Incompréhensions après des expulsions à l’Hôtel de la rue
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Incompréhensions après des expulsions à l’Hôtel de la rue

actualisé le 25/01/2020 à 15h26

Après plus de six mois d’existence, des expulsions de résidents de l’Hôtel de la rue ont provoqué l’incompréhension parmi les premiers bénévoles du squat. Le président de La Roue Tourne parle de mesures « nécessaires. »

Que s’est-il passé dans la nuit du jeudi 23 au vendredi 24 janvier à l’Hôtel de la rue, ce squat situé au parc Gruber à Koenigshoffen ? Une vidéo publiée sur Facebook dénonce une « expulsion » d’un des résidents de ce squat d’une propriété de la Ville de Strasbourg, ouvert durant l’été 2019.

Vidéo de l’expulsion du 23 janvier, publiée sur Facebook par un membre de l’association gérant le Wagon Souk voisin (doc remis)

Président de l’association « La Roue Tourne », qui s’est constituée pour gérer le squat où vivent plus de 250 personnes, Edson Laffaiteur reconnaît l’incident :

« Nous avons été contraints d’appeler la police pour nous séparer de cette personne parce qu’elle s’est montrée menaçante à l’encontre des bénévoles de l’Hôtel. »

Lassitude des premiers bénévoles

Depuis plusieurs semaines, Edson Laffaiteur est accusé par d’anciens bénévoles ou d’anciens proches de La Roue Tourne d’expulser régulièrement des résidents du squat, créé à l’inverse pour sortir de la rue des personnes sans abri. La personnalité d’Edson Laffaiteur, souvent décrit comme une personne autoritaire, a découragé plusieurs bénévoles de la première heure.

Sur Facebook, Hélène Humbert, illustratrice et bénévole aux débuts de La Roue Tourne, a rédigé ainsi sa stupeur et son incompréhension face à ces expulsions :

« Les habitants de l’Hôtel sont manipulés, certains sont terrorisés, d’autres se font virer, en pleine nuit, en plein hiver, ils sont listés et une couleur leur est attribuée en fonction de leur rapport avec les membres de La Toue Tourne, bref, ils ne sont plus maîtres de leur quotidien. »

Extrait du post d’Hélène Humbert sur Facebook

Entre 5 et 10 expulsions

Aujourd’hui engagée au sein du Wagon Souk, un local artistique et festif situé en contrebas du parc Gruber, à 200 mètres du squat, Hélène Humbert dénonce :

« Les résidents doivent émarger tous les jours et s’ils ne le font pas, ils sont expulsés. Depuis quelques semaines, la police est régulièrement appelée par les membres de La Roue Tourne, contre les habitants ! C’est pourtant pour eux que nombre de Strasbourgeois se sont engagés à l’été, pour les familles et les enfants laissés à la rue. Aujourd’hui, s’ils ont le malheur de déplaire à Edson, ils sont remis dehors. C’est intolérable. »

Selon son comptage, au moins onze personnes ont été expulsées de l’Hôtel de la rue ces dernières semaines, dont une famille russo-géorgienne avec un enfant en bas âge. De son côté, Edson Laffaiteur reconnaît « environ 5 expulsions » :

« Il n’y a pas d’arbitraire. Les personnes expulsées le sont après trois avertissements. On a tout l’historique. C’est dommage mais nous devons penser à la sécurité des 250 personnes qui vivent ici. Parmi les personnes expulsées par exemple, il y avait quelqu’un qui s’était enfermé dans les toilettes avec une jeune fille, qu’on a dû secourir en démolissant la porte… »

Un vigile payé par la Ville

Un règlement intérieur a été mis en place, interdisant par exemple de fumer à l’intérieur des locaux, ce qui n’est pas toujours compris par les résidents pointe Edson Laffaiteur.

De son côté, la Ville de Strasbourg a accepté de mettre à disposition de l’Hôtel de la rue un vigile, tous les jours de 18h à 6h du matin. Un travailleur social a également été missionné pour intervenir auprès des résidents pendant quatre mois. Ces éléments font dire à Edson Laffaiteur qu’un « accord » a été signé avec la Ville de Strasbourg, ce que cette dernière réfute.

Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire (EELV) de Strasbourg en charge des Solidarité, précise :

« Nous n’avalisons pas cette occupation mais nous constatons qu’elle existe et nous faisons en sorte que les résidents soient en sécurité et trouvent des solutions. Il y a d’autres squats dans l’agglomération sur lesquels nous n’avons en revanche aucune prise… »

Une procédure d’expulsion est toujours en cours devant le tribunal d’instance de Strasbourg, à l’initiative de la Ville. L’audience a été plusieurs fois reportée, un rendez-vous devant le tribunal d’instance est programmé le 25 février.

En outre, environ 250 à 280 personnes seraient hébergées au squat Bugatti à Eckbolsheim. En tout, plus de 500 personnes seraient abritées dans 3 à 4 squats ouverts dans l’agglomération. La Roue Tourne en revendique un second, dont l’adresse n’est pas divulguée.

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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