L’ancienne clinique Sainte-Odile devient un espace d’hébergement d’urgence provisoire
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L’ancienne clinique Sainte-Odile devient un espace d’hébergement d’urgence provisoire

Le temps des travaux de transformation de l’ancienne clinique Sainte-Odile au Neudorf, un centre d’hébergement d’urgence provisoire ouvre ses portes. Environ 80 personnes, en situation de précarité ou bénéficiant du statut de réfugié, y habitent pour une durée d’un à deux ans.

La résidence s’appelle l’Odylus. Cette portion de l’ancienne clinique Sainte-Odile à Strasbourg abrite depuis le 1er avril, 60 personnes ayant obtenu l’asile en France ou en situation de précarité. Quand le centre sera complet, ils seront 80, répartis dans 40 chambres, pour 18 à 24 mois.

Vardanyan, réfugiée arménienne, vit en colocation dans une des chambres de 25 m² environ avec une amie tchétchène. Elle, qui séjournait dans un centre d’hébergement du 115 (le numéro d’urgence sociale), est ravie de son nouveau chez-soi.

Vardanyan, dans sa chambre partagée. (Photo EB / Rue89 Strasbourg / cc)

Ruslan et Satsita résident dans l’appartement voisin avec leurs deux plus jeunes fils, Tamirlan et Adlan. Leurs deux aînés vivent à l’étage en dessous. La famille a quitté la Russie il y a trois ans. Si l’espace est petit pour quatre personnes, les enfants s’y plaisent. « Il y a des jeux, des livres, un babyfoot dans les parties communes, on peut s’amuser. Là où on était avant, c’était pas comme ça », se réjouit Tamirlan, 8 ans.

Satsita, Tamirlan, Adlan et Ruslan dans leur appartement. (Photo EB / Rue89 Strasbourg / cc)

Des logements « intercalaires »

L’initiative vient d’Eddy Vingataramin, promoteur immobilier Strasbourgeois. Le bâtiment, racheté par sa société 4V Holding, est destiné à une importante rénovation pour y créer 30 logements « très haut de gamme ». Mais le 16 décembre 2017, il entend l’appel du maire de Strasbourg, Roland Ries (PS), qui enjoint les bailleurs sociaux à affecter « les logements vacants pour les personnes qui pourraient y prétendre mais qui aujourd’hui restent dans les Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). »

La galère, l’entrepreneur l’a connue pendant ses années étudiantes :

« Je me suis alors documenté sur le sujet et j’ai constaté l’ampleur de ce drame humain. J’ai réalisé que s’il est particulièrement compliqué d’être reconnu comme chef d’entreprise quand on vient des cités et qu’on s’appelle Vingataramin, il est encore plus difficile pour certains de trouver une place pour dormir la nuit dans notre société ».

Eddy Vingatamarin, à l’initiative du projet Odylus. (Photo EB / Rue89 Strasbourg / cc)

En janvier 2018, le projet inédit d’hébergement « intercalaire » Odylus est lancé. 18 mois plus tard, le promoteur assure que ce projet a été le plus dur de sa vie :

« Il a fallu résilier les contrats avec les futurs propriétaires car l’opération immobilière était déjà bien lancée et quasiment tous les logements étaient réservés. Et après ça, il fallait affronter les compagnies d’assurance, trouver des entreprises pour réaliser des travaux dans l’urgence, convaincre l’ensemble des acteurs que le projet était réalisable… À de nombreuses reprises on était proche de laisser tomber. »

En tout, la société 4V Holding a déboursé plus 500 000 euros pour les assurances la rénovation en urgence du bâtiment. Les résidants pourront rester jusqu’en septembre 2020, avant que la transformation en logements d’habitation classique ne commence.

Une résidence artistique

La gestion quotidienne du lieu est désormais confiée au collectif Horizome et à l’Étage, des associations financées par la Ville de Strasbourg (50 000 euros), l’Eurométropole (150 000 euros) et l’État (200 000 euros).

Des espaces communs à l’ameublement, mais aussi l’accompagnement administratif, l’apprentissage du français, l’intégration dans la vie du quartier : les associations sont en charge du « vivre-ensemble ».

Le salon commun à tous les habitants. (Photos EB / Rue89 Strasbourg / cc)
Des livres et des jeux sont à disposition.
Chaque étage dispose d’une cuisine partagée.

Pauline Desgrandchamp et Grégoire Zabé sont les co-référents du collectif Horizome. Ils travaillent à l’Odylus depuis mai 2018. Pauline Desgrandchamp raconte :

« La mission première de l’association, était de proposer une activation du lieu par les arts. On a proposé un système de résidence artistique, qui change tous les 3 mois. Des artistes invités vivront sur place et proposeront des projets. Les trois premiers mois, c’est nous qui intervenons en tant que collectif artistique. On rencontre les habitants, on apprend à se connaître, et à partir de là on construit ensemble. Le but est de trouver des envies collectives qui émanent de plein d’individualités différentes. » 

Une solution qui reste provisoire 

Une interrogation demeure : que deviendront les personnes logées à l’Odylus, une fois le délai écoulé ? Pour Eddy Vingataramin, « c’est le problème de l’hébergement d’urgence. Ce n’est que provisoire, même si on essaye de leur faire ressentir le moins possible. On ne peut pas avoir de vision à long terme, on avance masqué ». 

Les associations devront quitter les locaux le 30 septembre 2020 au plus tard. Pour les hébergés, leur sort dépend de la Ville de Strasbourg et de la préfecture.

Mais le promoteur espère que d’ici là, ce type d’initiative se reproduise :

« Notre modèle repose sur l’idée que beaucoup de bâtiments appartenant à l’Etat sont vides aujourd’hui, en attente de faire l’objet d’un appel à projets. Pour chacun de ces bâtiments, il s’écoulera au moins 3 ans entre aujourd’hui et le démarrage des travaux de rénovation. Nous pensons qu’il faut créer un choc de l’hébergement d’urgence en attribuant immédiatement les bâtiments s’y prêtant le mieux aux personnes qui en ont besoin. »

De son côté, le promoteur s’engage à reverser 1% du chiffre d’affaires de sa société à un fonds de dotation Droit de dormir, pour recenser les bâtiments vacants appartenant à la municipalité ou à l’État, susceptibles de devenir d’autres centres d’hébergements d’urgence provisoires.

L'AUTEUR
Emeline Burckel
Journaliste stagiaire

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