Pourquoi et comment Strasbourg construit là où l’air est pollué
Environnement 

Pourquoi et comment Strasbourg construit là où l’air est pollué

actualisé le 28/03/2016 à 21h40

Le Premier ministre rejoindra l'Ehpad, au cœur du quartier Danube à partir de Rivétoile (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

L’Ehpad (au loin) au cœur du futur écoquartier quartier Danube le long de l’avenue du Rhin, ex-RN4 (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Quadrature du cercle. Pour éviter de générer de la pollution supplémentaire, il apparaît nécessaire de construire à proximité des transports en commun, en ville. Mais les terrains disponibles sont plus proches des axes routiers, notamment l’avenue du Rhin, nom pudique pour RN4, où la pollution de l’air est la plus critique.

A Strasbourg, comme dans une vingtaine d’autres agglomérations en France, la qualité de l’air est inférieure à celle fixée par des normes européennes. En matière de particules fines et de dioxyde d’azote (principalement dû au trafic routier, mais également au chauffage et aux rejets industriels), ces normes sont dépassées notamment à proximité des axes routiers, A35 et avenue du Rhin (RN4). Ces polluants peuvent notamment entraîner des gênes (yeux et gorge qui piquent). Or, c’est autour de ce dernier axe que se concentrent bon nombre de projets urbains strasbourgeois aujourd’hui, et notamment le plus exemplaire d’entre eux, l’écoquartier Danube.

L’école trop exposée aux polluants

Et pour cause, afin d’éviter de générer des déplacements supplémentaires, et notamment en voiture, le projet de la municipalité socialiste et écologiste est de « construire la ville dans ses limites », là où des terrains sont encore disponibles. Depuis quelques années, les ensembles immobiliers fleurissent donc sur l’axe Deux-Rives, au Heyritz, au Bruckhof, au Port-du-Rhin et sur les Fronts de Neudorf. Là, l’écoquartier Danube devrait sortir de terre d’ici deux ans.

Au cours du processus d’élaboration de ce dernier projet, la CUS et la Sers (aménageur), en accord avec la Dreal Alsace (autorité environnementale de l’État), ont commandé à l’Aspa (Association pour la surveillance et l’étude de la pollution atmosphérique en Alsace) une étude sur la qualité de l’air dans le futur quartier. « Un effort de plus en plus important » et récent, salue Emmanuel Rivière, chargé de mission à l’Aspa. Cette étude a été rendue en décembre (le compte-rendu de la modélisation, PDF). Elle montre que l’emplacement de la future école le long de la route exposerait par trop les enfants à ces polluants.

Les logements « tampons »

Suite à cela, décision a été prise à la CUS, non pas de transférer l’école côté canal (ce que préconisait l’Aspa) mais de surélever de deux étages l’immeuble de logements devant la cour de l’école, afin de limiter l’exposition des enfants aux polluants. Sébastien Bruxer, chef de projets Danube et Deux-Rives à la Ville, explique :

« Comme le bruit, la pollution de l’air peut connaître des abattements de 30 à 60% avec des obstacles bâtis. Avec la surélévation du bâtiment qui fera tampon avec la cour d’école, les niveaux de pollution qui ont été calculés étaient comparables à ceux autour de l’îlot plus éloigné de la route. [Par ailleurs] nous reviendrons vers l’Aspa dans la phase de conception en 2014 pour refaire des calculs. De plus, on ne parle pas ici de risque sanitaire mais de principe de précaution… »

Pour protéger les logements et bureaux les plus proches de la route, plusieurs options : installer des système de ventilation avec captation de l’air côté sain, créer des balcons et loggias fermés, en retrait de la façade.

Le tram vers Kehl ou la taxe poids lourds ne suffiront pas

Mais c’est surtout sur l’amélioration progressive de la qualité de l’air sur cet axe que mise la collectivité. Or, même si la situation est moins critique qu’il y a quelques années, notamment grâce à des évolutions techniques dans la motorisation des voitures ou la mise en service du pont Pflimlin au sud de l’agglomération (permettant à une partie des poids lourds d’éviter la route du Rhin), les efforts à faire pour retrouver des niveaux acceptables restent importants.

C’est ce que montre une autre étude de l’Asp (PDF), mais également le nouveau plan de protection de l’atmosphère (PPA) de l’agglomération strasbourgeoise, sur lequel la collectivité a émis un avis cet été (PDF). Quelques-unes des conclusions de l’Aspa, suite à des simulations cartographiques des niveaux de pollution suivant différents abattements des rejets dans la zone du PPA de la région strasbourgeoise :

Conclusions de l'Aspa, p. 51 après simulations des niveaux de pollution suivant différents abattements des rejets à Strasbourg (Capture étude Aspa - PPA Strasbourg)

Conclusions de l’Aspa, p. 51 après simulations des niveaux de pollution suivant différents abattements des rejets à Strasbourg (Capture étude Aspa – PPA Strasbourg)

Outre la mise en service de la future prolongation du tram D vers Kehl, l’interdiction des poids lourds de transit de plus de 6 tonnes (depuis un an) devrait produire des effets, tout comme la mise en place de la taxe poids lourds en 2014. C’est en tout cas ce sur quoi comptent les pouvoirs publics. Après s’être offusqué de l’énième report de cette taxe, Alain Jund, adjoint au maire en charge de l’urbanisme et tête de liste EELV aux élections municipales de 2014, déroule une part de son programme sur cette problématique :

« En construisant sur des friches en cœur de ville, on est face à des paradoxes. Concernant la pollution des sols, il faut savoir que la Sers a provisionné un million d’euros pour continuer ce travail à Danube. Sur la pollution de l’air, qui est pour moi une question de santé publique quand bien même on n’y voit qu’un problème de congestion automobile, il y a trois leviers à actionner. D’abord, poursuivre la réduction de la place de la voiture en ville, ensuite élaborer une vraie politique de livraison [ndlr, le « dernier kilomètre propre« ] et enfin mettre en place cette taxe poids lourds au plus vite ! Sans oublier la question du diesel, qui doit être réglée au niveau national. »

L’élu affirme « jouer la transparence » sur ces questions dans la construction du projet Danube, qui devrait générer également du trafic, malgré l’adoption du principe d’une seule place de stationnement pour deux logements. Quadrature du cercle, vous dites ?

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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