strasbourg.

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L'AUTEUR
Liliana Amundaraín
Vénézuélienne. Architecte de l’Universidad Simón Bolívar à Caracas. Critique d’art contemporain en formation à l’Université de Strasbourg.

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