« Le Parlement européen succombe au grignotage de l’Europe libre et ouverte »
Tribune 

« Le Parlement européen succombe au grignotage de l’Europe libre et ouverte »

Habitant de la Robertsau, Emmanuel Jacob réagit à la fermeture des berges autour du Parlement européen de Strasbourg à la circulation cycliste. Pour ce Strasbourgeois, c’est surtout le symbole envoyé qui est très mauvais, à un an des élections européennes.

Les élections européennes sont dans moins d’un an et le Parlement Européen, avec la complicité de l’Etat et de la Ville de Strasbourg, vient d’envoyer aux Strasbourgeois le pire des signaux : la sécurité des députés européens vaut mieux que la leur.

Malgré quatre manifestations, plus de 2 000 signatures sur la pétition en ligne, personne n’a eu le courage d’arrêter l’infernale mécanique d’une bunkérisation du Parlement Européen à Strasbourg.

Cela a commencé, il y a deux ans, par la fermeture du jour au lendemain de la promenade Alcide de Gasperi. Son nom ne vous dit peut-être pas grand chose, mais c’est l’un des fondateurs de la démocratie chrétienne italienne et il est considéré comme l’un des pères de l’Europe aux côtés de Robert Schuman. L’Europe ferme des voies, comme un sombre présage de ce qui allait arriver à l’Italie.

Il y a un an, en plein été, des arbres ont été abattus le long du quai du bassin de l’Ill. C’est en cherchant la cause de ces coupes que l’on a découvert, presque par hasard, deux petites feuilles A4 sur une grille annonçant des travaux à venir : la fermeture pure et simple du chemin le long de l’IPE 3.

La piste cyclable n'est plus accessible aux Strasbourgeois (Photo EJ / Blog Robertsau)

La piste cyclable n’est plus accessible aux Strasbourgeois (Photo EJ / Blog Robertsau)

Après les premières mobilisations de citoyens et d’associations, on nous propose, comme maigre consolation, la fermeture du quai uniquement pendant les sessions. A n’en pas douter à la première alerte, comme la promenade Alcide De Gasperi, il sera définitivement fermé. Aucun responsable ne résiste à la tentation du parapluie. Depuis le Parlement s’est entouré de barbelés, deuxième coup de canif.

Triste message que cette bunkerisation

Désormais inaccessible aux promeneurs, cyclistes, sportifs et aux touristes soucieux de toucher l’Europe du doigt, l’institution se referme peu à peu sur elle. Triste message.

Pour couronner le tout, la Ville vient de poser des panneaux pour annoncer la fermeture. Le message sur les panneaux municipaux dit que, « pour la sécurité de l’Europe » (sic), les Strasbourgeois doivent se détourner, passer ailleurs. Mais ne méritent-ils pas eux aussi de la sécurité ? La vie d’un citoyen de cette ville vaut-elle moins que celle d’un député européen ?

Il ne sert à rien de critiquer ceux qui veulent reconstruire des murs (Trump à la frontière du Mexique, les conservateurs anglais avec le Brexit, la Hongrie avec tous ses voisins….), de distribuer dans de fastueuses cérémonies des prix « Sakharov » et ne pas se rendre compte qu’à Strasbourg, c’est l’Europe elle-même qui lève des murs : elle se bunkérise.

Les risques contre le sécurité du Parlement existent bien sûr. Et ce ne sont pas les trop nombreuses victimes d’attentats qui diront le contraire. Mais ces personnes n’étaient pas protégées dans l’hémicycle du Parlement, c’étaient des citoyens qui animaient un journal, venaient écouter un concert, faire des courses ou simplement admirer un feu d’artifice. Les murs ne protègent pas : ils enferment ceux qui pensent être protégés.

Cet épisode de la fermeture autoritaire de cette piste cyclable, pour paraître anecdotique, est en fait très révélateur de la rupture entre l’Europe institutionnelle et les citoyens européens. Je ne comprends pas que, dans notre ville qui se clame, à longueur de slogans, capitale européenne, personne ne prenne la parole pour s’élever contre l’ignominie qui se déroule sous nos yeux : un grignotage, lent mais mortel, de la belle idée de l’Europe libre, ouverte et démocratique.

L'AUTEUR
Emmanuel Jacob
Habitant de la Robertsau et animateur du blog Robertsau.eu.

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