Immeubles, prison et trafic : l’histoire de la Cité blanche, nom de la mixtape de Larry
Société 

Immeubles, prison et trafic : l’histoire de la Cité blanche, nom de la mixtape de Larry

La première mixtape du rappeur elsauvien Larry sort vendredi. Le titre, « Cité Blanche », fait référence au trafic de cocaïne dans le quartier de l’Elsau. Il rappelle aussi l’existence passée de trois immeubles à l’emplacement de la maison d’arrêt de Strasbourg. Rencontre avec Rosa, née dans la fameuse Cité blanche dans les années 70.

Jeudi 30 janvier, quartier de l’Elsau. Trois jeunes traînent au coin de la rue Watteau. Demain, la figure locale du rap sort sa mixtape « Cité Blanche ». « Ça fait longtemps qu’on parle de Cité blanche, ou de cité blanca, mais maintenant Larry a percé… », lâche l’un d’eux. Pour les jeunes dealers, le nouveau surnom du quartier contient une référence claire : « C’est à cause du trafic de coke ici », explique un autre. Et le rappeur ne s’en cache pas dans ses sons :

« C’est la Seleção, la cité blanca,
Tu vas saigner du nez si de la frappe, t’abuses. »

Larry – Question – Réponse

Armes blanches et petite ferme

La Cité blanche a pourtant existé bien avant Larry et l’apparition du trafic dans le quartier. Dans les années 1970, trois immeubles portaient ce nom. Habitante de l’Elsau, Rosa, 45 ans, y a vécu les six premières années de sa vie. La femme au foyer regrette la « très belle » cité blanche, ses immeubles de quatre étages et sa petite ferme gérée par « oncle Raymond » avec ses « poules, sa biquette et plein d’autres animaux. » Elle raconte avec nostalgie cette époque « conviviale, où l’on s’aidait les uns les autres, on mangeait des barbecues ensemble dehors… Ça manque maintenant. »

Pourquoi l’ensemble d’immeubles s’appelait-il Cité blanche ? Pour Rosa, le nom s’explique par la couleur des blocs de l’époque. Puis l’Elsauvienne invoque la présence de nombreux yéniches parmi les habitants des blocs :

« Il y avait pas mal d’armes blanches qui circulaient à l’époque, décrit la femme de 45 ans, certains habitants faisaient du porte à porte et proposaient d’aiguiser les couteaux des gens. »

La Cité blanche remplacée par une maison d’arrêt

En 1980, tout le monde doit quitter la Cité blanche. « Mes parents étaient énervés d’apprendre la destruction des immeubles par courrier, se souvient Rosa, on perdait notre maison, notre lieu à nous, notre heim (chez soi, en alsacien, ndlr). » Les habitants des trois immeubles ont-ils résisté à l’expulsion ? « Ma grand-mère a refusé de quitter son appartement, d’autres ont aussi essayé mais bon, la loi c’est la loi… »

Au début des années 80, la maison d’arrêt de l’Elsau a remplacé les trois immeubles de la Cité blanche. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

La maison d’arrêt de Strasbourg a remplacé la Cité blanche dans les années 1980. Les habitants du quartier ont toujours souffert de cette assimilation de l’Elsau à la prison. Le succès de Larry et le nom de sa mixtape détourne le regard de l’établissement carcéral… pour y regretter un autre problème elsauvien, le trafic et la toxicomanie :

« J’en connais des vrais gangs qui prennent d’la C
Ils me portaient petit quand j’les vois j’ai l’seum »

Larry – Abattue (Hors-Série #2)

Aller plus loin

Écouter la mixtape « Cité blanche »

Couverture de la mixtape « Cité Blanche » (Photo Fifou)

Y aller

Concert sauvage de Larry, devant le CSC Elsau, samedi 1er février à 20h

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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