Grand soleil sur le patio du centre commercial de l’Esplanade, jeudi 5 février en début d’après-midi. Le décor n’a rien d’un hasard. Jean-Philippe Vetter, candidat aux élections municipales de Strasbourg, a choisi ce lieu en face de l’ancienne mairie de quartier pour parler de proximité. Autour de lui, ses proches soutiens forment un petit cercle : parmi lesquels Jean-Philippe Maurer (LR), Nicolas Matt, élu centriste à la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) et élu d’opposition à la Ville, ou encore Laurine Roux, du Parti radical.
Depuis plusieurs semaines, le candidat Les Républicains semble engagé dans une course à l’occupation du terrain avec Jeanne Barseghian, la maire écologiste sortante. À celui qui multipliera les annonces et les conférences de presse. Plusieurs propositions ont déjà été entendues lors de précédents rendez-vous, meetings ou d’appels, mais l’exercice permet de marteler une ligne : remettre Strasbourg « à hauteur d’habitants ».
Le constat est posé par Nicolas Matt, qui a rejoint le candidat Jean-Philippe Vetter en septembre 2025. Il rappelle que Jeanne Barseghian a été élue « sur un contrat moral, celui de la démocratie locale réenchantée ». Avant d’enchaîner, sans détour : « Le quartier de l’Esplanade résume la faillite de la démocratie locale. »
Selon lui, les outils participatifs existent – assemblées de quartier, ateliers, comités – mais sont mal utilisés. Il cite un exemple devenu récurrent dans les rangs de l’opposition : le droit de préemption voté par la municipalité et l’Eurométropole sur une partie de l’Esplanade. Le dispositif permet à la collectivité de se substituer à un acheteur privé lors de la vente d’un bien immobilier ou d’un local commercial, afin d’en maîtriser la destination. « Pour l’avenue du Général de Gaulle, il n’y a eu ni ateliers, ni assemblées, ni comités associés à cette décision », affirme-t-il. Même reproche pour le projet de skatepark de la Citadelle, régulièrement évoqué. « Les habitants se sentent méprisés », poursuit-il. Et selon lui, les élus aussi, citant la démission de Patrice Schoepff, élu référent de quartier à l’Esplanade.
Retour des conseils de quartier
Face à ce diagnostic, Jean-Philippe Vetter déroule sa méthode. « Être un maire de terrain et de proximité », résume-t-il. Une formule utilisée ad nauseam par la majorité des candidates et candidats. Mais il l’assure, avec lui, c’est différent. Car il a commencé avant les autres. En 2025, il avait lancé des printemps strasbourgeois pour discuter avec les habitantes et habitants. Voilà pour la preuve. Dès février, il relance dix dates. Pour lui, les attentes sont claires : « Les gens veulent parler d’hyper-proximité. De leurs problématiques du coin de la rue. » Il décrit une mairie actuelle trop centralisée, et plaide pour un retour des conseils de quartier dotés de véritables moyens. Des élus de terrain avec un budget dédié, capables de répondre immédiatement aux demandes, sans passer systématiquement par l’Hôtel de Ville. Quel budget dédié ? Pour le moment, il ne sait pas. « Si quelqu’un sait vous répondre, ce sera au doigt mouillé », se défend-il.
« Il faut faire confiance à l’adjoint de quartier. Je ne veux plus qu’il soit juste un relais vers le maire, mais qu’il ait une part de liberté et de décision », insiste-t-il. Un élu capable aussi de dialoguer avec les bailleurs, ajoute Jean-Philippe Maurer. À l’Esplanade, « le quartier commence à sombrer », tranche Nicolas Matt, estimant qu’il manque aujourd’hui une présence politique identifiable.
Un poste d’adjoint pour l’opposition
Moins de centralisation, c’est aussi, selon Jean-Philippe Vetter, un maire moins isolé. Il annonce alors ce qu’il présente comme une proposition « inédite » : recevoir chaque mois une centaine de citoyennes et citoyens tirés au sort pour échanger pendant deux heures, voire deux heures trente. « Un dialogue sans filtre », promet-il.
Lui qui dit s’être souvent senti peu entendu dans son rôle d’élu d’opposition veut aussi changer les règles du jeu institutionnel. S’il est élu, il promet de confier un poste d’adjoint au maire à un membre de l’opposition au nom de la confiance démocratique. Une façon, dit-il, de montrer que le pouvoir municipal ne doit pas être verrouillé.
Le candidat dessine également une ville accessible en un quart d’heure, où commerces, travail et culture restent à portée de pas. Là encore, ce sont les élus de quartier qui devront faire remonter les besoins du terrain. D’autres idées émaillent son discours, comme la création d’une académie de la citoyenneté pour permettre aux habitants de mieux comprendre le rôle des différentes institutions et « savoir qui fait quoi ». En recevant les citoyens, il espère aussi mieux faire circuler les problématiques entre les échelons. Il glisse enfin une mesure très concrète : un tarif unique de stationnement résident à 15 euros.
Sous le soleil de l’Esplanade, loin des déchets de la Meinau du 23 janvier, Jean-Philippe Vetter soigne donc encore son message. Faire de la proximité une méthode. Et du « coin de la rue », l’échelle politique à laquelle les Strasbourgeois pourraient, selon lui, reprendre la main sur leur ville.





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