Le Bas-Rhin cherche à atténuer la misère sociale dans les maisons de retraite
Politique 

Le Bas-Rhin cherche à atténuer la misère sociale dans les maisons de retraite

Frédéric Bierry, président du Conseil départemental du Bas-Rhin, a présenté vendredi matin un « plan d’urgence » en faveur des maisons de retraite (EHPAD) de 4,5 millions d’euros. Alors que ces lieux souffrent d’un manque de personnel récurrent, les conditions de vie des résidents scandalisent de plus en plus les familles.

Jeudi soir, Envoyé Spécial diffusait un reportage dans les maisons de retraite, dont une à Schiltigheim, démontrant le manque de soins et d’attentions dont souffrent les résidents. Laissés seuls la plupart du temps bien que dépendants pour la plupart, les résidents peuvent rester 15 jours sans prendre une douche ou toute la nuit avec une couche sale… Ils mangent mal et parfois trop peu.  Ces témoignages, relayés par des familles scandalisées alors qu’elles paient entre 1 000 et 3 000€ chaque mois, se multiplient malgré les pressions des directions de ces établissements. En cause essentiellement, un manque récurrent de personnel accompagnant.

Les Établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) sont financés pour les soins par l’Agence régionale de santé (ARS, l’État), pour la dépendance par le Conseil départemental et pour l’hôtellerie par les familles. Ainsi sur une place qui coûte en moyenne 3 400€ par mois, l’ARS en finance 1 170€, le Département 400€ via l’allocation personnalisée à l’autonomie (APA) et il reste à charge 1 800€ pour la famille. Ce dernier montant peut être partiellement couvert par une aide sociale du Département, en fonction des revenus de la personne âgée.

53,5 millions d’euros

Au budget prévisionnel 2018 du Département du Bas-Rhin, la politique d’aide aux personnes âgées représente 103,5 millions d’euros. Plus de la moitié de cette somme, soit 53,5 millions d’euros, est versée directement aux EHPAD, via les allocations dont disposent les résidents : 40,5 M€ pour l’Aide personnalisée à l’autonomie et 13 M€ pour l’aide sociale en établissement.

« Il se développe une maltraitance institutionnelle »

Président du Conseil départemental du Bas-Rhin et donc cofinanceur des 138 EHPAD présents dans le Bas-Rhin, pour la moitié privés, Frédéric Bierry estime que la situation dans les maisons de retraite nécessite un « plan d’urgence » :

« Nous nous sommes déplacés dans certains EHPAD avec les élus concernés pour rencontrer les résidents, les familles et le personnel. Le sentiment qui transparaît est que les établissements n’ont souvent pas les moyens de fonctionner correctement, car leurs missions se sont peu à peu déplacées de l’hébergement simple vers l’accompagnement de la dépendance, au fur et à mesure que les résidents arrivent en étant de plus en plus âgés. Aujourd’hui, on entre dans un EHPAD autour de 85 ans. Donc il s’est développé une sorte de maltraitance institutionnelle : des personnes âgées y développent de nouveaux problèmes de santé en raison d’une mauvaise alimentation, de leur inactivité, d’un manque d’attention, etc. »

Pour parer au manque personnel accompagnant, le Conseil départemental va recruter une quinzaine de personnes, qui seront mobilisées pour remplacer rapidement un salarié en arrêt maladie dans n’importe quel EHPAD du Bas-Rhin. Le Département espère ainsi réduire la surcharge de travail qui pèse sur les épaules, déjà éprouvées, des aides-soignants des EHPAD et qui se traduit par un taux d’absentéisme supérieur à 10%. Les maisons de retraite du Bas-Rhin emploient plus de 7 000 personnes pour environ 13 000 résidents.

Le manque de personnel accompagnant est le principal problème des maisons de retraite (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Le manque de personnel accompagnant est le principal problème des maisons de retraite (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Les familles en lançeuses d’alertes

Frédéric Bierry est resté évasif sur les autres mesures de ce « plan d’urgence, » pourtant chiffré à 4,5 millions d’euros par an de dépenses supplémentaires. Des rénovations sont prévues mais d’une manière générale, le Conseil départemental espère changer la nature de ses relations avec les EHPAD, pour les faire évoluer d’une « relation technique financière vers un accompagnement centré sur l’humain. » Frédéric Bierry estime que des solutions existent déjà à l’intérieur des établissements :

« On constate que le bien-être des résidents peut être tout à fait différent entre deux établissements pourtant similaires en taille et nombre de lits. Donc on va faire en sorte d’identifier les bonnes pratiques à l’intérieur du département pour les diffuser à l’ensemble des établissements. On va aussi solliciter les familles, on veut qu’elles soient en mesure de nous alerter quand il y a des problèmes et que l’institution soit en mesure de répondre. Nos contrats d’objectifs et de moyens avec les EHPAD vont être modifiés pour refléter ces exigences. »

Pour l’instant, le Département ne dispose pas d’outils lui permettant de détecter si un établissement est fonctionnel ou non. Il peut envoyer des inspecteurs mais qui ne relèvent que des problèmes mineurs. Frédéric Bierry souhaite que les élus du Conseil départemental présents aux conseil d’administration des établissements soient mieux connus par les familles, qui doivent être en mesure de les alerter si elles constatent des dysfonctionnements.

Le Département va également regarder comment améliorer la prise en charge de la dépendance, avant que les personnes ne soient placées dans les maisons de retraite… Par exemple en améliorant le dispositif des « accueillants familiaux » : actuellement une cinquantaine de personnes reçoivent des personnes âgées chez elles, après un agrément et en lien avec un EHPAD.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : « Depuis 20 ans, on manque d’aide-soignants en EHPAD »

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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