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Entre les médiathèques et les ados, c’est « je t’aime moi non plus »
Société 

Entre les médiathèques et les ados, c’est « je t’aime moi non plus »

par Margot Garnier.
Publié le 4 juin 2014.
Imprimé le 19 janvier 2021 à 04:14
8 754 visites. 28 commentaires.
Médiathèque Malraux (Photo Yellowstar / FlickR / cc)

Les médiathèques n’arrivent pas à attirer les jeunes entre 15 et 25 ans. (Photo Yellowstar / FlickR / cc)

Strasbourg et ses communes environnantes comptent 28 médiathèques. Mais, malgré leurs propositions en livres, bandes-dessinées, CD, DVD et jeux vidéos, elles n’arrivent pas à attirer les jeunes entre 15 et 25 ans. Quant aux actions à destination des ados, elles tombent souvent à plat. Injustice.

Mélissa, Rabia, Elvan et Camille sont en Terminale au lycée Marie Curie de Strasbourg. Les quatre copines possèdent la carte Pass’relle du réseau des médiathèques. Elles font figures d’exception car les adolescents abonnés aux médiathèques sont deux fois moins nombreux que les 5-14 ans. Alors que les enfants et les pré-ados se pressent pour emprunter des livres, les étudiants et les lycéens désertent les rayons.

Philippe Charrier, directeur des médiathèques de la CUS, connait bien ce problème :

« C’est un phénomène qui touche l’ensemble des médiathèques de France. Il y a des explications d’ordre sociologique. Au passage à l’adolescence, les jeunes s’ouvrent à de nouveaux intérêts. De plus, les médiathèques sont liées à l’environnement scolaire. Les enfants découvrent les livres par le biais de leurs familles et par celui de l’école. Mais arrivés à un certain âge, les jeunes décrochent. Ils ne suivent plus à la lettre les recommandations de leurs professeurs… »

Trop ringardes les médiathèques ? Pour pallier ce problème, les médiathèques ont renforcé leurs actions à destination des adolescents.

Des horaires peu convaincants

L’ensemble des médiathèques ferment entre 17h et 19h. À une exception près, la médiathèque centrale André Malraux, qui reste ouverte jusqu’à 20h le vendredi soir. Pour Illias, 21 ans et étudiant en première année de médecine, de tels horaires ne lui permettent pas d’étudier à la médiathèque :

« Nous avons des cours magistraux tard dans la journée. En période de révision, on est à la recherche d’un endroit calme pour apprendre nos cours, un endroit qui pourrait nous accueillir en début de soirée. On privilégie plutôt le Pôle européen d’économie et de gestion (PEGE), qui ferme à 23h tous les soirs de semaine. En plus, les médiathèques sont fermées le lundi. »

Quatre bibliothèques de l’université de Strasbourg sont labellisées NoctamBU. Celle du PEGE, la bibliothèque U2/U3, la bibliothèque Blaise-Pascal et la bibliothèque de médecine et d’ontologie restent ouvertes jusqu’à 22h-23h les soirs de semaine. Pour rivaliser, Philippe Charrier a monté un groupe de travail pour étendre les horaires des médiathèques :

« Fermer plus tard ou ouvrir le dimanche est toujours un sujet sensible. Nous savons que c’est une vraie question à se poser mais vis-à-vis du personnel, cela reste une démarche compliquée. Les bibliothèques universitaires jouent sur les vacations et la main d’oeuvre étudiante. Pour adapter nos horaires, il faudrait que nos agents travaillent plus longtemps ou que nous embauchions. Alors, nous avançons pas à pas… Nous allons pour le moment rallonger les horaires d’ouverture de la médiathèque André Malraux durant la semaine précédent les examens du baccalauréat pour offrir aux lycéens un lieu de révision propice. Ce sera un premier test. »

@Bib2strasbourg, une présence sur Twitter passée inaperçue

Il y a un an, toutes les médiathèques de Strasbourg ont rejoint les réseaux sociaux pour capter le public fuyant des adolescents. Une page Facebook et un compte Twitter ont été mis en place, nourris avec les événements à venir au sein des bibliothèques et avec les coups de cœur littéraires des bibliothécaires. Huit agents se sont portés volontaires pour animer ces deux espaces sur les réseaux sociaux, quelques minutes quotidiennes prises sur leur temps de travail pour chacun. Malheureusement, l’effort est un peu vain, car les adolescents ne s’en sont même pas rendu compte : seulement 810 abonnés sur Twitter et 1 258 fans sur Facebook à l’heure où nous écrivions ces lignes. Frédéric, étudiant de 18 ans en première année d’histoire, s’étonne :

« Je n’avais pas remarqué leur présence sur les réseaux sociaux… Pourtant, j’utilise Twitter et Facebook. Peut-être qu’à l’intérieur des médiathèques, le personnel devrait nous prévenir de ce genre d’actions. »

Franck Queyraud, récemment arrivé au poste de chef de projet médiation numérique, entend bien améliorer la communication des médiathèques :

« Nous sommes en train de réfléchir à nous installer sur de nouveaux réseaux sociaux. Vine, Pinterest, Snapchat, Instagram sont utilisés par les adolescents. Grâce à eux, nous pourrions avoir une communication plus créative. Mais, c’est difficile de casser l’image ennuyeuse que les médiathèques véhiculent. Si on ne propose pas des événements attrayants, les adolescents ne viennent pas. Il faut également former le personnel qui contribue aux réseaux sociaux et aux blogs. Cela prend du temps d’apprendre à se servir de ces outils. Nous désirons réellement conquérir de nouveaux publics en travaillant sur notre identité numérique, mais on ne se crée pas une e-réputation en quelques jours. »

Et des applications et des conférences pour préparer le bac et…

Pour favoriser la venue des lycéens, les médiathèques ont redoublé d’effort à l’approche du bac. Depuis le 10 mai, des conférences sont organisées tous les samedis sur des thèmes économiques et sociaux étudiés durant l’année de Terminale. Mais la dernière, « La place de l’Europe dans la mondialisation », n’a rassemblé qu’une vingtaine de personnes à la bibliothèque de Neudorf, et pas spécialement des jeunes. La conférence était pourtant animée par Patrick Duquesne, professeur de sciences économiques et sociales à Strasbourg et membre de l’APSES, l’association des professeurs de sciences économiques et sociales. Un effort en temps et en énergie, mais aussi budgétaire : l’ensemble de l’opération ‘Objectif bac » a coûté 800€.

Pourtant, pour les adolescents, ce genre d’atelier est un vrai plus pour les révisions. Moetzer, en première scientifique, passera son bac d’histoire-géographie à la fin de l’année :

« Depuis que je suis au collège, je suis abonné aux médiathèques. Le tarif annuel est vraiment abordable. Seulement 4,20€ pour les livres et 13€ pour les contenus multimédias. Je viens à la médiathèque André Malraux toutes les deux semaines pour emprunter. Le bac arrive bientôt et j’ai du mal à réviser seul chez moi. Aller dans une bibliothèque et pouvoir assister à des conférences, c’est aller plus loin que le travail réalisé en classe. « 

Du côté du numérique, la médiathèque André Malraux a également choisi un panel d’applications pour réviser le Bac. Elles seront prochainement installées sur les tablettes numériques à disposition dans la bibliothèque. L’opération a un coût minime, entre 1,99€ et 4,99€ par application. Pour Franck Queyraud, c’est ce genre d’initiative qui permettra aux adolescents de découvrir l’environnement de la médiathèque :

« Dans une bibliothèque, tout ne tourne pas autour des livres. À André Malraux, il existe un espace de jeux vidéos mis en place en 2012. Nous sommes actuellement en train de réfléchir à des sessions de jeux Minecraft. Les adolescents, en se déplaçant pour ce genre d’événements, découvrent la bibliothèque, l’espace numérique, les mangas… Il suffit qu’ils franchissent la porte pour se confronter à une médiathèque vivante et dynamique, en phase avec leurs envies. »

La bibliothèque André Malraux sera ouverte du mardi 10 juin au samedi 14 juin pour accueillir les lycées lors de leurs révisions de 10h à 19h, et le vendredi jusqu’à 20h. Des ouvrages sélectionnés, des annales et des documents pour s’orienter post-bac seront mis à leur disposition. Allez quoi les jeunes, arrêtez de bouder !

Aller plus loin

Sur le site des médiathèques de Strasbourg : les horaires et le catalogue

Sur Rue89 Strasbourg : Des jeux vidéos dans les médiathèques, mais pas à emporter

Sur le site de bibliothèque sans frontière : pétition pour ouvrir les bibliothèques le dimanche

Article actualisé le 07/03/2018 à 20h00
L'AUTEUR
Margot Garnier
Margot Garnier
Stagiaire à Rue89 Strasbourg et étudiante à l'IUT de journalisme de Lannion.

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