Plus de 1 100 utilisateurs du Stück, monnaie locale de Strasbourg
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Plus de 1 100 utilisateurs du Stück, monnaie locale de Strasbourg

Une économie locale, écologique et solidaire : c’est le mantra des usagers du Stück, la monnaie strasbourgeoise lancée en octobre 2015 par une centaine d’utilisateurs avec 45 entreprises. Neuf mois plus tard, l’association compte plus de 1 100 utilisateurs, s’échangeant 45 000 stücks auprès de 140 entreprises.

Le Stück, en patois alsacien, c’est une pièce, un morceau, une part. Depuis octobre 2015, à Strasbourg, c’est aussi une monnaie locale complémentaire (MLC) inscrite dans une démarche sociale, solidaire et responsable. Sans avoir vocation à remplacer l’euro, le Stück veut dynamiser les échanges de proximité entre consommateurs et producteurs. Neuf mois après son lancement, l’association éponyme organise une « Fête du Stück », les 17, 18 et 19 juin.

Des billets multicolores pour les Stücks (photo JFG / Rue 89 Strasbourg)

Des billets multicolores pour les Stücks (photo JFG / Rue 89 Strasbourg)

Plus de mille usagers du Stück

Découpés entre conférences, ateliers pédagogiques autour de la finance et soirées festives, ces trois jours de « Fête du Stück » chercheront à répondre à une question : comment redonner du sens à l’argent ? Vaste problématique que veulent aborder de front les usagers de la monnaie locale.

Et ils sont de plus en plus nombreux : 145 entreprises ont rejoint le réseau (elles étaient 45 au départ), tandis que 1 127 usagers utilisent le Stück dans leur vie quotidienne. C’est très peu, en comparaison des près de 470 000 habitants de l’eurométropole. Mais c’est un démarrage bien meilleur que dans d’autres villes françaises : à Toulouse, où le Sol-Violette existe depuis plus de quatre ans, la monnaie est utilisée par 1 850 personnes. Six mois après le lancement de SoNantes, en novembre dernier, seuls 500 personnes utilisaient la monnaie locale.

L’association gestionnaire se satisfait donc de dénombrer près de 44 500 Stücks en circulation dans Strasbourg, soit autant d’euros échangés. Antoine Lévy, un des deux salariés à mi-temps de l’association, ne boude pas son plaisir en annonçant les chiffres :

« Nous étions entre 25 et 60 à faire des réunions pour concevoir le projet. Il n’y avait pas d’économiste parmi les citoyens, mais on s’est accroché, on a fait nos gammes. »

Deux ans plus tard, grâce à l’aide financière de la Ville et du Fonds social européen, le projet a abouti. Depuis, le « réseau Stück » progresse. Huit bureaux de change ont ouvert à Strasbourg (librairie Kleber ou l’Ilot de la Meinau) et dans l’agglomération (restaurants l’Acoustic à Sélestat ou Le Divanoo à Bischheim). Geoffrey Andna, maraîcher et propriétaire de l’Ilot de la Meinau, explique ses raisons :

« Nous avons un domaine de dix hectares et réalisons 50% de notre chiffre d’affaires en vente directe. C’était important de devenir un bureau de change pour faire progresser un réel maillage entre les commerçants et les consommateurs. »

Au quotidien, vivre avec le Stück

Désormais, il est possible de couvrir les dépenses du quotidien en utilisant presque exclusivement des Stücks, selon ses promoteurs. Santé, clubs sportifs et culturels, restaurants : de larges pans de l’économie locale ont adhéré au Stück. Aurélie, adhérente de l’association, explique son utilisation de la monnaie locale :

« Ce sont plus de déplacements, plus de difficultés et de contraintes. Mais ce sont des contraintes positives, faisant que chacun est acteur de sa vie et de ses engagements. »

Ces « contraintes positives » s’inscrivent dans une démarche militante clairement revendiquée. C’est une vision précise de la démocratie, plus active et volontaire, que revendiquent les utilisateurs des Stücks. « Les politiques n’apporteront pas de changements, ça doit venir de la base », considère Emmanuel Mouillon, co-créateur de la boutique de soins et bien-être bio Amphora. Banquier parisien durant une vingtaine d’années, il explique avoir connu « toute la dématérialisation financière » et embrasse désormais une vision plus locale et concrète de l’économie.

Comment une boutique peut-elle vivre, à Strasbourg, en acceptant les Stücks ? La moitié du salaire des employés d’Amphora sont payés en Stücks, jusqu’à l’expert-comptable — « le plus dur à convaincre » — gérant les comptes de la boutique. Du reste, il n’y a pas de double comptabilité : les Stücks ont la même valeur juridique que les tickets restaurant ou les chèques vacances.

Une valeur qui déprécie, mais des investissements à l’étranger

Cependant, même si un Stück est égal à un euro lors de son entrée en circulation, sa valeur déprécie progressivement. Tous les 9 mois, les Stücks perdent 2% de leur valeur : c’est le principe de la fonte, qui vise à éviter que cette monnaie ne soit thésaurisée. Basée sur les théories d’un économiste italien, le procédé de la fonte est utilisé par d’autres monnaies locales, comme le Chiemgauer en Bavière.

Malgré cette volonté de « faire un pas de côté » vis-à-vis du fonctionnement de la monnaie européenne, les 44 500 euros échangés contre des Stücks ont bien été récupérés par l’association. La grande majorité de cet argent a été déposé comme fonds de garantie au Crédit Municipal et à la NEF, une coopérative financière se voulant être une « banque éthique ». Le reste de l’argent sert à assurer le fonctionnement de l’association et à développer ses projets.

Parmi ceux-ci, le plus marquant est sans doute le développement en Allemagne. Sept entreprises allemandes auraient déjà accepté de nouer un partenariat avec le Stück. « On prend notre temps pour aller vers l’Allemagne. Mais le bassin économique ne connaît pas les frontières et le Stück n’est pas une monnaie qui renferme », affirme enfin Antoine Lévy.

L'AUTEUR
Benjamin Bruel
Journaliste en fin de formation à Grenoble. Passé par Le Monde, AFP, Arrêt sur Images avant de gribouiller sur Rue89 Strasbourg.

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