Les animateurs, pions au milieu du casse-tête périscolaire, sont excédés
Société 

Les animateurs, pions au milieu du casse-tête périscolaire, sont excédés

Événement rare dans le milieu de l’animation, un préavis de grève a été déposé pour lundi 5 septembre. En pleine rentrée, ce mouvement fait tâche mais les animateurs déplorent d’être en charge de plus en plus d’enfants. Ils dénoncent une qualité insuffisante de l’accueil périscolaire. Tour d’horizon à Strasbourg.

À Strasbourg, les animateurs en charge de l’accueil périscolaire des enfants peuvent être employés par des centres de loisirs ou des associations, mais aussi directement par la municipalité. Les contrats sont presque toujours précaires, les emplois du temps à trous, les volumes horaires faibles et le salaire horaire dépasse à peine le SMIC.

En témoigne Nicolas, animateur dans des écoles élémentaires à Illkirch-Graffenstaden depuis 6 ans :

« Je ne ferais pas un autre job, mais ce qu’il manque le plus dans ce métier, c’est une reconnaissance. Ce travail demande de vraies qualités professionnelles mais les CDI à 35h avec un vrai salaire, ça n’existe pas. Du coup, les employeurs ne parviennent pas à embaucher du personnel qualifié, nombre de collègues ne restent pas longtemps. »

Un tiers des salariés de l’animation sont en CDD. Ils sont souvent vacataires, travaillent au mieux le matin (7h30/8h30), à midi (12h/14h) et en soirée (15h30/18h) pour atteindre 26 heures par semaine, ou moins. Résultat à la fin du mois : même pas un SMIC et avec des horaires pareils, impossible de cumuler un second emploi.

Des professionnels ignorés

Pour cette troisième rentrée depuis la réforme des rythmes scolaires devait venir l’heure du bilan. Mais à la surprise des professionnels de l’animation, il n’en est plus question, le décret relatif à l’encadrement des activités périscolaire a été voté cet été. Hop. Le décret expérimental d’août 2014 est devenu pérenne le 2 août 2016 sans même que les professionnels de l’animation ne soient consultés.

Marie Baggio Clarac, secrétaire nationale du syndicat Sep-UNSA, espère encore pouvoir faire entendre la voix des animateurs :

« Les syndicats sont en train de rédiger un recours auprès du Conseil d’État. Nous avons le sentiment que les animateurs sont la variable d’ajustement du dispositif et servent à remplir des cases horaires. On prend des décisions sans concertation, ni véritable intérêt pour le projet pédagogique. »

Affiche d'appel à la grève des professionnels du périscolaire

Les animateurs ne plaisantent pas, pour leur combat, ils invoquent Star Wars et les Minions… Avec ça normalement… 

Pour la première fois, la CFDT F3C, CFTC, EPA-FSU, SEP UNSA et UNSA Territoriaux (ouf) lancent aux animateurs un appel national à la grève le lundi 5 septembre.

Un décret publié discrètement

Le décret qui a ulcéré la profession prévoit le « desserrement des taux d’encadrement des accueils de loisirs périscolaires. » Autrement dit, chez les moins de 6 ans par exemple, un animateur aura en charge 14 enfants au lieu de 10 ! Chez les plus de 6 ans, un animateur pourra même encadrer jusqu’à 18 enfants. Pour faire bonne mesure, le texte prévoit d’inclure les intervenants ponctuels dans le calcul des taux d’encadrement : bénévoles, personnes sans diplôme ainsi qu’une réduction de la durée minimale journalière de fonctionnement d’un accueil à une heure (au lieu de deux).

L’objectif est évidemment de réduire les coûts de l’accueil périscolaire, qui fonctionne pourtant déjà avec des ressources réduites. Les professionnels, largement laissés en dehors de ces considérations, dénoncent une dégradation de la sécurité et de la qualité de leur travail.

Augmentation du nombre d’enfants inscrits en périscolaire

Depuis la réforme des rythmes scolaires, les enfants finissent une demi-heure plus tôt. Conséquence, les parents sont moins nombreux à venir chercher leurs enfants directement après la classe. Philippe Gueth, président de l’ASCEEB, l’association qui gère le périscolaire à l’école Branly, a vu le nombre d’enfants inscrits augmenter de 130 à 165 depuis la réforme :

« On a embauché plus de personnel, mais le problème c’est qu’on ne peut pas pousser les murs. Heureusement que tous les enfants inscrits ne viennent pas tous les soirs. »

À Strasbourg, 10 000 enfants du CP au CM2 participent aux ateliers éducatifs hebdomadaires, facultatifs, programmés les lundis, mardis, jeudis ou vendredis après la classe de 15h45 à 17h15. La Ville investit 1,6 million d’euros chaque année pour proposer 788 ateliers aux enfants des écoles élémentaires. Françoise Buffet, adjointe au maire se félicite de cette offre :

« Nous avons un bon taux de participation (ndlr : 68%) notamment grâce à la gratuité des activités. Nous ne sommes pas partis de rien, les enfants de certains quartiers difficiles bénéficiaient déjà d’activités périscolaires gratuites proposées par la ville avant la réforme. »

Les nouvelles activités pédagogiques, comme ici à Quimperlé, ne sont pas évidentes à gérer dès qu'il y a beaucoup d'enfants... (Photo Médiathèque de Quimperlé / FlickR / cc)

Les nouvelles activités pédagogiques, comme ici à Quimperlé, ne sont pas évidentes à gérer dès qu’il y a beaucoup d’enfants… (Photo Médiathèque de Quimperlé / FlickR / cc)

Strasbourg plutôt bonne élève

La Ville de Strasbourg a fait le choix de ne faire intervenir dans les écoles que des professionnels diplômés a minima du BAFA (brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) et ne recourt pas aux bénévoles, comme c’est parfois le cas dans les petites communes. Parmi les intervenants employés par Strasbourg se trouvent un certain nombre d’artistes qui animent 1 à 4 ateliers par semaine. Marie, illustratrice, anime deux ateliers par semaine :

« Le périscolaire, on n’en vit pas. Ça permet tout juste d’assurer un petit complément de revenu régulier. »

La mairie a également décidé d’appliquer des taux d’encadrement relativement importants lors de ces ateliers éducatifs avec un intervenant pour 15 enfants. Un ratio déjà bien suffisant pour certaines activités comme les ateliers gravure de Marie :

« Quinze enfants c’est déjà beaucoup. J’en avais 12 l’année dernière. En plus du projet culturel, il faut gérer un groupe et l’on peut se retrouver face à une ou plusieurs fortes têtes qui requièrent de l’attention. Le temps de la discipline peut rapidement prendre le pas sur celui de la pratique artistique. »

Un emploi du temps compliqué pour les enfants

La mise en place des nouveaux rythmes scolaires a créé un monstre administratif pour la gestion du périscolaire. Sans compter les parents, un enfant peut être pris en charge par cinq personnes différentes dans une journée s’il est déposé à l’école le matin à 7h45 et récupéré le soir à 18h15. Pour illustrer cet emploi du temps rocambolesque, prenons un exemple concret, à l’école Branly :

  • de 7h45 à 8h30 l’accueil périscolaire est assuré par la Ligue de l’enseignement
  • de 8h30 à 12h c’est l’Éducation nationale, et donc le professeur qui s’occupe de sa classe,
  • de 12h à 14h, le temps de restauration est organisé par la Ville, puis les enfants reviennent en classe à 14h,
  • ils retrouvent leur professeur jusqu’à 15h30.
  • Ensuite s’ouvrent à eux deux options. Ils peuvent se rendre dans l’un des ateliers éducatifs organisés par la Ville ou bien être pris directement en charge par l’ASCEEB (Association Sportive Culturelle Ecole Elémentaire Branly). S’ils se rendent aux ateliers éducatifs qui s’arrêtent à 17h15, ils peuvent ensuite rejoindre l’ASCEEB pour la dernière heure. Ouf.

Un nombre d’adultes référents conséquent pour des enfants âgés seulement de 6 à 11 ans. D’après les associations de parents d’élèves, cela provoque une fatigue accrue, Juliette Starasaelski, vice-présidente de la PEEP Alsace :

« Parmi les plus petits, certains enfants sont perdus. Ils ont trop d’interlocuteurs dans la même journée et la qualité des intervenants est parfois remise en cause car certaines structures ont du mal à recruter des personnes qualifiées. »

Françoise Buffet, adjointe au maire de Strasbourg, confirme que la Ville a dû réviser son offre de marché à la baisse, non pas pour des raisons budgétaires, mais bien parce qu’il était compliqué de trouver un nombre important d’intervenants de qualité :

« Au départ nous voulions proposer deux activités d’une heure par semaine. Ce marché est resté infructueux car nous n’avions pas assez de monde. Donc nous avons décidé de ne proposer plus qu’une activité d’une heure trente par semaine. Là nous avons eu suffisamment de personnes qui répondaient à nos critères d’exigence. »

En 2016, la ville a retenu 373 personnes pour ses ateliers éducatifs sur environs 900 réponses reçues suite à l’appel d’offres.

L'AUTEUR
Lizzie Lambert
Lizzie Lambert
Journaliste reporter d’images, pigiste à Rue89 Strasbourg. Intérêts : société, économie, nature, culture.

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