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En grève, les agents de la CUS posent la question de l’ampleur du service public
Société 

En grève, les agents de la CUS posent la question de l’ampleur du service public

par Pierre France.
Publié le 28 novembre 2014.
Imprimé le 15 août 2022 à 02:42
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Lors de la dernière mobilisation, 75% des agents du périscolaire étaient en grève. (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Lors de la dernière mobilisation, 75% des agents du périscolaire étaient en grève. (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Piscines, musées, médiathèques et services administratifs risquent de rester fermés ce vendredi 28 novembre. Après quelques débuts balbutiants, les syndicats de la CUS appellent à la grève tous les agents de manière quasi-unanime pour protester, globalement, contre la baisse prévue des dépenses de personnel de la collectivité et la suppression de centaines de postes. La circulation des trams et bus de la CTS sera aussi perturbée par un mouvement de grève.

Ce vendredi, pas d’accueil périscolaire pour les petits, les parcs et jardins seront moins bien nettoyés, et mieux vaut éviter les médiathèques, les piscines ou les musées. De toutes façons, les tramways et les bus pour s’y rendre seront bondés puisque leur fréquence sera réduite. Ces désagréments sont la conséquence de deux grèves distinctes mais concomitantes des agents de la communuauté urbaine de Strasbourg (CUS) et de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS).

Les syndicats (CGT-CFDT-FO-FAFPT-SUD-CFTC) de la CUS appellent les agents à débrayer pour « la défense du service public ». Le mot d’ordre a volontairement été gardé très général car les élections professionnelles à la CUS ont lieu jeudi 4 décembre. Dans ces conditions, maintenir une mobilisation intersyndicale relève de l’exploit mais les syndicats capitalisent sur près de deux années de mécontentement. Les agents sont échaudés depuis que la Chambre régionale des comptes (CRC) a pointé des failles dans les dépenses de personnel en février 2013 !

Les agents ont bien compris que ces conclusions de la CRC allaient être utilisées par l’exécutif municipal dans une politique de réforme du personnel. Mais les syndicats ne s’attendaient pas à ce que la baisse des recettes de la CUS ne conduise la collectivité à tailler dans les dépenses de personnel pour dégager 67 millions d’économies. L’exécutif communautaire et municipal a confirmé qu’il était question d’externaliser une partie des missions confiées habituellement aux agents, parmi lesquelles l’entretien des piscines et des écoles. Ces dossiers et ces déclarations conjugués ont rendu les agents de la CUS très inquiets, ce qui pourrait avoir comme conséquence une importante participation à la grève de ce vendredi.

Le service éducation en pointe, une nouveauté

La mobilisation a débuté par le service éducation, en charge notamment de l’accueil périscolaire (garderie avant et après l’école, les cantines…) avec une première action en septembre puis des journées d’action chaque mois jusqu’à aujourd’hui. Une nouveauté car les agents de ce service ne sont pas connus pour former les premières troupes des cortèges lors des grèves précédentes.

Mais pour Dalida Ghiatou, déléguée CFDT et agent en école maternelle (Atsem), la situation justifie une mobilisation exceptionnelle :

« Normalement, un agent doit s’occuper d’une classe. Mais depuis la rentrée, les absences ne sont plus remplacées, ce qui m’a conduit à devoir m’occuper de deux classes en même temps voire de quatre ! Je m’en suis ouverte dans les DNA, ce qui a provoqué l’envoi de renforts mais la situation est identique dans d’autres écoles. Et la réforme des rythmes scolaires nous a rajouté des heures de travail le mercredi. Mais ces heures ont été prises sur les autres jours alors que la charge de travail de ces journées est restée la même ! Résultat, on est exténués. Je suis malade depuis la rentrée, mais si je reste à la maison pour me soigner, je sais que ce sera pour mes collègues. »

Roger (les prénoms des agents ont été changés) est un balayeur du service propreté de la CUS. Lui aussi sera en grève vendredi, pour protester contre un « stress intenable » :

« Depuis qu’on n’est plus remplacés, on est en permanence au taquet. Et là où nous étions 10 pour combler un secteur, on est plus que 8 par exemple, pour le même secteur… Ça en devient tellement stressant que ce n’est plus un travail. Et puis on voit que la qualité du service rendu baisse. Alors je fais grève parce qu’à mon sens, la propreté des rues, c’est important et ça doit dépendre du service public. »

« Les gens en galère, on les renvoie ailleurs »

L’ambiance est morose également dans les services sociaux de la Ville. Plusieurs centre médico-sociaux (CMS) pourraient rester fermés ce vendredi. Régine, chargée d’accueil dans un CMS, témoigne :

« Les agents n’ont plus le temps de remplir leurs missions. Alors on reçoit des personnes en galère, déjà dans des situations pas simples et on les renvoie ailleurs parce qu’on ne peut pas traiter leurs demandes. Ainsi on avait un écrivain public, pour rédiger des courriers formels. Le poste a été supprimé et on ne peut plus aider les gens pour leurs correspondances… Avant, on aidait les usagers à remplir les dossiers pour la CAF, aujourd’hui on les renvoie… vers la CAF. »

Agent d’accueil dans une mairie de quartier, Sophie répond régulièrement aux appels des syndicats. Mais cette fois-ci, « encore plus » :

« En 18 ans à la CUS, je n’ai jamais vu de telles attaques contre les fonctionnaires et le service public. Donc je ferai grève vendredi parce qu’on ne peut pas supprimer plus de postes. On est déjà plus que deux pour accueillir les usagers dans les mairies de quartier alors qu’on devrait être trois. Il faut réagir maintenant, avant que toutes ces suppressions annoncées soient entérinées. »

Le personnel précaire en première ligne

La mobilisation de vendredi viendra probablement des fonctionnaires ou des contractuels embauchés en CDI. Mais les personnes en première ligne dans la restructuration des services, ce sont les agents en CDD et les vacataires. Eux ne manifesteront pas, ne feront pas grève vendredi même si leurs missions sont supprimées dans les musées, les piscines, dans les écoles ou si leurs contrats ont subitement été requalifiés ou non-reconduits.

Près d’un millier de postes devraient disparaître à la CUS sur l’ensemble du mandat. Pour Alain Fontanel, premier adjoint au maire (PS) de Strasbourg et en charge du personnel pour la municipalité, cette période est un encouragement à réformer :

« On a fixé des objectifs avec les syndicats, nous resterons fermes même si les modalités de mises en œuvres peuvent être discutées. Nous avançons dans le cadre d’un dialogue social permanent. En 20 ans, les effectifs de la CUS ont augmenté de 2 500 personnes et la masse salariale a été multipliée par deux ! Est-ce que le service au citoyen en a été amélioré d’autant ? Il faut moderniser l’appareil, on supprimera des postes mais on en ajoutera là où il y en a besoin. À l’éducation par exemple, on a créé 10 postes supplémentaires depuis la rentrée, après en avoir ajouté 70 pendant le mandat précédent. »

Les agents en grève prévoient de s’inviter au conseil communautaire prévu aujourd’hui, vers 11h.

À la CTS, la grève s’installe

Parallèlement, les agents de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) se mobilisent aussi contre l’externalisation d’une partie de leurs métiers. Une intersyndicale (CGT-CFDT-FO-UNSA) a appelé à la grève ce vendredi contre le projet de la direction de la CTS de confier les opérations de contrôle à CityVeille. Selon les prévisions de trafic publiées par la CTS, le mouvement devrait être bien suivi. Il a été reconduit pour la journée de samedi.

Article actualisé le 28/11/2014 à 11h14
L'AUTEUR
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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