La gauche mobilisée pour obtenir un deuxième député à Strasbourg
Politique 

La gauche mobilisée pour obtenir un deuxième député à Strasbourg

actualisé le 09/05/2012 à 09h34

La route du Polygone, artère centrale de Neudorf (Photo PF)

La deuxième circonscription du Bas-Rhin, Strasbourg-sud, est un fief de la droite depuis 1958. Mais les socialistes se prennent à espérer « un changement » en juin, car les suffrages exprimés par les cinq cantons confondus penchent vers la gauche. Les comptes sont bons pour le candidat socialiste, Philippe Bies. Quant au député sortant, l’UMP Jean-Philippe Maurer, il mise sur son travail de terrain et sur l’attachement des habitants à son style.

Mathématiquement, la deuxième circonscription est déjà passée à gauche. Dimanche, il y a eu entre Neudorf et Illkirch-Graffenstaden 26 660 voix pour Hollande contre 25 051 pour Sarkozy, soit un écart de 1609 voix en faveur de la gauche. Dans cette circonscription tenue par la droite depuis 1958, mis à part une interruption en 1981, ces 1600 voix et quelques pourraient bien provoquer un mini-séisme électoral le 17 juin 2012.

C’est que la 2e circonscription du Bas-Rhin n’est pas n’importe quelle circonscription : elle a lancé les carrières d’André Bord (ancien président du Conseil régional et ministre sous Giscard d’Estaing) et de Marcel Rudloff (ancien maire de Strasbourg et président du Conseil régional). Leur successeur, Marc Reymann, est resté député de 1986 à 2007, cinq mandats continus que même des poids lourds socialistes tels que Catherine Trautmann et Roland Ries n’ont pas réussi à interrompre. En 2007, l’ancien suppléant de Marc Reymann, Jean-Philippe Maurer s’installe dans ce siège de député mais il ne l’obtient qu’avec 681 voix d’avance contre Philippe Bies, adjoint au maire et de nouveau candidat à la députation.

Alors aujourd’hui que les électeurs de gauche sont 1609 de plus que ceux de droite au dernier suffrage, Philippe Bies espère bien mettre à profit la dynamique de la victoire de François Hollande pour creuser l’écart et l’emporter. Mais est-ce si simple ?

Jean-Philippe Maurer n’est pas inquiet. Dans son bureau de la route du Polygone couvert de coupures de presse, le député rappelle que chaque élection est différente :

« Cette élection présidentielle s’est transformée en un référendum pro ou anti-Sarkozy. Il y a eu un effet défouloir dans une large partie des votes pour Hollande. L’élection législative, c’est un scrutin local, où intervient la personnalité du candidat, ses relations personnelles, son ancrage… Les gens font la part des choses entre Nicolas Sarkozy et ma personne. Je fête le nouvel an 4 ou 5 fois par an: avec les catholiques, les juifs, les bouddhistes, les musulmans, même avec les tamouls ! »

Pascale-Jurdant Pfeiffer jette l’éponge

Ses adversaires comme ses proches reconnaissent que Jean-Philippe Maurer a un talent particulier pour être de toutes les fêtes de quartier, de tous les rassemblements de communautés. Il a d’ailleurs porté le dialogue inter-religieux tout au long de son mandat, un sérieux atout dans cette circonscription qui compte les cantons de la Meinau et du Neuhof. Autre avantage pour Maurer, il n’aura pas à gérer d’encombrant candidat du centre cette fois. En 2007, Pascale Jurdant-Pfeiffer avait obtenu 13,68% des voix mais en 2012, l’élue centriste ne sera pas candidate :

« Je ne me présenterai pas à l’élection législative de la deuxième circonscription cette fois. D’une part, parce que le score du MoDem n’a pas été très bon dimanche 22 avril, et d’autre part, pour ne pas gêner Jean-Philippe Maurer qui va mener une campagne difficile. Je me rappelle qu’il m’a bien aidée en 2011 aux Cantonales, qu’il est issu de l’UDF et que c’est un centriste. J’appelle donc à voter pour lui. »

Jean-Philippe Maurer peut aussi se féliciter du redécoupage des circonscriptions opéré en 2010 par Alain Marleix. La deuxième circonscription du Bas-Rhin a intégré la ville d’Illkirch-Graffenstaden dont la particularité est d’avoir un maire de gauche, Jacques Bigot, président de la CUS, et de voter à droite aux élections nationales. Et ça n’a pas raté, à Illkirch dimanche, le différentiel de voix en faveur de Nicolas Sarkozy a été de 2423 voix (3941 en 2007). La gauche y progresse, mais lentement. Sans l’ajout d’Illkirch, le différentiel en faveur de la gauche aurait été de 4032 voix ! Jean-Philippe Maurer peut dire merci à Alain Marleix ; s’il sauve son siège, le redécoupage y sera certainement pour quelque chose.

La surprise est plutôt venue de la Meinau. Le canton votait habituellement à droite aux élections locales, le voilà dimanche avec 807 voix en faveur de Hollande. Pour Philippe Bies, c’est la mobilisation de la campagne qui a payé :

« On avait senti des frémissements à la Meinau, aux cantonales, Mathieu Cahn y avait réalisé un bon score (46,08% mais toujours 300 voix derrière Maurer, ndlr). Nous avons concentré notre campagne sur les quartiers populaires et ils sont allés voter massivement. C’est bien la preuve qu’il fallait le faire et qu’on a eu raison de dépenser autant d’énergie. La clé du scrutin de juin, c’est la mobilisation. En 2007, il y avait eu beaucoup d’abstention à l’issue de la défaite de Ségolène Royal mais cette fois, on espère bien profiter de la victoire de François Hollande pour mobiliser. « 

Eric Schultz, adjoint au maire de Strasbourg et candidat d’Europe-Ecologie, est moins enthousiaste :

« Ça va être très difficile quand même. Car une bonne part du score de François Hollande provient des électeurs de François Bayrou. Or ces électeurs ne votent pas à gauche aux élections locales, ils préfèrent le centre-droit. J’ai regardé les derniers chiffres des votes et cette circonscription est toujours à droite. Les clés du scrutin seront au centre, et à Illkirch, Jacques Bigot doit inverser la tendance. »

Il reste cinq semaines aux candidats pour faire la différence. Philippe Bies et Jean-Philippe Maurer ont tous les deux opté pour une campagne « de proximité ». Marchés animés garantis le mardi matin à Neudorf.

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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