Fin du voyage au Polygone
Société 

Fin du voyage au Polygone

actualisé le 20/09/2017 à 09h33

Fin du voyage, un reportage de Sarah Nabli

VIDÉO. – Pour ne plus avoir à gérer un bidonville au Polygone, la Ville de Strasbourg a construit des maisons pour reloger les gens du voyage de la cité des Aviateurs. Mais entrer dans une maison, payer des factures, provoque de nombreux bouleversements au sein de cette communauté, certains craignent de perdre leur identité.

Dolorès, Albert, Carmen ou encore Michel sont manouches (originaires du nord-est) ou gitans (originaires d’Espagne). Gens du voyage sédentaires ou semi-sédentaires, ils vivent depuis les années 60 dans leurs caravanes sur un terrain vague près du Polygone, à dix minutes du centre-ville de Strasbourg. Sédentaires depuis ces années, certains ont construit des maisonnettes au confort précaire. Électricité douteuse, toilettes fréquemment bouchées… En 2000, le terrain a été déclaré insalubre la préfecture du Bas-Rhin.

Mais leur vie change. Grâce aux crédits d’État de la rénovation urbaine, une convention a été signée en 2005 et en 2007, le bailleur social Domial se voit confier l’aménagement du terrain. Depuis 2012, 50 maisons ont été construites pour intégrer définitivement les gens du voyage à la vie de la cité. Certains vivent déjà dans les premiers pavillons, d’autres sont en train d’emménager ou attendent d’être relogés. Cette vaste opération d’un coût total de 32 millions d’euros (dont 10 de l’État et 11,5 de la CUS) pour 150 maisons doit s’achever en 2017 et concerne 170 familles.

Les rats ou les factures, un choix qui n’a pas été posé

Les premières familles ont emménagé dans 50 pavillons flambant neufs en juin 2012. Une vie comme tous les Français pour lutter contre les discriminations et offrir une vie meilleure à ses enfants. Mais pour certains tsiganes, c’est un confort qui provoque une crise identitaire : les maisons représentent l’abandon de leur caravane, la fin de leur liberté, ils comparent les maisons à des prisons et angoissent de perdre leur culture tsigane.

Aux Aviateurs, la cité change de visage (Photo Sarah Nabli)

Aux Aviateurs, la cité change de visage (Photo Sarah Nabli)

D’autres en revanche sont pressés d’emménager dans les futurs pavillons heureux de quitter une vie avec les rats, les coupures d’électricité et les toilettes à l’extérieur. Mais ils savent qu’ils laissent derrière une certaine liberté, celle de n’avoir aucune facture à payer par exemple, et celle de se retrouver tous les soirs autour du feu. C’est la peur d’être désunis, de se retrouver seul enfermé entre quatre murs. La crainte de la fin du voyage.