Les touristes sont ils toujours les bienvenus à Strasbourg ?
Tribune 

Les touristes sont ils toujours les bienvenus à Strasbourg ?

La Ville de Strasbourg a choisi de limiter la dépose des touristes par les cars à deux endroits, place de l’Étoile et place de la République. Pour des guides-conférenciers, ce choix réduira les possibilités des touristes de flâner en ville et pourrait même les empêcher de se rendre dans le secteur pourtant particulièrement prisé de la Petite-France.

S’il est souhaitable de toujours vouloir améliorer le cadre de vie des habitants, voir le touriste comme un mouton, un porte-monnaie ambulant ou une gêne pour la ville n’est pas la bonne méthode. Le touriste est sans aucun doute l’un des vecteurs principaux de l’image de la ville, capitale européenne, classée patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco dans sa plus grande partie et « europtimiste » paraît-il…

Une décision de la Ville de Strasbourg vient de bousculer l’accueil des touristes. Les déposes-reprises pour les cars de tourisme ont été réduites subitement durant l’hiver de manière draconienne. Seules deux possibilités subsistent actuellement : la place de l’Étoile et la place de la République, au niveau du quai Sturm. Les dessertes proches de la Petite-France, place Henri Dunant et quai Saint-Nicolas, ont été supprimées. En remplacement, la Ville propose une desserte quai Marc Bloch, mais elle n’est accessible qu’aux cars de moins de 3,5 mètres de hauteur, ce qui en élimine la plupart.

Les visites touristiques de Strasbourg obéissent à un cadre strict... (doc remis)

Les visites touristiques de Strasbourg obéissent à un cadre strict… (doc remis)

Les professionnels du tourisme ont de quoi être inquiets

Les attractions majeures et incontournables de Strasbourg sont le quartier Cathédrale et la Petite-France. Jusqu’à présent et depuis toujours, l’itinéraire d’une visite guidée à pied se faisait des Ponts-Couverts à la Cathédrale. Un trajet linéaire et fluide des plus agréables et sans difficulté pour les touristes.

À l’issue de leur visite, les touristes pouvaient profiter de leur temps libre, ce qui n’était pas pour déplaire aux cafetiers, aux restaurateurs et aux commerçants du centre-ville. Ce temps est pourtant révolu. Cette organisation du tourisme local est ébranlée et remise en cause par cette surprenante décision.

Après l’étonnement et le sentiment d’abandon, c’est la consternation et l’inquiétude qui dominent chez la majorité des professionnels du tourisme. Nous nous interrogeons sur les motivations qui gouvernent une telle décision. S’agit-il d’une décision politique guidée par des stratégies électoralistes ? Cherche-t-on à fermer la ville aux touristes ? Pourquoi ? Comment une simple réglementation de voirie peut-elle remettre en cause toute l’activité touristique ?

Mettez-vous dans la peau d’un touriste pendant une visite guidée à Strasbourg. Faites le nouveau trajet imposé par cette nouvelle réglementation. (Les durées indiquées ci-après sont approximatives et peuvent s’allonger considérablement en fonction de l’âge et de la condition physique des visiteurs) :

  • de la place de la République à la place de la Cathédrale (40 min),
  • visite de la Cathédrale (minimum 40 min), souvent précédée d’un temps d’attente pour rentrer dans l’édifice (entre 10 et 30 min),
  • de la Cathédrale aux Ponts-couverts (40 min),
  • Arrêt aux toilettes publiques du barrage Vauban ou de la place Kléber (entre 10 et 30 min, ce qui est toujours très chronophage car les équipements sont très limités par rapport aux flux touristiques),
  • de la Petite-France à la place de l’Etoile (40 min).

Le tout au pas de course ! Que reste t-il sur un programme d’une demie journée ? Revenons à la raison, cet itinéraire à pied devient ubuesque. Vous garderez l’idée d’une course éreintante dans la ville et n’aurez plus vraiment le souvenir de ses beautés architecturales. Fatigué et frustré de n’avoir eu le temps de faire des emplettes, d’acheter des souvenirs, de profiter d’un moment contemplatif devant la Cathédrale. Quelle image garderez-vous de Strasbourg ? Une jolie ville certes, mais pas très accueillante ! Souhaiterez-vous revenir à Strasbourg ? Conseillerez-vous Strasbourg à vos amis ? Certainement pas, bien au contraire. La stratégie touristique d’une ville doit avoir une vision à long terme et garder à l’esprit que les visiteurs d’aujourd’hui peuvent en devenir les meilleurs ambassadeurs.

Les touristes ne sont pas des pions !

Alors que certains œuvrent tous les jours au rayonnement de la ville et à la qualité du tourisme à Strasbourg (et ce même au sein des services de l’Eurométropole), d’autres ne cessent de créer de nouveaux obstacles au bon déroulement de l’activité touristique. À chaque fois, les professionnels, en premier lieu les guides locaux, confrontés à la clientèle touristique quotidiennement, s’adaptent tant bien que mal à ces changements.

Mais cette fois-ci, la situation est différente, un point de non retour est atteint. La Petite-France est toujours incluse dans les programmes des opérateurs de voyage. Comment justifier qu’il ne sera plus possible de s’y rendre, faute de temps, sans aucune information préalable ? Personne n’en parle et pourtant les répercussions sur l’économie locale seront conséquentes. Mis devant le fait accompli, comment faire face ?

La saison touristique démarre dans quelques jours et nous sommes encore nombreux à réfléchir à des solutions, sans succès. Nos clients nous demandent des solutions urgentes, mais nous n’en n’avons pas puisqu’il n’en existe pas.

Une transition en douceur est encore possible !

Nous sommes bien évidemment sensibles aux questions de nuisances sonores ainsi qu’à l’impact environnemental lié au transport en autocar. Le bien-être des Strasbourgeois est aussi notre préoccupation car nous vivons aussi dans cette cité, qui plus qu’un lieu de vie est devenue notre métier par passion. Nous aimons Strasbourg ! Une transition en douceur est encore possible ! Un temps d’adaptation est vital pour notre activité. La question des bus électriques est tout à fait envisageable mais totalement utopique en si peu de temps.

Quelles propositions concrètes la ville peut-elle apporter pour permettre un respect de l’ensemble des usagers de la ville, résidents et touristes ? Ainsi qu’un accès au patrimoine culturel mondial pour tous ? Sans solution viable et alternative, laissez les professionnels du tourisme accéder à la dépose-reprise des Ponts-Couverts !

Nous demandons simplement à la municipalité de remettre cette réforme à plus tard pour ne pas mettre en danger la saison touristique à venir ainsi que l’attractivité à long terme de notre ville. Attendez d’avoir des solutions de remplacement réalistes et continuons ensemble à faire de Strasbourg une ville accueillante pour tous.

Cette lettre ouverte a été co-écrite par :

Virginie Holm,
Guide conférencière – Membre de l’Association des Guides d’Alsace,
Fondatrice de Food & City tours – Strasbourg,

Gianni Cariani,
Guide conférencier – Membre de l’Association des Guides d’Alsace,
Chercheur associé, Docteur en Histoire contemporaine – Unistra

L'AUTEUR
Virignie Holm et Gianni Cariani
Guides conférenciers à Strasbourg.

En BREF

La Grenze ouvre enfin, victime de la difficulté d’installer des lieux éphémères en France

par Maxime Nauche. 1 435 visites. 8 commentaires.

François Bouchard quitte la direction générale de la CCI Grand Est

par Pierre France. 1 180 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

À Strasbourg, 31 emplois menacés par un plan de licenciement après un rachat

par Hélène Janovec. 3 483 visites. 5 commentaires.