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Municipales à Illkirch : l’outsider UMP de 23 ans est là pour longtemps
Politique 

Municipales à Illkirch : l’outsider UMP de 23 ans est là pour longtemps

par Marie Marty.
Publié le 29 janvier 2014.
Imprimé le 19 mai 2022 à 20:57
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A Illkirch-Graffenstaden, trois candidats seront en lice pour emporter la mairie en mars 2014 (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

A Illkirch-Graffenstaden, trois candidats seront en lice pour emporter la mairie en mars 2014 (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Aux élections municipales de mars, Jacques Bigot (PS) briguera un 4ème mandat à Illkirch-Graffenstaden. Deux candidats lui tiendront tête, la secrétaire départementale du Front national Pascale Elles et le jeune UMP Thibaud Philipps. Si, à 23 ans, l’étudiant en sciences politiques sait qu’il ne fera pas le poids contre le futur ex-président de la CUS, son parti « investit pour l’avenir » et annonce qu’il sera là « pour longtemps ».

Ce n’est qu’à la mi-janvier 2014 que l’UMP a investi son candidat à Illkirch-Graffenstaden, ville de 27 000 habitants située au sud de Strasbourg. A 23 ans, Thibaud Philipps, étudiant en master 1 de sciences politiques à Strasbourg, a dû convaincre en interne, alors que trois autres candidats plus âgés briguaient aussi l’investiture. « C’est un bon », jugent plusieurs cadres du parti. Secrétaire départemental adjoint de l’UMP, Geoffroy Lebold confirme :

« Beaucoup ont hésité sur son âge, mais après une prise de parole en comité départemental, il a convaincu qu’il était solide. On est content de pouvoir miser sur un jeune dans cette ville de droite où Jacques Bigot (PS) a été égratigné par sa présidence de la CUS pendant 6 ans. L’objectif de Thibaud, c’est de réduire l’écart [ndlr, 70% pour le PS, 30% pour l’UMP dès le 1er tour des élections municipales de 2008] et d’investir pour l’avenir. »

Thibault Philipps, 23 ans, est le candidat de l'UMP face à Jacques Bigot, poids lourd du PS en Alsace (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Thibaud Philipps, 23 ans, est le candidat de l’UMP face à Jacques Bigot, poids lourd du PS en Alsace (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

L’avenir, c’est 2020, voire 2026. Militant UMP engagé depuis ses 16 ans, le jeune homme, qui souhaite devenir fonctionnaire territorial, a tout son temps. A Illkirch-Graffenstaden, il prend la relève de Jean-Claude Haller, opposant de Jacques Bigot pendant des années et ancien conseiller général du canton, « qui a souhaité prendre du recul ». En axant sa campagne « sur [son] projet » et non sur la critique du sortant, Thibaud Philipps souhaite se construire une image positive, acquérir de l’expérience – dans l’opposition probablement pendant au moins 6 ans – et prendre la ville… le coup d’après ou celui d’encore après. Cette stratégie n’est pas énoncée aussi clairement mais le jeune homme semble bel et bien prendre cet envoi au casse-pipe (une expression qu’il réfute) comme une chance de s’implanter électoralement dans sa ville d’origine.

« Ne pas critiquer, mais faire mieux et autrement »

Son projet, quel est-il ? Avant tout, « redonner une âme au centre de cette ville très étendue en longueur », mais aussi « créer des ateliers dans les quartiers, permettre aux gens de consommer et de se rencontrer à Illkirch et pas juste à Strasbourg comme aujourd’hui », « mailler le territoire avec des PME [petites et moyennes entreprises] et par une vie associative encore plus dynamique » qu’elle ne l’est actuellement.

Le candidat UMP se dit favorable à une liaison automobile entre Ostwald et le Baggersee – ce que préconise aussi la candidate UMP à Ostwald – pour éviter la circulation dans certaines rues secondaires à Illkirch, souhaite que la municipalité « garde un œil sur la hauteur des bâtiments, les parkings et les espaces verts » dans les deux futurs écoquartiers, les Prairies du canal et la ZAC Baggersee, et mette « un coup d’accélérateur sur la production locale de fruits et légumes ».

Jacques Bigot a lancé sa campagne le 21 janvier 2014, entouré de plusieurs adjoints dont Claude Frœhly, conseiller général et communautaire (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Jacques Bigot a lancé sa campagne le 21 janvier 2014, entouré de plusieurs de ses adjoints, dont Claude Frœhly, conseiller général, municipal et communautaire, et Séverine Magdelaine (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Par rapport à l’extension du tram A, dont les travaux devraient débuter bientôt, la ligne de Thibaud Philipps est la suivante : « Nous étions contre le tracé retenu, mais le projet est engagé, il faut donc aujourd’hui en réduire au maximum les nuisances, surtout pendant le chantier ». Maître mot : « Ne pas critiquer ce qui a été fait, mais faire mieux et surtout autrement ».

« Baisse des impôts, sécurité, commerce de proximité »

Pascale Elles, secrétaire départementale du Front National et 3ème candidate à Illkirch-Graffenstaden, est un peu sur la même ligne, en surface en tout cas. La chef de file du FN 67, dont la liste « est en cours de finalisation », détaille :

« Nos priorités, c’est la baisse des impôts, la sécurité, redonner des forces au commerce de proximité et surtout, ne pas critiquer le bilan [de Jacques Bigot], même si je ferai mieux et différemment. Trop de dépenses inutiles ont été engagées, notamment sur le tram dont le tracé va entraîner la mise en sens unique d’une rue et va engorger Illkirch. Pour les riverains, ce sera une catastrophe ! »

Pascale Elles s’attend à ce que « l’UMP vienne [lui] piquer des idées », convaincue que c’est en revanche chez Jacques Bigot que l’outsider va « prendre des voix ». Sujet pas abordé par celle qui représentera le FN (entre 14 et 17% aux élections nationales à Illkirch, mais plus représenté depuis 1995 aux municipales), le cumul des mandats du maire sortant, ancien et à venir.

Après la CUS, le Sénat : « Ça peut peser dans la balance »

Le jeune candidat UMP, lui, ne se privera pas de surfer discrètement sur une inquiétude des Illkirchois, réelle ou supposée, quant à l’éloignement du maire du fait de ses autres mandats – président de la CUS de 2008 à 2014, peut-être sénateur à partir de septembre 2014. « L’idée que le maire puisse passer plusieurs jours à Paris chaque semaine, ça peut peser dans le balance », juge le jeune outsider. Interrogé à ce sujet, Jacques Bigot, entré en campagne la semaine dernière pour briguer un 4ème mandat, se veut rassurant :

« Au contraire, j’ai démontré aux habitants d’Illkirch dès 1995 que j’ai pu continuer mon activité professionnelle tout en étant élu maire à 43 ans. Depuis 2008, j’ai à nouveau montré que je pouvais être à la fois maire et président de la CUS, certes en étant moins présent au barreau [ndlr, en tant qu’avocat]. »

Jacques Bigot, qui souhaite mettre à profit son « expérience des collectivités territoriales et sa formation de juriste » en tant que parlementaire, n’a jamais fait mystère sur son ambition de devenir sénateur du Bas-Rhin en septembre 2014. Lâchera-t-il pour autant son siège de maire en 2017, lors de l’entrée en vigueur de la loi sur le non-cumul des mandats ? « A ma connaissance, il n’y aura pas de concomitance. La loi s’appliquera au renouvellement de mandats, en 2017 pour les députés, en 2020 pour les sénateurs », assure-t-il. Dommage pour son adjoint Claude Frœhly, qui aurait pu, au passage, devenir calife à la place du calife à mi-mandat…

« Si je fais moins de 50% au 1er tour, ce sera un vrai sujet »

S’il est réélu maire, Jacques Bigot ne demandera pas en revanche à figurer dans l’exécutif de la communauté urbaine, qui ne comptera plus que 16 élus contre 21 actuellement. Il siègera comme simple conseiller communautaire. Il s’explique :

« Je dois pouvoir continuer à suivre les dossiers d’Illkirch à la CUS, comme le tram, la ZAC Baggersee ou le Parc d’innovation (PII). Mais cumuler une vice-présidence, un poste de sénateur et un autre de maire d’une ville de 27 000 habitants, ça pose une vraie question de disponibilité. »

Petit clin d’œil à son collègue Roland Ries, maire d’une ville 10 fois plus grande (Strasbourg compte 272 000 habitants), sénateur et vice-président de la CUS en charge des transports (entre autres choses) ?

Avec son étiquette « rose très pâle » et sa très bonne implantation locale, que peut craindre aujourd’hui Jacques Bigot dans son fief ? Pas grand-chose, sinon une mise en ballotage, c’est à dire un second tour le 30 mars. Une perspective que le maire envisage presque comme une défaite : « Avec 3 listes, en tant que sortant, si je fais moins de 50% au 1er tour, ce sera un vrai sujet ».

Une campagne tradi’ qui devrait encore fonctionner ce coup-ci

Pour éviter ce camouflet, l’équipe PS-EELV (« en osmose », dixit Richard Hamm, adjoint à l’écologie) va arpenter la ville tracts en mains et défendre son bilan : la forêt classée réserve naturelle, la politique d’accueil de la petite enfance et de soutien aux familles, la rénovation des écoles, le fitness parc, le terrain de rugby, l’expérimentation en matière de réseau de chaleur et d’énergie avec la géothermie profonde, le tram, la Vill’A, etc. Le slogan de cette campagne « traditionnelle » : « Illkirch-Graffenstaden naturellement avec Jacques Bigot ». Trop confiante, l’équipe sortante ? Ce coup-ci, ça devrait encore passer.

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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