PopStraw : quand des lycéens montent une entreprise de pailles biodégradables
Environnement 

PopStraw : quand des lycéens montent une entreprise de pailles biodégradables

Popstraw n’existe que depuis septembre 2017. Cette jeune entreprise de pailles biodégradables a été créée par des élèves du lycée Kléber et exporte dans 39 pays. De leur salle de cours strasbourgeoise à la Serbie en passant par Paris, retour sur leur parcours et sur leurs perspectives.

« Mon père m’a dit « Avec cette entreprise, tu as appris en un an ce que j’ai appris en trente ans de métier » ». Auréa sourit. Elle fait partie des huit élèves de seconde « à vocation économique » du lycée Kléber à s’être lancés dans l’aventure PopStraw. Ketty, Auréa, Fred, Pierpaolo, Elise, Thomas, Matteo et Wayane ont 16 ans. Ils sont partis du 16 au 18 juillet à Belgrade en Serbie, pour représenter la France au concours européen des mini-entreprises avec leurs pailles biodégradables.

Wayane, Mattéo, Ketty, Elise, Frédéric, Auréa, Pierpaolo et Thomas de gauche à droite sont à l’origine de PopStraw (document remis)

À l’origine de ce projet « Mini-Entreprises », Entreprendre pour Apprendre (EPA), une association nationale « dont le but est de favoriser l’esprit d’entreprendre des jeunes et de développer leurs compétences entrepreneuriales ». Zélie Verdeau, la responsable communication de l’association, voit dans le projet une façon de « mettre l’étudiant en valeur, mais aussi l’idée de compromis, l’esprit d’équipe, la complémentarité, le partage des tâches, la coordination ».

Créé aux États-Unis en 1919, le concours revendique l’apprentissage de compétences qui ne sont pas enseignées au cours de la scolarité. Importées en France en 1989, les Mini-Entreprises précèdent largement l’esprit start-up mis en valeur depuis les années 2010.

« Il a fallu apprendre à se connaître »

De façon plus concrète, EPA offre un concours pour collégiens, lycéens ou étudiants. Par groupe, les élèves créent une entreprise hébergée par le lycée. Les jeunes sont responsables de chaque étape de la conception du produit au marketing, de la recherche de fournisseurs à la relation client. Ils participent d’abord à un concours régional. Parmi les 81 mini-entreprises repérées en régions, une seule est ensuite sélectionnée pour la grande rencontre européenne.

Au lycée Kléber, Aurélien Perrey, professeur de sciences économiques propose à ses élèves de monter leur boîte. À la rentrée 2017, il leur présente les mini-entreprises, qui sont pour lui « particulièrement pratiques ». Cet enseignement n’a rien d’obligatoire pour ses élèves mais une vingtaine d’étudiants sont intéressés par l’idée, dont Ketty, Auréa, Fred, Pierpaolo, Elise, Thomas, Matteo et Wayane. La plupart ne se connaissaient pas. Ça a été difficile au début explique Ketty :

« On se connaissait de vue, il a fallu apprendre à se connaître, à s’apprécier et à supporter les défauts des autres. On a des points de vue différents donc forcément il y a eu des disputes et des moments de tension. »

Première étape : trouver une idée. Avec une contrainte donnée en plus par leur professeur, celle d’un projet tourné vers l’écologie :

« Au début ça ne nous arrangeait pas. On ne comprenait pas vraiment l’intérêt d’y intégrer une composante environnement. Mais au final, on s’est rendu compte que ça devenait essentiel. On a eu des tas d’idées. Parfois, la même personne avait la meilleure et la pire idée! »

C’est finalement Auréa qui propose les pailles biodégradables. Coup de bol, l’idée émerge juste avant les propositions d’interdiction de leurs homologues plastiques, très polluants pour les océans. La Commission Européenne a pris une décison en ce sens en mai 2018 puis la France y est allée de son interdiction. Ces politiques ont donné un coup de projecteur sur leur initiative. Pour l’étudiante de 16 ans, c’est une vidéo qui a fait la différence. On y voit une tortue en souffrance, une paille coincée dans la narine. Elle a du mal à respirer. On essaie de lui retirer, mais elle saigne. Âmes sensibles s’abstenir.

39 pays livrés sur les six continents

Puis les lycéens se sont mis à bûcher. À faire des études de marché, à organiser un cahier des charges, à définir leurs contraintes, à trouver le matériau idéal pour leurs pailles, à dénicher une entreprise pour les fabriquer. Pour financer PopStraw, ils vendent à leur entourage des avances remboursables, des emprunts qu’ils promettent de rembourser si l’entreprise fonctionne. Ils récoltent 500 euros. Après près de trois mois de recherche, les étudiants se décident pour des pailles en amidon de maïs, produites par une compagnie installée en Île-de-France. Restait à trouver les clients de PopStraw, en basant tout sur une intense publicité, comme l’explique Pierpaolo :

« Dès que nous avons trouvé l’usine qui a accepté de produire nos pailles, nous avons démarché de potentiels acheteurs. On a fait pas mal de communication au début. Aujourd’hui, on a même plus besoin d’en faire. Chaque jour, on a de nouvelles personnes intéressées. Autant des entreprises que des particuliers. »

D’abord en France, puis en Europe. Très rapidement, les commandes sont internationales. Ce qui a poussé les lycéens à se concentrer sur leur anglais. Ketty explique les difficultés d’apprentissage qu’ils ont alors rencontrées :

« Dans les compétitions, il y a une partie des épreuves qui est en anglais. C’est compliqué, ce sont des heures de boulot en plus. Il faut apprendre le vocabulaire commercial. Au niveau européen, on ne parle que cette langue. On doit donc bosser notre prononciation, parce que l’accent français, ça va pour les Français, moins pour les Croates ou les Grecs »

 

Les pailles biodégradables dégradables des lycéens de Kléber ont été distribués sur les foires éco-friendly d’Alsace (document remis)

Résultat : des entreprises de 39 pays différents sont fournies dans le monde entier. Presque tous les pays de l’Union Européenne sont représentés, aux côtés du Brésil ou des pays de l’Océanie. Ils ont pu collaborer avec la chaîne de supermarchés Leclerc ou les bières Heineken. À Strasbourg, leur produit est vendu à l’épicerie de vrac Le Bocal, rue de la Krutenau. Mi-juillet, PopStraw estimait leurs ventes à 200 000 pailles.

Comme le règlement l’impose, une partie des profits de PopStraw revient à une association. Ici The Sea Cleaners bénéficie de la réussite de la mini-entreprise strasbourgeoise. L’ONG française nettoie les océans du plastique qui y est jeté.

En compétition jusqu’en Serbie

Du 15 au 18 mai 2018, PopStraw participe à sa première compétition. Les « Mini-Entrepreneurs » concourent contre d’autres étudiants du Grand Est, sous l’autorité d’EPA. Ils doivent présenter leur projet, à la fois en anglais et en français, puis discuter avec les jurys sur le stand qu’ils ont fabriqués. Ils gagnent. Au niveau national, la compétition est plus rude, mais ils obtiennent quand même leur ticket d’avion pour Belgrade. Là-bas, ils y représentent la France face à d’autres pays européens, voire un peu plus lointains. Pour Pierpaolo, c’était même un concours international :

« Je dirais que ça avait une échelle mondiale, il y avait le gouvernement des Etats-Unis pour observer la compétition, Israël participait. Au final, on est revenu perdants de Serbie. On a gagné en maturité, certains en aisance orale, d’autres en anglais. On a pu découvrir des projets innovants comme le Portugal qui a crée une balise portable contre les feux de forêts, qui alerte quand elle chauffe trop. C’était une expérience unique. »

Maintenant, les étudiants se préparent à faire la transition. Une Mini-Entreprise ne peut survivre que dix mois, soit le temps d’une année scolaire. Idéalement, ils auraient aimé revendre l’entreprise. Mais c’est trop cher, trop compliqué, comme l’explique le responsable des programmes pédagogiques et de la formation d’EPA France, Nicolas Koster :

« EPA propose des entrées légales, donc les Mini-Entreprises sont rattachées à une école, une université, une mission locale. Ils n’ont pas de charges administratives, pas de numéro de SIRET, pas d’impôts. La propriété intellectuelle et le concept appartiennent à l’établissement auquel ils sont rattachés. Du coup, c’est assez rare qu’elles soient vendues. Certains ont pu la transformer en associations, d’autres la mettent en suspend jusqu’à la fin de leurs études. Aujourd’hui, nous n’essayons pas particulièrement de mettre cela en avant, nous préférons une approche plus pédagogique. »

Les huit étudiants partent dans des filières différentes, et probablement des classes différentes. Les élèves ont déjà pu obtenir une rallonge d’EPA, qui demandent aux participants de clôturer leur Mini-Entreprise en juin. Leur professeur Aurélien Perrey quitte Kléber. Il a donc laissé à ses élèves jusqu’à la fin du mois d’août pour vendre, fermer ou garder leur entreprise. Si le programme a permis à certains élèves de concrétiser leur avenir professionnel, d’autres en ressortent simplement avec l’envie de participer un peu plus à ce genre de projets comme Pierpaolo :

« Chaque entreprise crée et construit ses propres valeurs. On a tous su trouver notre place, on a appris à communiquer, on a été responsabilisés. Si on était pas d’accord, on ne pouvait pas avancer. On a monté une entreprise qui a prospéré. Pour nous c’était au-delà de l’argent, ça a aussi permis de changer la vision sur notre avenir. Après tout, comme on nous l’a répété, c’est la première ligne qui existera sur notre CV. »

L'AUTEUR
Judith Barbe
Judith Barbe
Jeune journaliste jurassienne exilée en terre alsacienne.

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