Alfonso Nsangu : « Les Gospel Kids, ça a commencé il y a 15 ans à Hautepierre »
Société 

Alfonso Nsangu : « Les Gospel Kids, ça a commencé il y a 15 ans à Hautepierre »

actualisé le 12/06/2019 à 15h11

Les Gospel Kids fêtent cette année leurs 15 ans. Depuis ses débuts, le chœur gospel a donné de la voix à plus de 8000 enfants et adolescents alsaciens. Retour sur cette aventure collective hors du commun et la trajectoire singulière de son fondateur Alfonso Nsangu, à Hautepierre.

Alfonso Nsangu (Photos : CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Alfonso Nsangu nous accueille à l’improviste un vendredi soir d’octobre dans le centre communautaire protestant Martin Bucer, à Hautepierre. Son ancienne élève Sélia Sétodzo, fait répéter les jeunes dans l’église. Alfonso lui fait entièrement confiance pour encadrer ses protégés. Lui a tout le temps qu’il faut pour nous raconter l’aventure des Gospel Kids, débutée il y a quinze ans déjà : « Tout a commencé ici, à Hautepierre », prévient celui qui a encadré des milliers d’enfants volontaires dans les écoles publiques de Strasbourg, Haguenau et Illkirch.

Chanteur gospel et apprenti en mécanique

Après avoir vécu à la Meinau et au Port du Rhin, Alfonso emménage à Hautepierre à l’âge de 13 ans. Pas facile pour cet enfant d’immigrés ougandais de se faire une place au soleil. Dès l’adolescence, le gospel le porte et c’est bien le chant qui va l’extraire de son chemin tout tracé d’apprenti en mécanique poids lourds. Un avenir qui ne l’emballe pas vraiment. Pour Alfonso, tout a dû commencer avec la découverte du film Sister Act II :

« À ce moment-là, j’ai eu envie d’en faire quelque chose, de me mettre dans un groupe de gospel. »

À moins que l’histoire ne remonte à sa rencontre avec le pasteur Frédéric Sétodzo, « un mois plus tard »…

« Il était professeur de religion dans mon collège. Je ne fréquentais pas ses cours. Mais dans les couloirs, il prenait tous les enfants comme ses enfants. Il avait un vrai rôle de papa qui prenait soin de chacun. Je n’avais jamais rencontré quelqu’un comme ça. Je l’ai percuté dans un couloir. Ça a été un choc brutal qui a changé ma vie. Il m’a regardé, s’est présenté puis m’a demandé de me présenter à mon tour et il m’a invité à sa chorale. Je suis venu quelques années après, quand j’ai été prêt. Je me suis accroché à cet homme. »

Impatience de l’avenir

Frédéric Sétodzo initie Alfonso au Gospel dans la chorale de son quartier : les High Rock Gospel singers.

« J’ai vécu l’aventure la plus extraordinaire de ma vie avec cette chorale de Hautepierre. Aujourd’hui tous mes amis font partie de cette chorale. Mon plaisir de vivre a commencé là, à 17 ans. Depuis petit, je faisais plaisir à mes parents et là, c’est à moi que je faisais plaisir pour la première fois. »

Vingt plus tard, la nostalgie laisse vite place à l’impatience de l’avenir pour le trentenaire :

« On était des pré-ados et aujourd’hui on est tous des parents. Et d’ici quelques années, j’aurai chez les Gospels Kids les enfants de mes premiers choristes. »

1200 enfants chaque semaine

Aujourd’hui, plus de 300 enfants sont inscrits à l’association Gospel Kids fondé par Alfonso et son épouse Flora, rencontrée dans la chorale High Rock. S’ajoutent tous les autres, qui chantent à l’occasion des interventions scolaires d’Alfonso dans les écoles publiques de Strasbourg, Haguenau et Illkirch.

« Je vois 1200 enfants par semaine. Ma manière de les faire venir, c’est d’intervenir directement dans les écoles. Les enfants ont besoin de coups de cœur plus que de flyers. »

Les Gospel Kids font aujourd’hui plus de 35 représentations publiques par an, depuis les maisons de retraite et les magasins jusqu’au Palais de la musique et des congrès, l’Illiade, et même le Stade de France… Mais Alfonso insiste :

« Le cœur de nos représentations, ce sont les petits concerts humanitaires. Les gros concerts sont seulement des moments de plaisir mais pas une fin en soi. On ne fait pas ça pour des prestations extraordinaires. »

La subvention municipale strasbourgeoise aux Gospel Kids permet à l’association de ne demander que 50 euros de cotisation annuelle à ses membres.

« Ça permet aux parents de ne pas trop réfléchir. »

 Et les enfants viennent de partout pour répéter à Hautepierre.

« Le gospel permet une mixité. Les enfants de tous les quartiers de Strasbourg se rencontrent grâce à ça. »

Pas de prosélytisme, mais un témoignage

Puisque le gospel vient de la foi, Alfonso ne s’interdit pas de faire participer ses choristes à des concerts à connotation religieuse. En octobre dernier, une centaine d’entre eux ont ainsi accompagné au Zénith de Strasbourg la New Gospel Family :

« Le plus grand groupe de gospel en France, d’un gospel urbain tendant au hip-hop et très engagé par rapport à Dieu. »

Dieu. Le mot n’est pas tabou pour Alfonso, qui assure pour autant ne jamais tomber dans le prosélytisme.

« Si j’avais voulu mettre en avant le côté religieux du gospel, je ne serais pas allé dans les écoles. Mon but est de leur faire découvrir le chant gospel, pas de faire de l’évangélisation. Moi, la foi me guide et c’est un témoignage que je fais. Je leur dis que ça me fait du bien, c’est tout. »

« On marque la vie des jeunes »

Au-delà de la religion, les chants gospels sont porteurs de valeurs, insiste Alfonso. La chorale enregistre tous les ans un album qui « donne un sens à l’année des enfants ».

« Cette année on a retenu l’amitié, un thème très simple et porteur. On ne choisit pas sa famille, mais on choisit ses amis. Justement, ces enfants se voient souvent en dehors de la chorale. Il y a un beau lien. Pour ce 15e anniversaire, on a voulu un thème très simple et porteur, pour mettre en avant les amitiés qui sont nées grâce aux Gospel Kids. On voulait en témoigner pour le spectacle de fin d’année. »

En 15 ans, Alfonso a assisté à de belles trajectoires débutées chez les Gospel Kids :

« Je pense à Sélia Sétodzo qui a eu un parcours de grande sœur. Aujourd’hui elle est soliste et coache les enfants avec moi. Elle a sorti son album et en a fait sa vie. Je pense aussi à Kamisa Negra, finaliste de la Nouvelle Star il y a un an et demi. Mais aussi à Laura K., qui a fait le trajet pendant douze ans depuis Mulhouse avec ses parents. Aujourd’hui elle est maman et m’a invité à son mariage. On marque la vie des jeunes. C’est important pour eux. Moi-même à 17 ans, ça a changé ma vie. »

Réactions de parents et d’enfants

« On est un tout petit peu fiers de notre fille. C’est une petite fille introvertie dans la vie. À l’école, elle a l’angoisse de la performance en permanence. Venir chanter dans les Gospel Kids lui permet de s’exprimer dans sa passion. Elle est dans le partage, c’est super. Je l’emmènerai où il faut pour ses concerts, elle s’éclate. On l’a rarement vue aussi épanouie. »


Carlos, papa de Lynn, 9 ans, de l’Orangerie.

« Avec Laura, on a essayé la natation, le badminton. Elle a commencé le gospel à l’école en CE2 et après on a cherché l’association. Ça fait trois ans qu’elle chante avec les Gospel Kids. Tant que ça lui plaît, on la suit. »


Olivier, père de Laura, 12 ans, de la Robertsau.

« Au début, j’osais pas chanter toute seule. Mais on est tous amis. Mes amis m’ont aidée et maintenant j’ai confiance. »


Laura, 12 ans, de la Robertsau.

« J’ai moi-même chanté avec les High Rock. Mes filles participent aux Gospel Kids depuis cette année. Nous sommes une famille de chrétiens pratiquants. C’est une continuité. »


Elda, maman de Mira, 14 ans, et Ozy, 11 ans, de la Montagne verte.

« Quand j’étais petite, il y a cinq ans, j’ai suivi ma meilleure amie. Je me suis fait pleins d’amis ici, comme Cécilia qui est avec moi aujourd’hui. J’aime Alfonso, j’aime les chansons et j’aime chanter. »


Lucie, 15 ans, de l’Esplanade

« Les Gospel Kids c’est comme une famille. Ça nous rend heureux de chanter et de faire sourire les personnes. »


Cécilia, 15 ans, d’Illkirch.

« Je suis dans les Gospel Kids depuis dix ans maintenant. J’ai suivi mon frère et ma sœur et je suis resté pour l’ambiance familiale. On s’entend tous bien. On est plutôt soudés. »


Olivier, 15 ans, le l’Orangerie.
L'AUTEUR
Claire Gandanger
Claire Gandanger
Journaliste indépendante Intérêts : société, économie de la culture, vie pratique

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