Les Europhonies, pour redémarrer la saison culturelle
Culture 

Les Europhonies, pour redémarrer la saison culturelle

actualisé le 28/04/2016 à 13h40

Les Europhonies viennent s’ajouter à une palette déjà riche de manifestations musicales à Strasbourg. (Crédit Ville de Strasbourg)

Devenir un festival musical incontournable en Alsace et être la rampe de lancement de la saison culturelle strasbourgeoise. C’est le pari audacieux des Europhonies, dont la toute première édition se déroule ce week-end. Parades, chorégraphies et concerts, près de 1 500 artistes, en herbe ou confirmés, vont investir les rues du centre-ville. Rue89 Strasbourg fait les présentations.

21 groupes, 1 200 musiciens professionnels et amateurs, des milliers d’instruments… Ce week-end, la capitale alsacienne va vibrer au rythme des percussions et de la danse à l’occasion des Europhonies. A l’instar de Musica, de Jazzdor au théâtre Maillon ou des nuits électroniques de l’Ososphère à la Laiterie, ce festival inédit aspire lui aussi à être une étape majeure de la saison culturelle et musicale à Strasbourg. Son programme a été dévoilé mi-juillet, sur le parvis de l’Opéra du Rhin, par le maire Roland Ries.

Afin d’atteindre cet objectif dès la toute première édition, la Ville a prévu un budget de 270 000 euros pour l’organisation de la manifestation, dont 70 %, soit 189 000 euros, sont consacrés au volet artistique. Soit une enveloppe totale plus importante que celle débloquée pour les Bibliothèques Idéales (245 000 euros), dont la 6ème édition s’est clôturée ce lundi. Preuve que la municipalité mise gros sur ce nouveau rendez-vous.

Culture et solidarité font bon ménage

Vendredi, en ouverture de la manifestation, la direction de la culture de la Ville de Strasbourg et l’association Tôt ou t’Art ont lancé à 14h, dans la grande salle de l’Aubette, un Forum des Saisons culturelles qui se tient jusqu’à samedi 19h. Il remplace cette année le « Village culturel », qui depuis vingt ans, en parallèle des Journées du Patrimoine, permet aux structures concernées de proposer leurs programmes ou de répondre aux questions des visiteurs. Malgré ce changement, le principe reste identique.

Créée en 2001, Tôt ou t’Art entend favoriser l’accès à la culture aux personnes en réinsertion sociale et professionnelle. Son activité principale : mettre à disposition de ses bénéficiaires des places pour des spectacles et sorties culturelles au tarif unique de 3 euros. Avant l’ouverture au public, l’organisme a d’ailleurs négocié toute la matinée avec, entre autres, le TNS, le Musée d’Art Moderne, le Vaisseau ou l’Orchestre Philarmonique de Strasbourg, pour pérenniser cette offre et trouver de nouveaux partenaires.

L’association Tôt ou t’Art avait organisé en 2010 un autre « forum culturel », qui s’était tenu au théâtre Pôle Sud. (Document remis)

Marie-Helène Helleringer, coordinatrice de l’association Tôt ou t’Art, se réjouit d’avoir été associée à la mairie :

« En faisant appel à nous, la Ville montre qu’elle a pris conscience de la nécessaire ouverture des pratiques artistiques et culturelles à l’ensemble des citoyens, quelle que soit leur classe sociale. Rompre avec un certain type d’élitisme et démocratiser la culture, c’est ce que nous défendons au sein notre association. Participer à ce forum va nous permettre de mieux faire connaître notre mission auprès du grand public. »

Les Percussions de Strasbourg à la baguette

Le lancement des Europhonies coïncide avec le 50ème anniversaire des Percussions de Strasbourg, ensemble de musique contemporaine crée par le timbalier Jean Batigne en 1962 et qui a acquis au fil des concerts une renommée internationale. C’est donc très logiquement que la Ville a fait appel à cette formation pour chapeauter la programmation.

Jean-Paul Bernard, leader du groupe et directeur artistique des Europhonies, explique comment celle-ci a été construite :

« Le projet, axé sur la diversité culturelle, nous a été soumis en décembre 2011 par la municipalité. Celui-ci nous ayant convaincu, nous avons lancé dans la foulée un appel à projet puis organisé des auditions en janvier-février pour sélectionner les compagnies participantes. Sur une vingtaine d’ensembles écoutés, nous les avons presque tous gardés. Au final, on arrive à 17 troupes, issues de tous les horizons musicaux. »

Pour la journée de samedi, le spectacle vivant est à l’honneur. Entre 12h30 et 14h, les spectateurs sont tout d’abord invités à « La cour des miracles », place du Temple Neuf, où ils découvriront notamment un duo de txalapartas (des percussions basques) et les échassiers de la compagnie lyonnaise La belle Zanka. Puis ils pourront assister aux parades urbaines et citoyennes, qui déambuleront dans le centre-ville entre 15h15 et 17h15.

Pour célébrer leur 50ème anniversaire, les Percussions de Strasbourg ont joué à Shangaï (Chine) les 14 et 15 mai dernier. (Photo Jean-Paul Bernard)

Les classes de percussions du Conservatoire de Strasbourg, créées par Jean Batigne lui-même il y a soixante ans, seront naturellement de la partie. À l’invitation de l’école alsacienne, quatre-vingts à cent jeunes musiciens, originaires de tout le grand Est de la France (Colmar, Montbéliard, Besançon, Belfort, Vesoul, Epinal et…Strasbourg), interprèteront à 15h, devant la Cité de la Musique, une composition écrite spécialement pour l’occasion pendant un quart d’heure, avant le début des parades.

Emmanuel Séjourné, enseignant au Conservatoire et ancien assistant du « tsar des percussions » [Batigne], ne cache pas sa fierté :

« Nous avons accepté avec joie de participer. C’est l’occasion de mettre en valeur le travail colossal fourni par toutes les classes participantes, de l’écriture des premières partitions en avril-mai, jusqu’à la toute dernière répétition, qui aura lieu le matin-même du concert. Coordonner l’ensemble des groupes n’a pas été une tâche facile, mais nous sommes prêts. »

En fin de journée, un grand concert final se déroulera place Kléber entre 17h30 et 19h. L’ensemble de Jean-Paul Bernard, accompagné du musicien burkinabé et maître du djembé Adama Drame, 46 ans de carrière au compteur, jouera une oeuvre de Jean-Pierre Drouet dédiée aux percussions, intitulée « Autres contacts ». Un titre qui colle à la philosophie des Europhonies : renforcer le positionnement de Strasbourg comme capitale culturelle européenne « ouverte à l’émergence artistique et à la création », selon les termes de la municipalité.

Et pour clore les festivités en beauté, la compagnie Lubat, dirigée par le percussionniste Bernard Lubat, se livrera à un hommage musical aux Percussions de Strasbourg à travers une composition intitulée « Free Free Taxi ».

A vélo, on assure aussi la sono

La petite reine sera l’autre vedette du festival, lors d’un parcours cyclo-musical. Par groupes de 111, les cyclistes, disposés en flèche, partiront toutes les 10 minutes du quai Jeanne Helbling dès 14h, pour jouer une pièce créée en 1996 par le compositeur argentin Mauricio Kagel, intitulée « Eine Brise, flüchtige Aktion für 111 Radfahrer ». En français : « Une brise, action fugitive pour 111 cyclistes ». A cette occasion, la mairie met gratuitement les Vel’Hop à disposition des participants qui n’ont pas de bicyclette.

Respectant un mode d’emploi très précis, les cyclo-musiciens exécuteront plusieurs actions en pédalant comme faire tinter la sonnette une fois, puis deux à volonté, ou rouler les « r » deux fois de suite. Après 3,5 km et une vingtaine de minutes de route, ils convergeront avec les parades vers la place Kléber. Une fois le coup de sonnette final donné, le concert final sera lancé.

L’idée est venue de Grande-Bretagne. En mars 2009, trente cyclistes avaient parcouru les rues de Londres en chantant, en sifflant et en faisant des bruits avec leur bouche pour interpréter l’oeuvre de Kagel. Une recette à voir ci-dessous (à partir de 1:30), lorsqu’elle avait reproduite à Glasgow, en Ecosse, le 29 mai 2010.

A travers les Europhonies, la Ville de Strasbourg veut valoriser de nouveau son offre culturelle, l’une des plus importantes de France, avec plus de 9 000 manifestations se déroulant à chaque saison dans la CUS. Dans cette optique, la mairie a décidé de renforcer le budget dédié à la culture, qui représente désormais 25 % des fonds de la capitale alsacienne, soit environ 77 millions d’euros.

Confiant, Roland Ries a d’ores et déjà annoncé que le festival sera maintenu, voire corrigé, si les spectateurs sont au rendez-vous et si le milieu culturel accueille positivement l’initiative. En cas d’échec, la municipalité tentera de créer une autre manifestation destinée à promouvoir le foisonnement culturel de la capitale alsacienne.

Y aller

Forum des Saisons culturelles : Ouverture en continu de 10h à 19h à la grande salle de l’Aubette.

Cour des miracles : Rendez-vous place du Temple Neuf entre 12h30 et 14h. Programme des concerts : Ttikia ta Txomin Txalaparta (duo de txalapartas), Tempus Perfectum avec « Attention où tu mets les pieds », la Compagnie Voix Point Comme, avec le « Pas de 5 » de Mauricio Kagel, la Compagnie La Belle Zanka avec « Les Muzes Dynamo » et Bernard Lubat solo.

Parcours cyclo-musical : Rendez-vous derrière le parking du cinéma UGC-Etoile à 13h. Départ du quai Jeanne Helbling à 14h, arrivée prévue place Kléber à 15h. Les inscriptions ont été closes le 20 septembre.

Parades urbaines : Coup d’envoi sur la place Dauphine à 15h par les élèves et des professeurs percussionnistes du Conservatoire autour de la Cité de la musique et de la danse. Déambulation des cortèges de 15h15 à 17h15, départ place du Maréchal de Lattre de Tassigny, arrivée place Kléber.

Concert final : A voir place Kléber entre 17h30 et 19h. Au programme : « Autres contacts » de Jean-Pierre Drouet, pièce interprétée par les Percussions de Strasbourg avec Adama Dramé, et un hommage musical de la compagnie Lubat aux Percussions de Strasbourg.

L'AUTEUR
Joël Le Pavous
Joël Le Pavous
D'origine savoyarde, appellation Albertville contrôlée. Parti à Bordeaux étudier le journalisme à l'IJBA. Papivore compulsif. Se biberonne au 2.0 en Alsace pour le mois de septembre.

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