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Lettre ouverte à Jean Rottner : « Nous demandons la fin du numérique imposé dans l’éducation »
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Lettre ouverte à Jean Rottner : « Nous demandons la fin du numérique imposé dans l’éducation »

par Le collectif Nous Personne, L'ACUNE (association contre l'utilitarisme et le numérique éducatif), et le collectif Lève les yeux !.
Publié le 15 juillet 2021.
Imprimé le 04 août 2021 à 13:08
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Cinq jours après la réélection de Jean Rottner à la tête de la région Grand Est, le collectif Nous Personne, membre du Collectif Attention, l’Association contre l’utilitarisme et le numérique éducatif (L’ACUNE) et le collectif Lève les yeux ! se sont adressés le 2 juillet au président de la région, dans une lettre ouverte au sujet notamment du lycée « 4.0 ». Rue89 Strasbourg a décidé de la publier en partie.

Monsieur Rottner,

Vous venez d’être reconduit à la présidence de la région Grand Est par effet de l’élection du dimanche 27 juin, ce dont nous vous félicitons.

(…)

Puisque vous vous succédez à vous-même, nous avons grand espoir qu’en matière de politique éducative ce soit cette fois la raison qui succède à vos précédents emballements, au sujet du très regrettable « lycée 4.0″ (formule fumeuse, dérivée du concept d’ »industrie 4.0 », qui porte la promesse de faire communiquer des « consommateurs » avec les machines).

Le « Lycée 4.0 » se déploie de façon autoritaire et aveugle

Aucun débat contradictoire n’a eu lieu au sujet de l’imposition de ce dispositif « lycée 4.0 », qui s’est déployé et continue de se déployer de façon autoritaire et aveugle. Le 18 juin dernier, Rue89 Strasbourg a publié un article intitulé : La Région Grand Est a dégradé l’enseignement avec les « lycées 4.0 ». Honnêtement conçu, à notre avis, cet article, dont le titre a le mérite d’être on ne peut plus clair, n’est cependant pas suffisamment approfondi quant aux effets scolaires, sanitaires, relationnels et sociétaux du « 4.0 ». La voix des élèves, en particulier, y fait défaut. On reste encore et toujours en attente d’un bilan objectif et sérieux de ce dispositif, outre les aspects techniques. Est-il notamment parvenu à démontrer sa pertinence en termes de pédagogie et de transmission ? Qui en était véritablement demandeur ? Ni les enseignants, ni les élèves, ni les familles n’ont été consultés. Il faut cesser de les prendre en otages au nom d’un progrès chimérique et de « commodités » qui valent bien plus pour la galerie que dans le quotidien des élèves et des enseignants (dont vous n’êtes pas !).

Mais, puisque vous avez voulu mettre en relief et utilité votre qualité de médecin à l’occasion de la crise sanitaire, vous ne pouvez être indifférent aux réalités suivantes :

  • des enfants surexposés aux écrans dans les pays riches aux enfants exploités ou morts pour produire puis désosser des ordinateurs dans le reste du monde, le désastre environnemental et humain est effarant. Les commandes par la région de centaines de milliers d’ordinateurs au prétexte d’adapter nos jeunes au monde d’aujourd’hui ne sont pas un détail dans cette histoire : que vous le vouliez ou non, elles en sont un carburant.
  • « Nous avons besoin d’une transformation radicale des processus et des comportements à tous les niveaux : individus, communautés, entreprises, institutions et gouvernement », plaide le projet de rapport du GIEC. La région que vous dirigez, peuplée par plus de 5,5 millions d’habitants, est l’un de ces niveaux. Le médecin que vous êtes peut apprécier cela. « Nous devons redéfinir notre mode de vie et de consommation. » Il nous semble que ces deux phrases que nous vous citons invitent à définir une attitude plus volontaire et plus résolue que celle qui consiste à faire l’autruche, quand ce n’est pas aggraver sans compter la situation des jeunes générations. Une attitude plus responsable envers les jeunes et les lycéens, qui consisterait à ne pas s’accommoder du désastre qui leur pend au nez.

La survie de la planète est-elle compatible avec cet accès vertigineux au numérique ?

M. Rottner, « face au plus grand défi de l’histoire de l’humanité […] Il est temps d’être sérieux. Nous vivons un cataclysme planétaire. Réchauffement climatique, diminution drastique des espaces de vie, effondrement de la biodiversité, pollution profonde des sols, de l’eau et de l’air, déforestation rapide : tous les indicateurs sont alarmants. Au rythme actuel, dans quelques décennies, il ne restera presque plus rien. Les humains et la plupart des espèces vivantes sont en situation critique. […] C’est une question de survie. Elle ne peut, par essence, pas être considérée comme secondaire. De très nombreux autres combats sont légitimes. Mais si celui-ci est perdu, aucun ne pourra plus être mené. » (extrait d’une Tribune publiée dans Le Monde en septembre 2018 et signée par 200 personnalités pour sauver la planète).

Ce 1er juillet 2021, le Conseil d’État a sommé le gouvernement de prendre des mesures supplémentaires pour que la France puisse tenir ses objectifs de baisse des gaz à effet de serre (réduction de 40 % des émissions d’ici à 2030 par rapport à 1990). Qu’en est-il de la région que vous présidez ? Va-t-elle prendre sa part ? Cette part est-elle compatible avec le déploiement du « lycée 4.0 » ?

Médecin, urgentiste, vous avez déclaré – comme on peut le lire dans L’Est éclair le 27 juin 2021 : « J’ai fréquenté la mort pendant ma vie professionnelle, mais jamais autant que pendant cette crise » (du coronavirus), « Donc j’estime que c’était mon devoir d’élever la voix ». Nous formulons le souhait de vous entendre à nouveau élever la voix à un moment où les prévisions d’un futur cataclysmique et de morts bien plus nombreuses que celles du coronavirus se confirment.

La fin du numérique imposé, et un débat public

M. Rottner, vous souhaitez porter « une vision et une ambition pour tous les habitants du Grand Est ». Votre slogan est : « Ensemble, créons demain dès aujourd’hui. » À quoi doit ressembler ce demain ? Le 18 juin 2020, il y a à peine plus d’un an, parut l’Appel « Pour notre jeunesse, résistons ! ». À l’aube de votre second mandat, nous vous invitons à vous en inspirer. Vous y perdrez peut-être le soutien de quelques lobbyistes, mais vous y gagnerez le respect et l’admiration des habitants d’une région qui pourrait alors réellement afficher une vocation pionnière.

Nous vous demandons, M. Rottner :

  • la fin du numérique imposé dans l’éducation, et l’arrêt de la distribution de tablettes et d’ordinateurs aux lycéens.
  • un débat public sur le numérique éducatif, dont les parties prenantes ne présentent pas de conflit d’intérêt.
  • une politique publique résolue de prévention des risques liés à la surexposition aux écrans.

Enfin, très courtoisement, nous vous demandons de renoncer au leurre dangereux et à l’imposture solutionniste qu’est la résilience, bien en vue dans votre propagande électorale (« Notre région est belle et vivante, mais aussi forte et résiliente »). Ce terme est devenu le travestissement d’une idéologie du consentement au pire, qui a pour principale visée de garantir la pérennité de la surconsommation, des pollutions et des dominations, en faisant mine de continuer la vie comme elle va, quand bien même elle va mal.

Nous vous invitons cordialement à lire cet été l’ouvrage de Thierry Ribault, Contre la résilience. À Fukushima et ailleurs. Nous parions que vous ne réduirez pas, M. Rottner, les habitants du Grand Est en Malgré-nous des catastrophes qui sont en cours. Nous voulons faire confiance à votre énergie, à votre humanisme, au médecin que vous êtes, à votre courage politique aussi bien qu’à votre talent de stratège.

L'AUTEUR
Le collectif Nous Personne, L'ACUNE (association contre l'utilitarisme et le numérique éducatif), et le collectif Lève les yeux !

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