À Gambsheim, un restaurateur sert un menu Affaires à la sauce Zemmour
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À Gambsheim, un restaurateur sert un menu Affaires à la sauce Zemmour

Des textes sur le grand remplacement, les « vrais responsables » d’attentats ou contre la PMA, suivent certains menus du restaurant « La Forge » à Gambsheim. Le gérant, qui joue la carte de la provocation, s’étonne de la réaction d’une cliente.

C’est un texte qui suit le menu « Affaires » d’un restaurant de Gambsheim, un village situé à quelques minutes au nord de Strasbourg. Après le tartare de thon rouge, le filet de dorade royale et le dessert, figure un extrait du livre à succès Le suicide français de l’écrivain-polémiste Éric Zemmour, paru en 2014. Ce mélange gastronomique et politique, et particulièrement la teneur du passage, a choqué une cliente du restaurant « La Forge » à Gambsheim venue dîner « en amoureux ».

Le passage indique notamment que « le Français de souche se fait remplacer et il est heureux », en mentionnant la Seine-Saint-Denis, puis de Lille, Roubaix, Marseille et des quartiers nord de Paris. « Par son immigration la France a particulièrement choisi des populations incapables de gagner leur pain quotidien », conclut le passage. Une phrase en italique à la fin sur « les colonies » semble être un ajout personnel.

Dans une publication sur Facebook, cette dame dit avoir demandé si elle était la bienvenue avec son compagnon (non-blanc de peau semble-t-il), et se serait fait répondre qu’il « n’y a pas de ségrégation » par une employée. Dans les commentaires, elle relate que »[s]on homme », est resté calme. « Sans doute a-t-il vécu des situations comme celles ci a multiples reprises », estime l’ex-cliente du restaurant spécialisé dans les poissons. Ils sont restés jusqu’au bout du repas.

« Pourquoi n’aurait-on pas la droit ? »

Contacté, le restaurateur Christian Zinck rigole et ne comprend l’objet de la demande :

« Pourquoi n’aurait on pas le droit de publier un texte avec le menu ? La loi Avia (une loi qui vise à lutter contre la haine sur internet mais aussi accusée de restreindre la liberté d’expression ndlr) est déjà en route ? »

Le menu servi le 17 juillet (capture d’écran)

Le gérant défend ce texte qui ne figure « pas sur tous les menus » et qui change « toutes les semaines ». Le but ? « Mettre en contradiction le monde intellectuel, qui va dire qu’il est contre, mais pourquoi, ça on ne sait jamais ».

Il se justifie : « J’ai reproduit quelque chose qui est déjà publié dans les journaux. Ça ne date pas d’hier. » Éric Zemmour a pourtant été condamné plusieurs fois pour incitation à la haine raciale, « mais pas pour cet article », objecte Christian Zinck. « Ce que j’en pense, ça ne regarde pas le client. Ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est reproduire un texte tout simple pour voir les réactions », assure le patron.

« Des dizaines de personnes sont venues et n’ont rien dit, et il y a eu hier soir une personne qui n’a pas approuvé. Maintenant, si elle arrive à ameuter toute la presse, cela prouve qu’il [Éric Zemmour] n’a pas complètement tort. »

Christian Zinck, au téléphone le 18 juillet

D’autres textes semblables republiés

Ce texte polémique n’est pas une expérience isolée de Christian Zinck. Sur le site de notation Tripadvisor, d’anciens clients ont publié des photos de cartes plus anciennes avec une littérature similaire mais cette fois non-signée, toujours sous des menus Affaires. L’un d’eux, en juin 2019, fustige le volte-face d’élus de droite passés chez « En Marche », qui s’apprêteraient à soutenir la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de lesbiennes ou ont changé d’avis sur le port du voile par des mères lors de sorties scolaires.

Un autre, en juillet 2016, désigne les « élites de tout bord » qui ont « culpabilisé les peuples européens et ignoré le totalitarisme islamiste, » comme responsables des attentats de Paris en Bruxelles en 2015 et 2016. Depuis combien de temps des textes similaires accompagnent les plats ? Le restaurateur aux commandes depuis 2006 préfère mettre fin à la conversation.

Les volte-face, en juin 2019 (capture d’écran Tripadvisor)
Texte publié par un internaute en juillet 2016, soit après les attentats de Paris de novembre 2015 et de Bruxelles en mars 2016 (capture d’écran)
L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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